TEASING - Montréal, 2048.

Une foule anarchique et cosmopolite fourmille le long de la rue sainte Catherine. L’armada populaire est multicolore de peau tandis que les corps sont de chair, de métal, ou bien encore métis. Homme et androïde, chacun est différent mais tous sont identiques dans la masse, individus trop pressés, croisant l’autre sans même le regarder. C’est une tourbe de bras et de jambes. D’identités.
Certains sont riches. D’autres sont pauvres. Loin du manichéisme, ils manipulent, écrasent. Grondent, se révoltent. Se soumettent ou subissent. Ignorent et se contentent d’avancer. Ils vivent, se confrontent et se répondent car cette foule polymorphe, insaisissable, est l’essence même du mouvement.
C’est la danse des humanités.
De notre société.
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Léandre Luissier - L'Archiviste
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Prédéfinis

Flashback | Fil de sang ft. Cassandre
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Dim 2 Sep - 17:05
fil de sangCassandre & Demetri
Quand il était gosse, Demetri espérait recevoir des nouvelles de sa mère. Il lui aurait fait la fête comme un chien en manque d'amour et lui aurait tout pardonné pour la modique somme d'un sourire ; mais cet enfant avait mûri au point de devenir amer. Il avait fini par comprendre que sa mère ne franchirait jamais à nouveau la porte d'entrée et qu'elle l'avait tout bonnement laissé derrière comme on abandonne un jouet dépassé ou un mouchoir usé. Sans le moindre regard en arrière.

Le vide qu'elle avait laissé derrière ne s'était jamais véritablement comblé. Il ne comptait plus les nuits où il s'était éveillé en sueur, la poitrine serrée, à se dire qu'il était adulte et ne pouvait plus se morfondre sur quelque chose qui s'était déroulé il y avait déjà une bonne vingtaine d'années. Pourtant, un certain manque continuait de lui bouffer les entrailles et la peur d'être à nouveau laissé derrière revenait souvent hanter ses nuits.

Ce trou, il avait fini par le remplir de colère et de rancune. Alors lorsque son téléphone avait sonné l'arrivée d'un nouveau message provenant d'un numéro inconnu –annonçant qui plus est être sa mère–, il avait serré les dents et manqué de le balancer au loin.  Il était toutefois au boulot et ne pouvait pas se permettre de péter les plombs, alors il se força au calme. Inspire, Expire. Inspire, Expire. Il déverrouilla son téléphone et lut le message d'une traite :

" Coucou Demetri, c'est maman. Je sais bien que tu dois me reprocher énormément de choses, mais je tenais à te dire que tu as une demi-soeur, qu'elle a essayé de se suicider et qu'elle est actuellement à l'hôpital. Je me suis dit que tu voudrais la rencontrer ? Si non… Laisse lui une chance, elle n'a pas eu une vie facile."

Le message se terminait abruptement.
Aucune salutation, aucun mot gentil. À quoi s'attendait-il, au juste ?

La nouvelle lui fit toutefois l'effet d'un coup de poing dans l'estomac.
Comment sa mère avait-elle pu lui cacher l'existence d'une soeur toutes ces années ? D'autant plus pour l'en informer alors qu'elle avait manqué quitter ce monde ? Il ne savait pas à quoi elle jouait, mais Demetri n'appréciait pas beaucoup ce genre de surprises.

Il ne prit pas le temps de répondre. De toute façon, il n'aurait pas pu même s'il l'avait voulu : sa pause allait se terminer et il allait bientôt devoir grimper dans l'ambulance avec son binôme, Skyler. C'était un chic type. Pas très bavard, mais il avait la tête sur les épaules et de l'expérience plein les yeux. Il ne lui posa pas la moindre question lorsqu'il claqua plus fortement que d'habitude la porte du véhicule et, une fois sur la route, prit un virage un peu trop sèchement. Un chic type.

« Bonne journée. Tu as eu fin nez en pensant à une intoxication, Demetri. Bien joué. »

Skyler le laissa dans l'entrée du personnel de l'hôpital avec une tape sur l'épaule. Il s'était de lui-même proposé à ramener le véhicule et Demetri l'en avait remercié, remarquant bien qu'il s'agissait-là d'une attention toute particulière ; étant le plus jeune du duo, c'était habituellement à lui de s'y coller.

Rentrant dans le hall principal de l'hôpital, il allait se diriger vers les vestiaires pour se changer, rentrer et faire comme si de rien n'était, encore incertain quant à ce qu'il devait faire… lorsqu'il passa devant la boutique de souvenirs. Une peluche un peu étrange avait attiré son regard et il s'était dirigé sans vraiment réfléchir en direction de l'étalage. Il s'agissait d'un lapin vêtu d'une tenue rayée à l'effigie des abeilles. De petites ailettes se balancèrent dans son dos lorsqu'il la souleva.

« Une demi-soeur… »

Il marmonna en reposant la peluche, le visage soudain plus sombre.
Sa mère avait visiblement refait sa vie ailleurs. Pas qu'il ne s'y attendait pas, mais voir la réalité en face était assurément plus violente que de l'imaginer. Un véritable camion en pleine gueule. Peut-être que sa mère avait cherché à remplacer son fils ingrat ou que, dès le début, elle avait désiré une fille et s'était étranglé en posant les yeux sur son corps de nourrisson.

Demetri ne pouvait toutefois pas mettre la faute sur cette enfant. Sa demi-soeur.
Elle était assurément aussi innocente que lui et ne connaissait sûrement même pas son existence. Mais il avait beau essayer de se raisonner, il ne parvenait pas à ne ressentir aucune once de rancune à son égard. Il jeta un nouveau coup d'oeil à la peluche avant de s'éloigner.

” Laisse lui une chance. ”

Toujours vêtu de son uniforme d'ambulancier bleu et jaune, il tenait désormais un plateau repas dans ses mains. Dans celui-ci se trouvait une assiette bien garnie, un pot de yaourt et la fameuse peluche abeille qu'il était reparti acheter. Il se retrouvait donc là, debout comme un con devant une porte obstinément close. Peut-être qu'en la fixant suffisamment, il pensait pouvoir l'ouvrir ? Demetri ne savait même pas vraiment d'où venait cette envie folle, mais il était parti s'adresser aux infirmières pour apporter lui-même son plateau repas à sa demi-soeur, afin de faire connaissance. Il avait par la même occasion appris son prénom, sa mère n'ayant pas daigné l'en informer : Cassandre. Un joli prénom, bien qu'il se soit ridiculisé à essayer de le prononcer devant les infirmières, son lourd accent anglais reprenant souvent le dessus.

Le plateau tenu fermement d'une main, il inspira profondément et toqua à la porte avant d'entrer. Il était encore tôt, mais les patients mangeaient tous comme les poules ; Cassandre n'allait assurément même pas se rendre compte de son avance.

Une fois dans la chambre, il la chercha du regard.
La chambre était petite, visiblement conçue pour une seule personne. Tout était blanc : le lit, les murs, la petite table de chevet… mais une tache de couleur rouge attira son regard. Là, assise dans son lit, son regard tournée vers la fenêtre, se tenait une jeune femme. Il ne l'avait jamais vue, mais quand elle se tourna vers lui, la couleur grise de ses prunelles lui rappela aussitôt sa mère. Sa crinière flamboyante oscillait par endroit entre de l'auburn et du brun et encadrait à la perfection son visage de poupin ; il s'en retrouva étonnement attendri.

Lentement, comme pour ne pas l'effrayer, il s'approcha du lit et déposa son plateau sur une table. Il finit par prendre la parole ;

« Bonjour. Je ne sais pas si on t'a déjà parlé de moi, mais je m'appelle Demetri… Je… Je suis ton frère aîné. »

C'était étrange à prononcer. Ces mots, qu'il n'avait que lu ou entendu dans sa tête, lui faisaient un effet qu'il ne saurait décrire mais qui le mettait mal à l'aise. Se grattant la nuque en détournant un instant le regard, il attrapa la peluche et joua un instant avec ses ailes avant de la lui présenter avec maladresse.

« Je t'ai amené ça, j'espère qu'elle te plaît ? … Je suis ravi de te rencontrer, Cassandre. »

Étrangement, lorsque Cassandre le regardait avec ses yeux de chaton perdu, il ne faisait pas le rapprochement avec ceux de sa mère – de leur mère ? – et ne cultivait ni dédain ni rancune à son égard. Au contraire, il se trouvait con et maladroit ; lui qui n'avait usuellement aucune difficulté à faire connaissance, le voilà tétanisé comme un bambin devant un inconnu. Il finit toutefois par se détendre et osa un petit sourire.

« J'espère que tu as faim ! »

À défaut de savoir quoi dire, il préférait jouer la carte de la nourriture.

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Mer 12 Sep - 18:07
« C’est bien, Cassandre. C’est très bien. Je n’ai même plus besoin de te soutenir pour que tu marches ! »
La main qui tenait la sienne se refermait un peu plus. Elle était étrangement chaude et douce, contrairement à celles de maman, moites et glaciales. Les yeux sombres de cette infirmière dégageaient à peu près la même impression. Ils paraissaient plus enclins à capter la lumière malgré leur marron fort profond alors que le gris de maman était fermé au jour. De même pour l’étirement de ses lèvres. Si celui de maman restait coincé dans sa tête comme le tic-tac de la vieille montre qu’elle portait au bras droit, celui-là semblait vouloir dire quelque chose. Comme si cette personne parlait de deux façons, par la parole et par ses sourires muets, et que, tout compte fait, elle n’était jamais vraiment silencieuse.
Perplexe, Cassandre la fixait.
« Comment vous faites ça ? » lui demanda-t-elle.
L’infirmière écarquilla les yeux sur un temps si court qu’il parut illusoire de la voir surprise. Elle regagna rapidement son sourire, ses yeux sombres se mirent à luire, et elle serra d’autant plus la petite main de sa patiente.
« De quoi parles-tu ?
- Ça. »
Cassandre accompagna ses paroles d’un geste peu hésitant, posant son index libre sur une extrémité de sa bouche pulpeuse, puis sur l’autre. L’infirmière cligna des yeux, mais elle ne rechigna aucunement et, lorsque Cassandre retira son index, elle émit un petit rire dont la raison était incernable.
« Je souris, c’est tout, glissa-t-elle entre deux inspirations.
- Vous faîtes plus que sourire, » objecta Cassandre.
La jeune adulte s’arrêta, entraînant ainsi l’arrêt de sa accompagnante, qui posa sur elle un regard interrogateur.
« Je ne comprends pas, » souffla-t-elle.
A côté d’elles, une petite fille marchait en tirant une adulte d’une main, un large sourire affiché aux lèvres. Sa voix aiguë, incessante dans son discours, brisait la monotonie de l’hôpital et intriguait les quelques passants du long couloir. Quelques remarques fusèrent de sorte que l’adulte qui la suivait finit par la réprimander, avant de lui tendre un drôle d’objet. C’était un chien inanimé, aux yeux et à la gueule grands ouverts, d’une fourrure très peu naturelle, que la petite s’était empressée de serrer contre elle. Une peluche, pensait-elle.
Cassandre resta bloquée sur la scène. Sur la main que l’adulte avait posée sur la tignasse de la petite et sur leurs sourires qui, eux aussi, semblaient parler. Elles se décollaient, d’une façon ou d’une autre, du tableau morne que Cassandre côtoyait depuis son réveil.
« Pourquoi ? » souffla-t-elle encore.
Un faible mouvement de l’infirmière la ramena sur Terre. Elle retomba sur son sourire et ses yeux, l’observa longuement, et, s’assurant qu’elle avait encore une main dans la sienne, reprit la marche en direction de sa chambre en retombant dans le silence qui l’habitait usuellement. Une fois près de son lit, l’infirmière l’y installa avec précautions, lui offrit un verre d’eau et resta encore quelques temps avant de lui rendre sa solitude.
L’infirmière demeura au seuil de la porte, le regard posé sur Cassandre, qui ne ressemblait plus qu’à une poupée éteinte dans l’attente d’une quelconque main pour l’animer. Son regard gris se perdait derrière la fenêtre, entre des milliers de questions et, l’espérait-elle, de rêves, près des nuages qui lui avaient prêté leur couleur. Elle hésita un moment à l’interpeler, juste pour s’assurer que son esprit ne l’avait pas quittée pour le monde meilleur qu’elle cherchait peut-être. Elle se résigna toutefois à rejoindre le couloir et retrouver les bousculades de son métier.
Le temps se déroba. Cassandre ne s’en rendit compte qu’à l’instant où elle entendit un « bonjour » un peu trop proche pour venir d’une autre pièce. Lentement, elle tourna la tête jusqu’à tomber sur un inconnu. Elle porta ensuite son attention sur le plateau qu’il venait tout juste de poser, puis sur le drôle d’objet qu’il lui montrait. Une peluche mutante, pensa-t-elle en observant l’objet. Un corps cylindrique à quatre pattes, tout rayé de jaune et de marron sauf au niveau de la tête et muni de petites ailes et d’une paire d’oreilles de lapin.
Elle ne l'avait pas entendu entrer.
Ce monsieur est mon frère aîné. C’est mon grand-frère. Frère par le sang qu’ils partageaient. Grand, parce que maman l’avait eu avant elle. Elle se souvenait de quelques évocations du nom Demetri lors de leurs discussions, quand maman lui disait qu’elle espérait qu’il vienne. Elle ne lui avait jamais prêté plus d’attention, jusqu’à le voir là, en chair et en os. Elle ne lui avait jamais donné une image, un trait sur lequel l’imaginer. Et elle se demandait pourquoi toutes les questions qui lui taraudaient dès lors l’esprit ne lui étaient pas venues plus tôt.
« Je t’ai emmené ça, j’espère qu’elle te plaît ? »
C’est pour moi ? Pourquoi ?
« Je suis ravi de te rencontrer, Cassandre. »
Ravi ? Pourquoi ?
« J’espère que tu as faim ! »
Tu espères ? Pourquoi ?
Elle l’observait fixement, les lèvres cousues malgré le flux grandissant de son incompréhension. Pourquoi avait-il apporté une peluche, pourquoi la lui offrait-il ? Pourquoi portait-il ce sourire, cette muabilité dans son expression, cette vivacité dans son regard ? Pourquoi ne lui ressemblait-elle pas, tant dans cette légèreté que dans la lueur expressive de ses yeux, alors qu’elle était sa sœur ?
« Pourquoi es-tu ravi de me rencontrer ? » demanda-t-elle de façon à peine audible.
Elle reposa les yeux sur la fenêtre. Ses lèvres remuèrent un peu, mais aucun mot ne parvint à sortir. Elle ne reprit la parole qu’après une longue inspiration.
« Est-ce que… j’ai quelque chose de si spéciale ? »
Elle poussa le drap qui lui couvrait les jambes et quitta son lit pour s’approcher de lui. Sans demander son reste, elle prit la peluche, la pivota sur plusieurs angles pour l’observer plus en détails, et finit par plonger son regard dans les deux billes noires qui lui servaient d’yeux. Un regard comme celui de maman. Analyse terminée, elle la cala dans sa poitrine à l’aide de son bras gauche et s’empressa de s’emparer d’une main de son aîné, qu’elle apporta en face de son visage. Grande, habillée de faibles couleurs par endroit. De quelques caresses de son pouce, elle s’avéra douce, aussi. Et chaude.
« Je ne comprends pas… murmura-t-elle. Je ne comprends jamais rien. »
Elle déposa la main de son frère sur le haut de son crâne et serra fermement la peluche dans ses deux bras. Pensant que, si la scène se reproduisait, elle y verrait peut-être plus clair.
« Je ne sais même pas pourquoi j’essaie de comprendre… J’ai-. »
Lorsqu’elle releva le regard, ses paroles s’envolèrent. Il ne manquait plus qu’elle pût voir son visage de si près pour comprendre qu’elle était tout bonnement perdue. Parce qu’il dégageait une sorte d’assurance, une sorte de sûreté qui semblait étrangère à l’hôpital, lieu de calme où des pantins autrefois capables de danser s’égaraient, lieu de paix où on les couvait d’attention pour effacer leurs peurs plutôt que de les en protéger. Une sorte de chaleur qu’elle ne connaissait pas. Et ce n’était pas dans son comportement ou dans sa façon de se tenir qu’elle le décelait. Ni dans l’éclat de ses yeux, ni dans sa hauteur, ni dans la force de sa carrure à côté de la sienne.
« J’ai un grand-frère… »
J’ai quelque chose de si spécial…? Elle serra un peu plus la peluche contre elle et ne sut même pas pourquoi elle s’était avancée et collée à lui.
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