TEASING - Montréal, 2048.

Une foule anarchique et cosmopolite fourmille le long de la rue sainte Catherine. L’armada populaire est multicolore de peau tandis que les corps sont de chair, de métal, ou bien encore métis. Homme et androïde, chacun est différent mais tous sont identiques dans la masse, individus trop pressés, croisant l’autre sans même le regarder. C’est une tourbe de bras et de jambes. D’identités.
Certains sont riches. D’autres sont pauvres. Loin du manichéisme, ils manipulent, écrasent. Grondent, se révoltent. Se soumettent ou subissent. Ignorent et se contentent d’avancer. Ils vivent, se confrontent et se répondent car cette foule polymorphe, insaisissable, est l’essence même du mouvement.
C’est la danse des humanités.
De notre société.
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Prédéfinis

Hang in there ! | ft. Azel
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Jeu 30 Aoû - 20:41
hang in thereAzel & Demetri
La nuit avait depuis longtemps déjà recouvert la ville de son sombre manteau d'étoiles, mais Demetri ne parvenait pas à trouver le sommeil. Rentré depuis quelques mois de ses missions humanitaires, il s'enfonçait dans une routine qui l'ennuyait : il partait bosser deux à trois demi-journées par semaine, était de garde quelques nuits par mois et vagabondait le reste du temps dans les ruelles de Montréal afin d'en découvrir les secrets. Comparé à tant d'autres personnes, il n'avait pas à se plaindre mais la solitude commençait sérieusement à le bouffer. De longues années passées à voyager de pays en pays n'avaient pas eu que des avantages et, maintenant qu'il s'était enfin sagement posé, il n'avait pas un seul ami avec qui s'amuser. Horchata était certes présente et l'inondait d'affection, mais il manquait toujours quelque chose. Quelque chose que les personnes qu'il avait beau ramener pour réchauffer son lit ne lui avait jamais donné.

À force de tourner dans son lit, Demetri finit par se lever.
Il se passa un peu d'eau sur le visage, s'habilla et décida de sortir en laissant son husky à la maison –qui était de toute façon endormie comme une souche dans son panier. Fermant la porte à clef, il partit en fourrant les mains dans ses poches, le regard plongé dans les étoiles, en laissant à ses jambes le bon soin de le perdre dans la ville. L'air vespéral qui caressait ses joues encore humides termina de le réveiller, écartant Morphée pour quelques heures.

À force de s'égarer, les fêtards, les lumières crues des lampadaires et l'animation des rues laissèrent place à une quiétude relaxante. Il choisit de s'asseoir sur un vieux banc décrépi et d'attendre que la fatigue ne vienne le chercher pour rentrer, écouteurs vissés aux oreilles, mais on ne lui en laissa pas l'occasion.

Son téléphone se mit à sonner, coupant par la même occasion sa musique, et il fronça les sourcils en voyant le numéro de l'hôpital pour lequel il bossait s'afficher. Il réfléchit un instant, se rassura en se rappelant qu'il n'était normalement pas de garde aujourd'hui – et qu'on ne pouvait donc pas le réprimander pour quoi que ce soit – et finit par décrocher. Une secrétaire lui répondit, la voix rapide et inquiète.

« Bonsoir Monsieur McLagan ! Désolée de vous embêter à une heure aussi tardive, mais on a besoin de vous … On a un blessé sur l'île de Sainte-Hélène et aucune de nos ambulances n'est à proximité. Pourriez-vous aller stabiliser cette personne le temps qu'on arrive jusqu'à vous ? »

Se mettant en route après s'être levé d'un bond, Demetri demanda plus d'informations à la secrétaire qui fut en peine de lui répondre. Visiblement, la personne qui avait appelé avait le souffle trop court pour donner plus d'informations sur son état, en dehors de son emplacement précis. Le parc Jean-Drapeau. Il connaissait bien, y étant déjà allé à plusieurs reprises pour faire de l'escalade sans trop s'éloigner de chez lui … mais au vu de l'heure, la victime devait être un de ces fêtards en manque de sensations fortes qui n'avait rien trouvé de mieux qu'entrer sans permission dans le parc ! Il raccrocha après avoir remercié la secrétaire, qui s'excusa à nouveau du dérangement, et il courut jusqu'à la station de métro la plus proche.

Jetant un coup d'oeil aux horaires et aux différentes voies, il sauta dans le premier partant en direction du parc et demeura debout, trop impatient et turbulent pour oser s'asseoir. À force de taper du pied et de gigoter devant les portes vitrées du train, les quelques têtes qui se trouvaient dans le métro s'étaient toutes tournées vers lui avec incompréhension, mais il ne leur jeta pas un seul regard, le cerveau surchauffant bien trop pour le remarquer. Il s'attendait au pire.

Genre : retrouver un ivrogne complètement torché
Ou : retrouver un ivrogne pendu contre un mur d'escalade.
Ou : pire encore, retrouver une bande de potes imbibés et suspendus dans le vide.

Demetri choisit finalement de laisser ses pensées macabres de côté. Sitôt parvenu au bon arrêt, il se remit à courir en zigzaguant entre le peu de passants présents sur l'île et ne s'arrêta que lorsqu'il put voir les grilles du parc se dresser devant lui. Bien sûr, elles étaient fermées : l'heure tardive avait vu les quelques membres du parc rentrer à la maison et pas une seule lumière n'éclairait les lieux. Appeler le numéro du parc et attendre bien sagement qu'on vienne lui ouvrir était toutefois exclu – et il ne se voyait pas attendre là en sachant que quelqu'un était sûrement gravement blessé non loin – alors il ne réfléchit pas un seul instant avant de grimper les grilles pour sauter de l'autre côté, atterrissant sans effort dans le parc.

L'adrénaline bouillonnant dans ses veines, il dut cependant garder la tête froide et réfléchir à ce qu'il devait faire ensuite. Ayant été appelé en urgence, il n'avait pas le moindre matériel sur lui. Il partit donc fouiller le secrétariat et les vestiaires afin d'y débusquer le nécessaire : entre autre un baudrier, des mousquetons, une trousse de secours … Il lorgna un instant les casques (d'une criarde teinte orangée) et se décida à en prendre un lorsqu'il vit que certain portait une lampe frontale. Au vu de la noirceur et du manque de lumière, il consentit à attraper un casque et à l'enfiler, ne s'encombrant toutefois pas davantage ; ne connaissant aucunement l'état de la victime, il était question de minutes … et elles pouvaient être bien frêles.

C'est pourquoi Demetri s'empressa ensuite au niveau des parois naturelles d'escalade, son ridicule casque de protection flamboyant sur le crâne. Levant les yeux au ciel, il chercha une silhouette dans l'obscurité, soulagé d'avoir pensé à prendre une lampe tant la nuit dévorait toutes les formes sur lesquelles il posait les yeux. Il marcha un instant, dépassant les murs d'escalade d'entraînement et les faibles pentes et ne s'arrêta que lorsque son pied buta contre quelque chose. La lumière de sa lampe se reflétait violemment contre quelque chose, visiblement en plastique. Il se baissa donc et posa les doigts sur un inhalateur – assurément celui de la victime.

Relevant les yeux sur la paroi devant laquelle il se trouvait, il trouva enfin la personne qu'il cherchait. Mais contrairement à ce qu'avait dû penser l'infirmière qui avait répondu à son appel, elle était suspendue dans le vide…

Son cœur manqua un battement.
Inspirant profondément, il se força au calme en se rapprochant, parvenant plus distinctement à voir ce qu'il se déroulait : la victime (visiblement un homme de son âge) semblait au moins consciente. Retenu par son équipement, il était assis sur son harnais, les pieds appuyés contre la paroi et paraissait presque l'attendre ; un peu comme l'aurait fait un ami plus doué que lui en grimpe et qui, une fois en haut, le narguerait…

« Hey !! Tout va bien !? Les secours ne vont pas tarder à arriver ! »

Au vu de la hauteur qui les séparait – huit bon mètres bon sang! –, il cria pour essayer de faire savoir sa présence. Demetri ne perdit toutefois pas de temps à attendre une réponse et, une fois assuré que son équipement était correctement mis et qu'il ne risquerait rien à grimper, débuta son ascension. Le but était de parvenir aussi vite que possible auprès de cette personne pour l'aider à monter jusqu'à la plateforme naturelle située juste au dessus de lui, faire un rapide diagnostique de son état avant de, si possible, l'aider à redescendre. Assurément un travail de pompier, mais il n'allait pas cracher sur un peu d'action… et possédait les compétences de grimpe requises, à défaut d'en avoir le rôle. Escalader avait toujours été un de ses passe-temps…

« Vous m'entendez !? Tout va bien se passer … »

Peut-être était-ce plus pour lui-même que pour cet homme, mais Demetri ne cessa pas de lui parler. Les prises et la roche lui blessaient les mains, son souffle se saccadait à vue d'œil mais il n'arrêta pas de parler, de le rassurer, de l'appeler… jusqu'à finalement parvenir à ses côtés. Une fois à son niveau – et avant toute chose – il prit le temps d'abaisser la luminosité particulièrement crue de sa lampe frontale, la gardant toutefois allumée pour discerner les traits du jeune homme.

« Je vais vous aider… Vous pensez pouvoir grimper un tout petit peu plus ? »

Dans le cas contraire, il allait devoir le soutenir. Le faire descendre sans la présence d'autres ambulanciers pouvait s'avérer risqué. Déjà que la situation était incongrue et inhabituelle, il préférait jouer la carte de la sécurité.

Aussitôt à ses côtés – et malgré leur position tout sauf pratique pour ce faire –, Demetri le détailla de haut en bas à la recherche d'une blessure sévère ou d'une preuve visible de son mal-être. Ses lèvres avaient une légère teinte bleue et son souffle était aussi court que le sien (si ce n'était même plus) … La secrétaire qui l'avait appelé avait rapidement fait part d'un problème respiratoire, qu'il ne pouvait que confirmer en entendant sa respiration sifflante. L'inhalateur trouvé au sol allait sans le moindre doute aider. Il avait bien fait de ne pas le laisser derrière lui.

« Si vous n'arrivez pas à parler, hochez simplement la tête d'accord ? J'ai retrouvé votre inhalateur … »

S'asseyant de la même manière, Demetri approcha doucement l'objet trouvé et n'hésita pas un instant à l'appuyer contre les lèvres du jeune homme, l'observant avec une douceur mêlée d'inquiétude. Il espérait sincèrement que l'inhalateur suffirait à l'apaiser un minimum.

« Tenez… Inspirez un bon coup. »
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Sam 1 Sep - 18:41
Au dessus de sa tête. Étoiles. Douces. Et belles. Lumineuses. La nuit. Aux murmures secrets. Tombée depuis plusieurs heures. Sur la ville, endormie. Les parcs et la falaise. De Jean-Drapeau. Silencieux. Vide aussi. De visiteurs. D'enfants qui crient. D'adultes aux bavardages incessants. De regards, comme il ne les aime pas. Qui scrutent les failles et cherchent les détails. Ou l'inverse peut-être. Pour lui c'est pareil. Déteste les murmures qu'il entend. Les quelques fois où il est venu en journée. Déteste payer également. Pour grimper un rien du tout. Huit ou douze mètres. Avalés en trop peu de temps. Avec Tyler ou bien sans. En écho fade à leurs montagnes, loin d'ici, de Montréal. En copie imparfaite aux parois que l'on trouve là bas. En consolation maigre pour palier au manque, des paysages et des sensations, de l'air frais au creux de ses poumons. Abîmés. Sur lesquels il a forcé pour venir, en courant, une fois le magasin fermé. Avec l'envie de grimper. Dans le cœur et dans les tripes, dans sa poitrine serrée. Dans ses jambes aussi. Puissantes après toutes ces années passées sur les chemins, les falaises. À flanc de montagne pour toucher du bout des doigts le ciel ; atteindre leur paradis. Cet endroit sauvage où le silence est maître. Et la nature libre et magnifique. Rien à voir avec l'endroit où il est ce soir, perché presque tout en haut. Le souffle rauque et brisé.

C'est arrivé comme ça, par notes délicates d'abord, une gêne au fond de la gorge. Puis plus fort avec tous les efforts accumulés. La course pour arriver, avec le sac à dos, puis le portail qu'il a grimpé. Le mur ensuite, à toute vitesse. Une fois puis deux puis trois. Par différentes voies. Ridiculement peu complexes pour lui. Jusqu'à ce que ses poumons se crispent. Décident de s'arrêter. Que l'air lui manque tellement qu'il lâche tout, tombe dans le vide et se retrouve brisé un peu plus par le choc. Maintenu heureusement par la corde, le dernier ancrage auquel il s'est amarré. À quelques pas à peine du sommet.

C'est arrivé oui. Et il a voulu prendre son inhalateur, l'a lâché. À cause de ses mains tremblantes, à cause de l'incapacité à retrouver sa respiration. Parce qu'il s'étouffe, cinglé dans son harnais. Avec son air en boîte loin sous ses pieds sur terre. Quand lui est si haut, incapable de bouger. À part pour basculer légèrement, poser les pieds sur la roche, s'appuyer et soulager son corps. Tendu à l'extrême de cette crise qui le secoue. Téléphone. Il y songe quelques secondes après, entre deux inspirations agonisantes. Fait au mieux pour l'attraper. Ne pas le faire tomber. Et s'il pourrait appeler sa mère ou Tyler, il se décide à être raisonnable. Compose un numéro dont il n'a pas l'habitude. Pour tomber sur une voix de femme, professionnelle à souhait. Qui fait chaud au cœur cependant quand elle demande ce qu'ils peuvent faire. C'est rare qu'il les appelle Azel mais il est là, et sans son inhalateur n'a aucun moyen pour diminuer la crise. Pas de cette ampleur.

"N-Need help... P-Please..."

L'anglais est habituel. Parlé si souvent avec Tyler ou sa mère qu'il ne se rend pas compte. Pas dans son état. Avec la Mort au bord des lèvres bleuies, qu'il repousse par un simple filet d'air avalé comme il le peut. Par une volonté trop grande. Même si les mots ont du mal, s'arrachent avec une peine immense.

"Q-Quickly... P-Parc Jean D-Drapeau..."

Il voudrait ajouter que c'est au mur d'escalade. Éclate en une quinte de toux qui l'en empêche et coupe l'appel pour se concentrer sur l'oxygène qu'il doit attraper. En attendant que quelqu'un arrive. Vienne le chercher. En dehors des horaires, il en a conscience bien sûr, mais n'a que ça. S'accroche comme il le peut, les doigts serrés à en saigner sur son propre pantalon. Attend et attend encore. Avec aux oreilles le son de la ville. Devant les yeux, sa tête rejetée légèrement vers l'arrière, la lueur faible des étoiles cachées en partie par la pollution lumineuse. Des lampadaires. Des enseignes. De toutes ces choses qui ne sont pas naturelles et gâchent ce qu'il aime tant. Et les fixer le fait oublier un peu le temps qui ne parvient pas à passer. Quand il revient à lui c'est à cause d'une voix. De quelqu'un venu jusque là. Pour l'aider, et Azel espère de toutes ses forces que son regard n'aura pas de pitié. Même si le ton employé dès le départ suffit pour lui faire comprendre que ça ne sera pas le cas. Sûrement. Qu'il est plus professionnel que beaucoup d'autres. Que tous ces infirmiers qui ont pu l'observer ainsi, quand la nouvelle de sa maladie l'a dévastée.

Sûrement oui. En tout cas il grimpe. Avec aisance, comme lui. Quand il n'est pas bloqué comme un idiot. Quand la maladie ne le pétrifie pas comme maintenant. Et il tourne la tête vers lui, halète toujours. Oblige des mots à s'échapper.

"I c-can't... N-Need..."

De l'air. Juste un peu. Pour se donner les forces qu'il trouve toujours en temps normal. Quand il n'est pas pris par une crise de cette envergure. De cette violence parce qu'il est allé trop loin. En oubliant de prendre sa bonbonne, laissée à la maison. Aggravée par l'inhalateur, tombé au sol. Qu'il ne remarque pas tout de suite dans la main. La vue brouillée par des larmes accumulées. Qui s'appuie contre ses lèvres finalement sans qu'il ne comprenne comment. Parce qu'il met un moment à percuter les choses. Les paroles et puis les gestes. Ouvre finalement la bouche en plaquant ses doigts sur ceux de l'inconnu pour attraper une gorgée de son médicament, dans un geste mécanique. Habitué. Peut-être un peu trop. Tant pis. Il laisse les produits faire leur effet, rapidement heureusement. Sent sa gorge se dénouer juste un peu, accepter le passage d'un peu plus d'oxygène. Reprend des couleurs. Des forces. Pas assez. Avec détresse il appuie une seconde fois, en a besoin. En sachant bien que ça ne suffira pas. Qu'il lui faut plus.

"J-Je vais... Je vais essayer..."

C'est dit tout d'une traite. Un petit peu mal articulé avec l'inhalateur contre sa bouche, qu'il repousse doucement en direction de l'inconnu pour ne pas de nouveau le faire tomber. Avant d'attraper la paroi à pleines mains. Une grimace sur le visage à cause de ses muscles crispés, de son souffle saccadé. Têtu pourtant, plus que la Mort qu'il repousse encore. Tandis qu'il part a l'attaque des derniers mètres avec lenteur. En remerciant silencieusement tous les saints d'avoir amené cet homme si vite. Qu'il remerciera aussi, quand ils seront en haut. En sécurité. Ce qui est bien vite le cas, ou alors il se l'imagine cette vitesse.

Qu'importe. Ses pieds touchent le haut du roc et il se hisse, là respiration rauque encore, s'étale sur le dos dans un soupir de soulagement. Car c'est dur à chaque fois d'atteindre le sommet quand le corps ne peut plus continuer. Dur de pousser sur des jambes faibles ou de tirer sur des bras fatigués. Sur un corps en manque d'air. Mais il a réussi. Et sans l'autre gars il ne l'aurait pas fait.

"Merci d'être venu si vite..." Chaque phrase est dite trop vite. Gâchis de son souffle si précieux. "J'ai besoin d-de mon inhalateur.. Encore.. Please.."

Pour patienter le temps des secours. Ne pas la laisser s'aggraver de nouveau, la crise. Qui fait siffler sa gorge et ses mots.
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Dim 2 Sep - 18:01
hang in thereAzel & Demetri


Maintenant fermement l'inhalateur contre ses lèvres, Demetri l'observait inspirer le médicament à plein poumons mais n'en était pas pour autant soulagé. Il ne pourrait se détendre qu'en voyant les urgences arriver. De plus, le plus dur était encore à venir et il n'était pas dit que la crise allait bien gentiment s'atténuer et disparaître. Il finit par récupérer l'inhalateur et le rangea soigneusement dans une poche pour ne pas risquer de le refaire tomber ; ils avaient déjà eu de la chance qu'il ne se casse pas en se fracassant en contre-bas et mieux valait ne pas tenter le diable.

« Doucement … Prenez votre temps. »

Du mieux qu'il le put, il chercha à le soutenir et à l'aider lorsqu'il le vit commencer à monter. Le sommet n'était pas bien loin, mais leur ascension était lente et douloureuse. Demetri ne manqua pas la grimace de douleur et le souffle erratique du jeune homme, mais ainsi suspendu au dessus du sol, il lui était difficile de faire quoi que ce soit d'autre que d'espérer que tout se déroule bien et que ses collègues se bougent un peu le cul.

Ils finirent toutefois par réussir à atteindre le sommet.
Demetri l'y hissa, craignant un instant que ses jambes ne le lâchent, mais il n'en fut rien : le jeune homme était parvenu à grimper malgré son souffle qui mourait hors de ses lèvres. Il le laissa s'étaler sur le sol mais s'agenouilla de suite à ses côtés, desserrant son équipement d'escalade et ses vêtements. Une fois fait, il plaça délicatement son crâne sur ses cuisses pour l'aider un maximum à respirer tout en lui évitant la moindre gêne. Il vérifia ensuite, plus par habitude que par nécessité, son rythme cardiaque en déposant ses doigts contre sa jugulaire : son coeur tambourinait violemment contre sa peau. Il fallait qu'il se calme…

Sortant l'inhalateur de sa poche, il le plaça à nouveau contre ses lèvres avec douceur, le laissant inspirer à sa guise. Trop concentré à surveiller sa respiration, il n'entendit pas les remerciements. Il réfléchissait plutôt à la meilleure manière de lui venir en aide malgré son peu d'équipement… et le constat fut plutôt amer : à part attendre les urgences, il ne pouvait guère faire plus.

Soupirant doucement, Demetri le félicita en écartant quelques mèches de son front humide. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était le rassurer et le forcer à respirer profondément. Il était plutôt impressionné que, malgré la situation, ce jeune homme parvienne à prendre sur lui pour grimper encore quelques mètres ; il avait une incroyable volonté.

« Bravo ! Vous avez bien grimpé. Ne parlez pas trop, gardez votre souffle… Et suivez mes inspirations. »

Avec sérieux, il inspira profondément par le nez, remplissant ses poumons d'oxygène avant d'expirer par la bouche, voulant qu'il fasse de même. Il continua quelques instants avant de dégainer son téléphone pour appeler l'hôpital et être redirigé vers l'ambulance la plus proche.

« Je suis bien arrivé. … Oui… On est au sommet de la paroi de huit mètres. Préparez bonbonne et masque à oxygène, c'est une détresse respiratoire … Je ne sais pas, non … Vous êtes bientôt là ? … D'accord. »

L'appel fut rapide, juste ce qu'il fallait pour relayer des informations.
Avec un sourire engageant, Demetri plongea son regard dans celui du jeune homme, sa main enfouie dans ses cheveux se faisant cajoleuse. Après avoir un instant joué avec ses cheveux, il se mit à lui masser la nuque et les temps dans une tentative de le détendre un peu.

« L'ambulance arrive. Essayez de reprendre votre souffle au maximum, je vous aiderai à descendre en rappel quand ils seront là. »

Il ne restait plus qu'à tendre l'oreille en espérant rapidement capter le son strident de l'ambulance…

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Mer 12 Sep - 18:47
Sourires. Sur ses lèvres pâles. Sourires. Même quand il inspire. À plein poumons le médicament, sans une plainte, sans un cri, en regardant l'homme avec ses deux yeux. Noyés dans les larmes, noyés dans les cieux. La nuit noire aux étoiles. Qui baigne leurs corps. Le visage près de lui. De cette personne venue jusque là. Pour le secourir. Le secourir lui et ses poumons défaillants. Lui et sa maladie. Punaisée à ses chairs, agrafée à sa vie. Lui et son entêtement. Aussi. Qui fait qu'il est ici. Qu'il grimpe dès qu'il le peut. Quand il est triste ou heureux, qu'importe. L'escalade c'est juste lui. Et Tyler pour sûr, pour toujours son ami, qui accompagne ses pas, se nourrit de ses gestes. S'abreuve à ses exploits et s'émeut des sourires. L'aime, tout simplement, pour ce qu'il est. Avec ses défauts et ses qualités, son foutu caractère. Qui le pousse à parler même avec ses poumons hurlants. La détresse de son souffle. Géré tant bien que mal par le rythme imposé, par le brun penché sur lui et qu'il regarde Azel, toujours. Sans sourciller. Comme une ancre à laquelle il s'accroche. Le temps que passe le temps, qu'il fasse son œuvre. Sur la crise surtout, même s'il sait. Qu'elle durera tant qu'il n'aura que l'inhalateur. Épaisse au creux de sa gorge. Douloureuse. Lutte contre la Grande Mort qui plane. Au dessus de leurs têtes, frôle doucement sa nuque. De ses longs doigts glacés, remplacés bientôt par ceux de l'homme ; en caresses égarées.

"J'ai froid..."

Ça le prend aux tripes. Ça lui secoue le corps. Il a froid et c'est long d'attendre là, en cherchant un souffle qu'il ne retrouve pas. Il a froid et c'est plus vif à chaque seconde qui passe, donne la tête qui tourne, noie ses yeux encore si bien qu'il les ferme. Et se perd dans le noir, lentement. Sans cesser de se demander si c'était pas la fois de trop. Si on lui interdira pas de grimper. De nouveau comme on l'a déjà fait par le passé, ou s'il finira par en mourir de s'obstiner ainsi. De se mettre en danger. En prenant pas les crises à temps, en tirant sur son corps. Sur les limites surtout qu'il peut supporter. Ça serait pas arrivé sûrement s'il avait pris son masque et la bouteille avec lui. S'il n'avait pas fait tomber son assurance-vie. Ça serait pas arrivé s'il n'avait pas décidé de se faire plaisir seul. En se disant capable de tout, surtout de ça. Ça serait pas arrivé non mais il aurait très bien pu la faire dans son lit la crise alors à quoi bon regretter ? Ça aurait même pu, sans raisons, être encore plus violent. Le mener à l'hôpital avec sa mère en larmes. Un Tyler rongé d'angoisse. Des machines partout autour et l'horreur qui recommence. Mais non. C'est un peu moins grave que ça l'a déjà été, il le sent, il le sait. Même si accuser le coup avec les minutes qui passent est compliqué. Que ses lèvres restent bleues un peu et qu'il claque des dents. Vient attraper de sa main libre, celle de l'homme qui courait sur sa peau. Pour la serrer aussi fort qu'il peut.

"Ça va... aller..."

Il le dit pour deux. Pour lui, pour eux. Pour rassurer parce que même si son inconnu en a sûrement vu d'autres, il sait lui comme c'est impressionnant. Les crises de cette ampleur. Avec son souffle qui racle sa gorge à chaque respiration qu'il force. Le son, qui s'échappe de sa bouche. Tyler dit toujours qu'il ressemble à Dark Vador. Pour dédramatiser, quand en haut d'une paroi il doit attraper sa vie. Et la serrer fort, trop fort, pour qu'elle combatte la Mort. Parce qu'elle rôde souvent près de lui. Menace. De le prendre quand ses poumons ne font plus leur boulot de poumons. Quand il tousse et crache parce que ses voies du souffle ne sont plus qu'un agglomérat de fils épais qui ne laissent rien passer. Quand il peine à garder les pieds sur terre et la tête hors de l'eau. Comme maintenant. 

"J-Je..." Inspiration. "On va y arriver..." Expiration. Lentement. Ou presque. Parce que quand on s'étouffe c'est pas souvent qu'on arrive à contrôler. À pas paniquer. Et Azel ça il réussi à le faire, à peu près. Garder son calme. Sa sérénité. En apparence du moins, c'est ça de gagné. "P-Parlez-moi.... De vous... Ou d-de tout..." De quelque chose. Pour faire passer le temps. En attendant d'entendre le son des ambulances qui l'emporteront. Est-ce qu'il viendra son sauveur ? Avec lui au milieu du rouge et du blanc ? Il aimerait bien. Ne le dit pas cependant. S'économise en efforts alors qu'il en a déjà fait. Sans doute beaucoup trop juste pour parler. Écoute les mots. Tout ce qui sortira de la bouche au dessus de lui. Tout ce qu'il s'appliquera à lui dire. Et le son lointain des sirènes, qui se rapprochent avec les secondes. Font monter la pression.

"Elles arrivent..."

Murmuré si bas qu'il n'a peut-être pas entendu. Comme une parenthèse au milieu de leur petit monde d'infini. D'étoiles et de ciel. De souffles envoyés vers la vie.
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