TEASING - Montréal, 2048.

Une foule anarchique et cosmopolite fourmille le long de la rue sainte Catherine. L’armada populaire est multicolore de peau tandis que les corps sont de chair, de métal, ou bien encore métis. Homme et androïde, chacun est différent mais tous sont identiques dans la masse, individus trop pressés, croisant l’autre sans même le regarder. C’est une tourbe de bras et de jambes. D’identités.
Certains sont riches. D’autres sont pauvres. Loin du manichéisme, ils manipulent, écrasent. Grondent, se révoltent. Se soumettent ou subissent. Ignorent et se contentent d’avancer. Ils vivent, se confrontent et se répondent car cette foule polymorphe, insaisissable, est l’essence même du mouvement.
C’est la danse des humanités.
De notre société.
Staff
Léandre Luissier - L'Archiviste
DC : Johann Keegan - Logan Duval
Fondateur & graphiste - Présent

Les figures de l'ombre
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▬ 06/18 :Lancement de Human Outside, pour les deux ans du forum ! C'est un grand remaniement qui n'attend plus que vous ♥
Prédéfinis

Montagne Blanche. [Flashback ; Demetri, Antoine.]
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Mails : 9
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Emploi/loisirs : Travailleur intérimaire, fait un tas de boulots différents.
Portrait robot : - Vétéran de la Légion étrangère française.
- Décoré de la croix de la Valeur militaire.
- Bénévole zélé d'Esperancia.
- Avide de jeux vidéos.
- Irritable et irascible.
- Écrit des lettres de menaces anonymes à des planning familiaux, fermement anti-avortement.
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Dim 9 Sep - 13:18
1943. Le Liban, pays multi-confessionnel issu des complexités de l’Histoire entre l’Orient et l’Occident, forme la base de son organisation politique suite à son indépendance obtenue de la France. Le Pacte National permet aux différentes communautés d’occuper des postes politiques afin de pouvoir être équilibrés et représentés.
1978. L’ONU vote une résolution de maintien de la paix et envoie des casques bleus pour ramener l’ordre dans un pays en proie à une guerre civile menaçant de devenir une guerre internationale, le pays étant victime des jeux d’influence des autres acteurs du Moyen-Orient. Les casques bleus ne partiront jamais, même après une fragile paix négociée quelques années plus tard.
2006. La milice chiite « Hezbollah » attaque Israël à l’aide de roquettes et de missiles depuis le sud du Liban. L’armée Israélienne réplique par une invasion du pays et le bombardement de grandes villes libanaises. Après un conflit rapide mais meurtrier, Israël est forcé par la communauté internationale à se replier, mais le Hezbollah tire de cette attaque une grande popularité qui va lui permettre de s’implanter durablement dans la région.
2022. Attentat au ministère de l’Intérieur Libanais. L’attaque est revendiquée par la minorité druze, qui ne participe presque pas à la vie politique ou économique du pays alors qu’elle représente 5 % de la population.
2028. Une vidéo de libanais attaquant des migrants dans le centre-ville de Beyrouth provoque un émoi international. Dans un pays de 7 millions d’habitants résident plus de 3 millions de réfugiés en provenance d’Irak, de Syrie, de Jordanie ou de Palestine, des États en déliquescence victimes de guerres, de désastres environnementaux ou humanitaires.
2033. Le Président de la République du Liban, dans un discours devant l’Assemblée Générale des Nations Unies, déclare que son pays est « une nation en phase terminale ». La mission de maintien de la paix de l’ONU débloque de nouveaux moyens, y compris l’envoi d’androïdes de combats, dans un contexte où les milices druzes, chrétiennes, sunnites et chiites se remilitarisent et occupent des provinces entières, brandissant le spectre d’une nouvelle guerre civile.
2038. Le 2e Régiment étranger de parachutiste de l’armée française est déployé dans le sud-Liban, dans l’espoir de pouvoir ramener la paix après des tensions à la frontière israélienne.


***

Je suis un chevalier. Mais mon château fait pitié. Debout sur une pointe de 300 mètres de haut, la prétendue « Forteresse de Beaufort » n’est maintenant qu’un minuscule petit tas de pierres qui devaient constituer autrefois le squelette d’une tour. Ce qu’il en reste, c’est si petit que je peux grimper dessus, j’ai juste à lever les bras au-dessus de ma tête. Il paraît selon le guide touristique qu’à une époque c’était un bastion impressionnant, qui a appartenu aux templiers. Mais voilà, les Croisades c’était il y a plusieurs siècles ; Ce que les mamelouks du sultan Baybars n’ont pas anéanti au Moyen-Âge, l’armée Israélienne s’en est chargée lorsqu’elle a quitté la région au cours de son intervention en 2006. On m’a dit qu’il y a eu plusieurs tentatives de reconstruire et de ramener du tourisme ici, les chevaliers au milieu du désert ça a toujours eut quelque chose d’un peu romantique et d’attirant, surtout pour des occidentaux. Mais voilà, à chaque fois qu’une bombe explose ici, à chaque fois qu’il y a une prise d’otage ou un assassinat, les gens ont tendance à annuler leurs réservations et à changer leurs trajets pour leur traversée du monde. Bientôt il restera plus beaucoup de lieux où voyager. Alors, je profite de Beaufort pour moi tout seul, et, debout sur un tas de gravas, à côté d’un grand drapeau blanc qui flotte à l’air, les jumelles sur mes yeux, le soleil qui tape sur ma nuque, qui me fait transpirer dans mon uniforme et mon barda militaire trop lourd, je contemple une vue magnifique, que je n’ai pas oublié d’immortaliser en photo. La vue est tellement dégagée que je peux contempler la rivière Litani qui irrigue difficilement la terre, en même temps que les montagnes rocailleuses à perte de vue. « Liban », ça veut dire « montagne enneigée », mais le réchauffement climatique a rendu un peu cette étymologie dépassée. Il n’empêche que ça vous situe assez bien le portrait de l’immensité que j’ai sous mes yeux.
Je regarde à 10 kilomètres au sud. C’est Israël. Je regarde à 20 kilomètres à l’est. C’est la Syrie. Je regarde juste en bas. C’est un immense camp de réfugiés où à peu près un millier de personnes s’entassent dans une jungle à ciel ouvert où certains dorment à même le sol en l’absence de tentes, où l’eau a du mal à circuler, où le choléra risque bientôt de venir comme un mal invisible si une vaccination n’est pas faite à temps. Vous vous demandez pourquoi des gens vivent dans cet état, et de qui ils sont la responsabilité ?
C’est facile. Ils sont sous la notre. Vous pouvez nous engueuler, on fait très mal notre travail.

Le problème de la mission des Nations Unies au Liban n’est pas nouveau. Vous devez probablement en avoir conscience vous aussi, au moins une minuscule petite idée, que vous avez choppé sur un bout d’article d’un site d’information, ou sur dix minutes d’une émission d’investigation à la télé pendant que vous fumiez votre pétard. Une solution insoluble où personne fait rien. Hier, le caporal Osmar da Costa m’a demandé pourquoi on ne pouvait pas descendre dans le village de Maroun El Ras. Je lui ai répondu la même chose qu’un capitaine irlandais m’a dit lors d’une discussion privée y a quelques semaines à Beyrouth.
Pas de couilles, pas de problèmes.
Dire qu’à une époque on vénérait le multi-culturalisme libanais. Des chrétiens, des sunnites et des chiites qui vivaient ensemble dans un même pays. C’est parti au fond des chiottes depuis un moment. Le sud-Liban tout entier appartient au Hezbollah. C’est même plus au stade de secret de polichinelle : C’est quasi-officiel. On ne peut plus mettre les pieds dans les villages qu’ils contrôlent sans essuyer des jets de pierre, voire même que des miliciens viennent exiger qu’on leur remette nos armes. Le fait que le Premier ministre Israélien les menaces et ait ses aéronefs prêts à décoller ne leur font pas froid aux yeux, c’est même tout l’inverse : Ils attendent ça avec impatience. Que ça pète, qu’il y ait des frappes et des missiles, qu’on brise ce status quo trop fragile et trop arrangeant pour les ennemis des arabes et des musulmans du monde entier. Si seulement tout était aussi simple.
Mais les revendications politico-idéologiques c’est pas mon rayon. Je n’ai pas le droit d’émettre le moindre jugement. Mon boulot, c’est les personnes qui sont entassés dans la jungle que je contemple dans les lunettes de mes jumelles, une moue sur mes lèvres, passablement agacé. Les informations des responsables du camp de réfugiés ne nous ont pas menti : Il y a eu un nouvel afflux de Jordanie. Vous savez pourquoi ils migrent depuis la Jordanie ? Pas à cause d’une guerre, pas à cause d’une répression politique, tout ça c’est so XXe siècle. Ils sont ici parce qu’ils ont plus d’eau. Ils migrent parce qu’ils ont le choix entre ça et crever de soif. Dans les rues du Liban, certains accusent Israël de refuser d’honorer leurs promesses et leurs contrats de livraison d’eau au Royaume, alors que d’autres à l’inverse accusent la faction pan-arabe de Jordanie de faire preuve de mauvaise foi dans la gestion de la crise pour justifier leurs sanctions diplomatiques contre l’État hébreu. Je ne vais pas vous dire qui a raison, je suis neutre. Mais le Hezbollah qui occupe le sud du Liban n’a aucune volonté de contrôler la frontière et d’empêcher leurs frères musulmans opprimés d’entrer, alors ils arrivent, ici, avec leurs gorges sèches et leurs affaires sur le dos. Notre responsabilité.
Le pire, c’est qu’ici c’est une zone tranquille. Le sud du Liban il y a juste le Hezbollah et les drones israéliens à ignorer comme s’ils ne se feraient jamais la guerre entre eux. On aurait pu être déployés dans le nord du pays, où là on a des cellules de Daech et d’ex-rebelles syriens qui voient le gouvernement comme des traîtres, mi-chrétien mi-chiites, complaisants avec tout le monde et ennemis du peuple islamique. Rajoutez qu’à cela maintenant même les chrétiens maronites font plus confiance au gouvernement, alors qu’ils ont toujours été le gouvernement eux-même, et qu’à Beyrouth il y a des européens, des petits français et des petits italiens de 18 piges qui viennent ici pour rejoindre les Phalanges libanaises qui s’habillent avec des grandes croix rouges de chevaliers templiers sur le dos. Pax tecum.
Il y a plus de huit cent ans les Croisades se terminaient au Liban. Elles vont recommencer, mais cette fois-ci avec plus de pétrole et de revendications nationales.

« Ça chauffe ? »

Avec son accent portugais, le caporal da Costa viens me parler dans mon dos, lui aussi debout sur ce reste de donjon juché sur une colline. Je ne retire pas mes yeux des jumelles ; Je continue de contempler la jungle sous mes pieds, les gens qui déambulent, les femmes voilées et les enfants, les camions du Croissant Rouge ou sérigraphiés « UNHCR » qui portent des gros packs de bouteilles de un litre d’eau au bras.

« Pas pour l’instant. »

On a du mal à entrer dans les camps de réfugiés. Nous, les casques bleus, les types avec des flingues, pas les travailleurs humanitaires. Mais là c’est pas le Hezbollah qui nous fait chier ; Le Hezbollah est pas content qu’on entre dans les villages à la frontière, là où ils ont des armes et des camps d’entraînement, mais ils ne nous empêchent pas d’aller aider des pauvres gens qui crèvent de soif. Non, là dans les camps de réfugiés, ce qui nous fait chier, c’est les anti-israéliens. Des terroristes (Ou combattants de la liberté, selon votre spectre idéologique) qui forment des cellules dans le coin. On les accuses de profiter de la complicité de travailleurs du Croissant Rouge, mais je pense que c’est surtout une rumeur qui sert de justification aux Phalanges nationales quand les crétins qui se prennent pour des templiers leur balancent des jets de pierre et les empêchent d’aller distribuer des soins dans des squats de Beyrouth. Ou alors c’est peut-être vrai aussi. C’est chaud le Liban, on est incapables de savoir qui est notre allié et qui cherche la merde.

« Chef ! » crie dans un petit écho en contre-bas un accent d’Europe de l’est. « La relève ! »

Je retire enfin mes yeux des lunettes. En bas du fort arrive un petit groupe de légionnaires, casques bleus sur la tête, insigne du 2e REP sur leur bras. L’adjudant Kim Ban, coréen. Son arrivé me retire un poids, je vais enfin pouvoir me détendre les pattes et pas cramer au soleil.

« On récupère les bardas, en avant. »

On soulève nos gros sacs et on reprend nos fusils. Mon groupe va rejoindre celui de Kim Ban, que je vais saluer et avec lequel j’échange quelques politesses. Serrages de mains, tapes sur les épaules, on souhaite bon courage aux nouveaux venus, et on commence le long chemin qui va nous conduire jusqu’en bas, jusqu’à nos véhicules qu’on va embarquer pour rentrer à Nabatieh.
On sera de retour dans pas longtemps.





Nabatieh est la plus grande ville du sud Liban. 100000 habitants, centre commercial avec un H&M, rues propres, grands bâtiments blancs qui sont empilés les uns sur les autres par des grues jaunes, le Liban a connu une ère de prospérité dans les années 2010-2020, quand la première guerre civile syrienne s’est terminée. Une petite ère de développement urbain et économique qui s’est achevée il y a une décennie. Je me souviens que je venais juste de rentrer dans la Légion Étrangère quand on a commencé à parler de Beyrouth aux infos. Une sale affaire. Au milieu de ce petit paradis en développement, on retrouve à presque tous les coins de rue des policiers et des militaires libanais, et plus rarement, des soldats irlandais ou indonésiens avec un petit casque bleu sur la tête. Aujourd’hui, le mandat de l’ONU encadre 25000 soldats de la paix, avec parmi eux 3000 militaires français, des hommes issus de divers régiments ou de la gendarmerie nationale sous mélangés au milieu d’un groupe qui est lui-même mélangé à toutes les nationalités onusiennes. Un bordel à organiser, si seulement quelqu’un voulait organiser le tout. Les casques bleus espagnols sont les seuls qui s’efforcent à vouloir visiter les villages du Hezbollah et à chercher des caches d’armes, mais ils sont arrivés que le mois dernier, comme notre compagnie du 2e REP qui vient remplacer des combattants du 21e RIMa. Le truc c’est que notre commandement français nous dit que c’est pas une bonne idée d’aller chercher la merde là-bas ; le RIMa a essayé de faire du zèle, y a trois mois un de leur véhicule de transport de troupes a reçu une roquette, deux morts. Vous voyez vite le portrait. Cela m’étonnerait pas que dans les jours ou les semaines qui viennent les espagnols aussi soient victimes d’une tragédie.
En l’absence d’avoir quelque chose à faire, on se fait chier. Mes journées se résument le plus souvent à rester dans un casernement à Nabatieh, à jouer aux cartes, à regarder des séries sur Netflix et à faire du sport pour m’entretenir. Les patrouilles organisées par le commandement français font exprès de faire des trajets qui ne passent surtout pas près des villages contrôlés par le Hezbollah. On peut pas non plus gueuler sur Israël qui n’arrête pas d’envoyer des drones et des hélicoptères pour surveiller le ciel libanais ; On se contente de le rapporter au commandement de la FINUL, qui vont envoyer une petite lettre pour dire aux israéliens que ça se fait pas, et Israël va nous dire « empêchez-nous ». Comment leur en vouloir ? On fait pas notre boulot, ils vont vouloir le faire eux-même. Pour l’heure le Hezbollah n’a pas provoqué de drame en tirant à la roquette sur un hélico de Tsahal, Dieu merci.

« Merde, les huiles arrivent. »

Da Costa, assis à notre table sur laquelle je joue au poker avec mes gars, zieute dans le couloir. Je soupire en reposant mes cartes ; De toute façon j’allais perdre, je sentais que Marić en face de moi bluffait. On se met en ligne et au garde-à-vous, tandis que deux officiers avancent près de nous. Je me met à hurler comme un gros bœuf :

« Gaaaaarde-à-vous ! Mes respects mon lieutenant. Mon commandant. »

Le lieutenant est de la Légion. Français, parce que les officiers de la Légion étrangère sont toujours français. Le commandant avec lui, en revanche, viens de l’armée de Terre régulière ; Il a le petit insigne de la 27e Brigade d’Infanterie de Montagne, mais la BIM ne fournit que du personnel administratif, des traducteurs, des types d’état-major. Le commandant nous regarde, mains dans le dos, il ne dit pas un mot, ses lèvres gercées bien pincées. C’est le lieutenant qui nous piaille.

« Repos sergent. Vous partez ce soir pour le camp de réfugiés de Beaufort, je veux que vous prépariez un camion dans lequel on va mettre des tentes et de l’eau.
– Pas de VBMR, mon lieutenant ?
– Non sergent, pas de VBMR, un camion standard, pas blindé ou armé. MSF va organiser une campagne de vaccination contre le choléra pour éviter une épidémie, vous allez en profiter pour amener du matériel.
– Bien mon lieutenant. »
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Dim 9 Sep - 22:49
montagne blancheAntoine & Demetri

La nuit se promenait dans les venelles d'abris et de caisses.
Réquisitionnés pour prévenir une flambée de choléra et d'autres maladies tout aussi mortelles dont ils devaient faire le suivi épidémiologique, les médecins sans frontière s'activaient aussi rapidement que possible auprès des réfugiés. Les pauvres, ils se laissaient faire, le visage dégueulant de larmes ; beaucoup s'accrochaient à leurs mains comme s'ils s'agissaient de bouées de sauvetage, le soulagement, la crainte et la fatigue ancrées au fond de leurs prunelles.

Toutefois, ils ne pouvaient pas réconforter tout le monde.
Ils étaient des milliers, entreposés tantôt dans des tentes tantôt sur de simples bâches étalées par terre, à nécessiter soins, nourriture et présence, mais il était impossible de s'arrêter auprès de chacun. À contrario, ils étaient peu nombreux : quelques médecins, des logisticiens, des paramédics… mais aucun psychologue pour s'occuper des plus chamboulés. Et malgré son désir de rassurer tout le monde, Demetri ne pouvait pas s'arrêter maintenant. Il naviguait entre les zones de ravitaillement et les tranchées de tentes, à donner vaccins et bouteilles d'eau aux mains qui se tendaient vers lui. Tous accueillaient l'eau avec avidité tant leurs lèvres étaient craquelées et desséchées, vidant rapidement son sac qu'il remplissait pourtant à chaque fois à ras bord. Il avait beau donner encore et encore, les mains ne semblaient pas diminuer.

Revenant une énième fois vers le camion des MSF, il attrapa un sac contenant bouteilles et boîtes de conserve avec un petit soupir. Il était arrivé alors que le soleil commençait à peine à décliner à l'horizon, prêt à aider les quelques secouristes déjà sur place, bien qu'il ne s'était pas attendu à cela. Ce n'était pas sa première mission humanitaire, mais il avait davantage l'habitude d'intervenir en cas de catastrophes naturelles. Les blessures étaient davantage impressionnantes mais, au moins, il n'y avait pas cette atmosphère de peur constante. Le danger ne venait plus du sol, mais d'en haut ; le ciel était souvent déchiqueté par les lames d'un hélicoptère ou éclairé par les lueurs de drones venant sans doute espionner et grappiller des informations. Et il n'aimait pas ça. Pas du tout même. La crainte de ne pas savoir ce qui allait leur tomber dessus lui collait à la peau comme de la crasse. À chaque fois qu'il plongeait son regard dans celui, écarquillé, d'un réfugié, la même inquiétude revenait le ronger : quand est-ce que cette tension allait exploser ?

« Demetri, tu veux prendre une pause ? Je peux te remplacer le temps que de nouveaux camions de ravitaillement n'arrivent. »

Il s'agissait d'un chirurgien local.
Demetri ne se souvenait pas de la manière dont son prénom se prononçait (et préférait de toute manière éviter), mais il s'agissait d'un médecin têtu et rapide. Il s'était occupé des blessés avec un dévouement exemplaire qui ne pouvait que pousser à l'admiration et, cerise sur le gâteau, parlait un parfait anglais. Son accent était à couper au couteau, mais Demetri pouvait discuter avec lui sans problème.

« Je veux bien, oui. Qui nous envoie du renfort ?
– Les casques bleus. D'autres médecins devraient arriver demain pour nous épauler, mais c'est impossible de prévoir de combien de mains ont aura besoin… »

Acquiesçant sans ajouter quoi que ce soit, il se tourna vers l'horizon.
En dehors du campement, tout était incroyablement calme. Demetri ne comprenait pas tous les enjeux politiques qui étranglaient la région et ne s'en souciait pas véritablement ; en tant que secouriste sans frontière, il ne pouvait donner son opinion ou prendre position et cela lui convenait parfaitement. Un blessé restait une personne dans le besoin, peu importe ses croyances ou sa couleur de peau.

« Prends une pause. Quand le camion sera là, tu aideras à décharger le ravitaillement pour que les logisticiens puissent faire leur boulot, ok ? Tu t'occupais de quel secteur ?
Le C.
– Je vais voir s'ils ont besoin d'aide alors. À plus tard ! »

Demetri lui sourit en agitant la main, s'asseyant ensuite sur une des caisses en bois qui traînait là, retournée. Il n'aimait pas ne rien faire alors que tant de monde avait besoin d'aide, mais la fatigue –plus mentale que physique– commençait à peser sur ses épaules. Il valait mieux qu'il prenne une pause de quelques minutes et aide au déchargement avant de retourner donner des coups de mains à droite et à gauche.

Il inspira profondément dans une tentative vaine de se détendre. Les étoiles étaient brillantes et retraçaient des constellations aisément discernables sur leur tapis d'obscurité. Il lorgnait l'horizon quand il vit le camion de ravitaillement percer les ténèbres. Il se releva de sa caisse et s'étira souplement, resserrant la petite queue de cheval qui maintenait ses cheveux sauvages en place. Entre temps, d'autres personnes l'avaient rejoint afin de décharger au plus vite les ressources que tous attendaient.

Les casques bleus ne tardèrent pas à descendre du camion. Demetri était étrangement rassuré de les voir arriver ; peut-être était-ce à cause des armes qu'ils portaient ou des mains fortes qu'ils prêtaient, mais il les accueillit avec soulagement. Par automatisme, il commença à leur parler anglais :

« Bonsoir. Ravi que vous soyez arrivés… »

S'attelant au déchargement avec les autres, il aida à descendre de nombreux packs de bouteilles d'eau. Demetri n'hésita d'ailleurs pas à demander s'ils avaient des informations sur la situation, puisque la centrale des MSF n'avait encore rien partagé.

« Vous savez ce qu'il se passe ?  »

Son timbre de voix était assurément plus agacé qu'il ne l'aurait voulu. Sûrement dû au stress. Voir de nombreuses personnes dans le besoin arriver par vagues au campement devenait usant… Il n'en resta cependant pas là. Ces soldats n'avaient rien demandé et il en avait conscience. Il ajouta donc plus posément.

« Y a eu du mouvement ? Rien ne bouge ici… à part deux-trois drones qui passent. …Vous restez parmi nous ? »

Ça commençait à faire beaucoup de questions. Demetri n'était même pas sûr qu'ils aient des réponses puisque tous étaient dans la même situation, mais il ne perdait rien à demander. Qui plus est, voir de nouvelles têtes (autres que des médecins ou des réfugiés) était un réel bol d'air. Plus qu'à espérer qu'on ne le snobe pas au vu de sa bouille jeune et imberbe, il en avait plus que marre que ses supérieurs se moquent gentiment du fait "qu'il ne soit pas sec derrière les oreilles" !

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Lun 10 Sep - 21:19
Nuage de poussière. Roues qui crissent. Tremblements. J’aurais tellement aimé qu’on fasse le voyage en VBMR ; Ces gros véhicules blindés ne s’arrêtent devant rien et même sur la plus impraticable des routes les gros pneus anti-crevaisons traversent à toute vitesse. Le camion que nous conduisons est un camion qui peut transporter jusqu’à 4 tonnes de charge, un béhémoth monstrueux qui tremble même sur une route entretenue d’asphalt. Avec sa teinte blanche et le gros « UN » peint sur les portes, on est une jolie cible, et j’ai toujours le petit stress qui noue mon ventre quand le convoi traverse un checkpoint tenu par les militaires libanais.

Je suis sur le siège passager. Fusil HK416 entre les jambes. À mes côtés, le brésilien da Costa tourne le volant et nous dirige tant bien que mal sur la route. Je lève à un moment les yeux pour voir que le château de Beaufort est toujours bien debout, avec toujours le drapeau blanc au-dessus. Rassurant. Je serai inquiet le jour où je verrai une étoile de David ou le jaune du Hezbollah dessus.

Le petit convoi est constitué de plusieurs camions, avec un 4x4 en début et en fin de fil. Tous casques bleus, tous de l’armée française, bien qu’il y ait au final bien peu de français aux commandes. Nous sommes la Légion étrangère, c’est bien le but, d’avoir des étrangers prêts à mourir pour le drapeau tricolore. Seuls les officiers sont tous français, ou alors des étrangers qui ont obtenu la citoyenneté française et qui ont passé les concours des écoles. Même les français qui souhaitent intégrer la Légion – ils font ça uniquement parce que la Légion est un corps très romantique, alors qu’en réalité on est très loin d’être une unité d’élite malgré notre esprit de corps et nos traditions – se font passer pour une autre identité, et quand vous leur demandez, ils prétendent être suisses ou belges, mais les vrais suisses et les vrais belges les remarquent tout de suite, le français il est pas discret, il a des petits tics, des expressions et des manières qui le mettent tout de suite à part.
Vous avez peut-être envie que je vous fasse les présentations de mon escouade, des hommes qui partagent mon sort et que je commande en tant que sergent-chef de l’armée française ? Vous inquiétez pas, je serai bref, je vais pas vous décrire toute ma compagnie, ni tous les mecs de ma section de combat d’infanterie composée de 35 militaires sous le commandement du lieutenant Philippe Guillaume de Bonnivet (Vous pouvez pas faire plus cliché comme nom bordel…) le gars de tout à l’heure qui m’a sauvé de me faire plumer au poker. Je les connais tous, bien sûr, même s’ils ne sont pas tous des amis proches. Je vais donc plutôt vous parler des camarades qui se font le plus remarquer, même si je risque de faire des jaloux, parmi les 9 hommes que je commande directement.
Da Costa, donc. Ça fait plusieurs fois que je vous en parle. Fantassin, rieur, très bavard, beaucoup trop bavard même, au point où il arrive souvent qu’il me tape sur les nerfs. 22 piges mais déjà caporal, il a pas démérité son grade. Il a appris très vite à parler français, malgré son gros accent issu du Brésil. Il parle très peu de son passé, mais c’est tant mieux – c’est une preuve qu’il ne ment pas. Orphelin, a grandit dans une favela, je sais pas grand-chose de sa vie à part que j’imagine qu’il a dû quand même en baver, même si ma connaissance du Brésil se limite à ce que je vois dans les documentaires à la télé. Un peu branleur quand il est à la caserne, il serre les dents quand je l’oblige à arrêter de regarder son ordi et à refaire son lit mal fait. Mais il est volontaire quand il s’y met. Il sait faire des tas de choses, pas un raté avec ses mains. Il faut pas lui dire, mais même si je fais le grognon devant lui, j’apprécie le fait qu’il y ait quelqu’un pour détendre un peu l’atmosphère.
Dans le camion derrière nous, deux autres troufions sous mes ordres. L’un est un homme de confiance : Le caporal-chef, très bientôt sergent Janez Marić. Slovène, 26 ans, tireur de précision. Un pur légionnaire, malgré son jeune âge, mais on est tous jeunes ici. Il a fait des Opex au Mali, au Nigéria, Venezuela, Ukraine, Somalie, Guyane… Il a déjà été décoré par le président en personne. Mais c’était avant qu’il se fasse épingler pour une sale histoire. Y a deux ans, il était en permission à Toulouse, puis il a vu une femme se faire piquer son sac par un gamin, alors il est intervenu comme un grand héros. Sauf qu’il a été peut-être un peu « lourd » dans sa mise à terre, et du coup il a fini au tribunal correctionnel. Il a pas été condamné, la Légion aime pas les repris de justice, enfin si, on les adores quand ils s’engagent, pas quand ils font partie de l’institution. Du coup le pauvre Janez a vu son avancement bien muselé. C’est un peu une injustice, c’est un très bon soldat, même si en réalité il est impulsif comme pas possible, et je le suspecte d’avoir été un braqueur ou un criminel avant de s’engager.
À ses côtés, derrière le volant, y a Giaccomo. Italien, 18 ans. 18 ans, vous vous rendez compte ? Quand il s’est engagé il avait encore que 17 ans, il avait même pas le droit de vote dans son pays. J’ai fais pareil que lui, j’ai rejoins très jeune. Il parle pas un mot de français, il est tout fin avec son physique de chat, et le pire, c’est qu’il est beau comme tout. Me prenez pas pour un pédé hein, mais je veux dire, objectivement, le type il a un physique cliché de star italienne, il devrait se faire un compte instagram, au XVIe siècle on aurait fait des statues et des tableaux de lui. Petite barbe, grands yeux en amandes, joues creuses, quand il aura fini de tirer ses cinq ans on lui rajoutera la réput’ de baroudeur et un tatouage sur le bras et alors y aura plus aucune femme autour de la Terre entière qui voudra pas sauter dans ses bras. Mais en attendant, je lui en fais baver, je vous promet. Il le méritera, son tatouage. Il parle encore très peu de mots de français, il a du mal à bien faire son lit, il lui arrive de pinailler et de pas comprendre comment s’adresser à moi (C’est « chef » tout court, pas « mon sergent » ou « sergent-chef »), et je lui fais payer chaque petite erreur par des pompes et de la course. Vu qu’il est tout bleu et que c’est sa toute première Opex, j’attends de voir comment il va se comporter.
Je pourrais aussi vous parler de Sayed, 22 ans, musulman rohyngias qui va souvent à la chapelle (Car les chapelles de l’armée française font tous les cultes à la fois, c’est un peu spécial) ; d’Alexis, suisse, 27 ans et super bon mécanicien ; d’Omar, 24 ans, suédois mais issus de la minorité arabe ; de Xavier, 19 ans, métis noir, double nationalité espagnol-soudanais ; de Hachiro, 23 ans, japonais et fils de cadre d’entreprise extrêmement riche, qui s’est engagé pour l’aventure et fuir les conflits familiaux ; et de Stepan, 22 ans, papa ukrainien et maman russe, une des grandes victimes de la déchirure nationale d’un pays. Mais tous ces jeunes hommes d’horizons très différents, sont maintenant tous frères dans leur patrie d’accueil, la France, et dans leur patrie de service, la Légion. Je les surveilles moins, car je leur fais confiance. Tous ne sont pas des vétérans décorés, certains n’ont jamais fais de service en zone de combat, mais tous ont été unis par des entraînements très difficiles qui les ont soudés et qui font qu’aujourd’hui on se soucie plus pour le camarade à côté que pour sa propre vie, peu importe sa race, sa religion ou sa langue. La Légion étrangère est probablement l’une des rares institutions où le multiculturalisme a toujours réussi.

« On se reconcentre. »

La jeep de tête commence à sortir de la grande autoroute. On la suit et on se retrouve à abandonner la belle route bien entretenue pour s’engager dans un chemin de broussaille rocailleux. Le camion tremble encore plus que tout à l’heure, et il faut maintenant redevenir alerte. Au fur et à mesure qu’on s’approche, on croise sur le côté des femmes voilées avec des enfants qui lavent des vêtements dans la rivière Litani. Ça va ; Le Liban, malgré tous ses problèmes, est encore une perle rare dans le Moyen-Orient, de gros efforts écologiques ont été entrepris. En Syrie je peux vous assurer que c’est pas la même chose, la fin de la guerre civile en 2020 n’a fait qu’amener des industriels véreux à qui on a offert tout le pays pour reconstruire les dégâts en vitesse, et maintenant les fleuves en sont devenus assez pollués pour tuer tous les oiseaux et les poissons qui y vont. À une époque ça s’appelait « le croissant fertile » cette région, le glyphosate et les métaux lourds ont changé la donne.
On approche du campement de réfugiés. Personne ne nous arrête. Il n’y a ici pas de grillages ni de gardiens, c’est une jungle sauvage qui s’est bâtie et organisée en urgence par les associations et l’UNHCR, ils ont fait du plutôt bon boulot avec le peu de temps qu’ils avaient. Nos camions et nos jeeps se garent en arc-de-cercle, j’espère que notre arrivée subite ne va pas créer une émeute, ça dépend de comment les réfugiés ont été nourris et comment on s’est occupés d’eux.

On ouvre les portières. Avec nos gilets pare-balles et nos fusils en bandoulière, je dois avouer qu’on a pas une apparence très pacifiste, ça doit pas être une vision agréable, même si on a des casques bleus sur la tête. Même si je me sens un peu en danger, je crois que je comprend pourquoi les chefs on pas voulu qu’on se ramène avec un gros VBMR avec mitrailleuse et lance-roquette dessus. Mes gars restent devant les véhicules, un peu hagard, tandis que je les hèles :

« Relevez les bâches ! On va décharger tout ça ! »

Un des humanitaires du campement viens nous voir. Parce que c’est moi qui crie et qui fait des signes à mes camarades, il devine assez intelligemment que je suis le chef. Il me parle en anglais ; En plus du français comme langue maternelle, j’ai aussi l’anglais, et je crois que vous comprenez assez aisément comment je suis devenu sergent-chef alors que j’ai toujours été une grosse bille en études et qu’il faut pas compter sur moi pour passer des concours d’écoles.

« Bonsoir à vous. On a ramené des vivres et de l’eau, et des tentes qu’on nous a demandé à installer. Du matériel médical aussi, de l’antiseptique et des bandages, on va vous aider à décharger. »

Je lui fais le signe de me suivre tandis que je siffle à mes soldats de se mettre au boulot. Ils s’y mettent avec le sourire, et en se dépêchant, et commencent à sauter dans les véhicules pour se mettre au travail. Moi-même m’approche du camion dans lequel j’étais passager, bien content de me dégourdir les pattes et les fesses trop remuées par le voyage, et voilà que je saute à l’arrière d’un de mes camions pour commencer une chaîne avec da Costa qui reste au sol, et à qui je lance des cartons.
D’autres secouristes, bénévoles ou gars de l’UNHCR viennent nous aider et vérifier l’inventaire. Mais y a un d’eux qui commence à me poser des questions en même temps qu’il m’aide. Un bavard ! Vous savez comme j’aime les bavards. Je le regarde rapidement en levant les yeux, il me marque pas trop sur le coup, je note juste qu’il est jeune, brun, avec des cheveux longs – ça me fait tellement drôle de voir un mec avec des cheveux longs, ça existe pas dans la Légion – et, bavard. Au départ, je vous avoue que je l’envoie un peu chier, probablement parce que j’ai tout un camion à devoir décharger.

« Hm… Non. Non on est au courant de rien, je peux pas vous dire. Peut-être vous pouvez demander au commandant de la garnison à Nabatieh, mais moi je peux pas vous aider. »


Cela me fait un peu drôle de piailler en anglais aussi. C’est une grosse règle dans la Légion : On parle en français. Le type qui parle pas encore français faut vite qu’il se dépêche d’apprendre, sinon ça va le pénaliser au bout d’un moment. Enfin là je me concentre surtout sur mes cartons, que je débarrasse un à un dans les mains de da Costa. Efficacité militaire. Toute cette muscu sert enfin à quelque chose.
Au bout d’un moment, comme je m’y attendais, je me met à suer, probablement à cause de mon gros gilet pare-balle qui sert pas à grand-chose. Je saute hors du camion. Dans le camp, je vois des réfugiés jordaniens qui s’approchent et que des mecs de l’UNHCR, deux avec des gilets blancs un peu plus loin, font reculer en leur discutant calmement. C’est là que je me retourne vers le bavard investigateur.

« Vous avez fait un recensement ? Combien de monde y a ? Y sont arrivés depuis un moment ? »


Franchement ça me fait un pincement au cœur de voir ça. J’ai beau faire mon facho qui veut que le Canada soit aux canadiens, quand je vois des êtres humains, surtout des femmes et des enfants qui sont agglutinés, apeurés, les cernes sous leurs yeux rouges, je résiste pas à ça. J’ai pas les larmes aux yeux non plus, je suis trop habitué à voir cette misère crasse, mais je vous jure que le grand type que je suis il se sent pas droit dans ses bottes.

Je me retourne vers le jeune type aux cheveux longs, et lui tend ma grosse main recouverte d’un gant en cuir.

« Je suis le sergent-chef Laroche, mais tu peux m’appeler Antoine. Tu t’appelles comment ? Pourquoi t’as décidé de rejoindre SSF ? »
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