TEASING - Montréal, 2048.

Une foule anarchique et cosmopolite fourmille le long de la rue sainte Catherine. L’armada populaire est multicolore de peau tandis que les corps sont de chair, de métal, ou bien encore métis. Homme et androïde, chacun est différent mais tous sont identiques dans la masse, individus trop pressés, croisant l’autre sans même le regarder. C’est une tourbe de bras et de jambes. D’identités.
Certains sont riches. D’autres sont pauvres. Loin du manichéisme, ils manipulent, écrasent. Grondent, se révoltent. Se soumettent ou subissent. Ignorent et se contentent d’avancer. Ils vivent, se confrontent et se répondent car cette foule polymorphe, insaisissable, est l’essence même du mouvement.
C’est la danse des humanités.
De notre société.
Staff
Léandre Luissier - L'Archiviste
DC : Johann Keegan - Logan Duval
Fondateur & graphiste - Présent

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Prédéfinis

[NC-16]Réminiscence. - Swann
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Mails : 590
Double-compte : Georges Adams/logan Duval
Surnom : L'albatros
Emploi/loisirs : porte-parole d'Espérancia/ magistrat
Portrait robot : - psychologie basée sur l'obéissance
- Très anxieux. Lévres en piteux état, fume.
- prêt à tout pour être enfin reconnu et aimé par sa famille
- incapable d'aimer autrui et soi-même
- conservateur trés croyant
- pense que les androides sont des créatures déviantes
- belle âme au fond qui attend son envol
- homosexuel refoulé
- espére un jour être soigné
- attiré par Antoine Dastre

- Juge en DarkSlateBlue

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Mer 10 Oct - 20:36


WARNING : CE RP EST SUSCEPTIBLE DE PARLER DE SEXUALITE ET DE PROSTITUTION


Incipit:
 

Reminiscence, Olafur Arnalds


« Vous devriez essayer d’oublier. Cela fait déjà quatre mois . Votre peine aurait dû déjà commencer à s’amenuiser. Il faut accepter le deuil, M.Luissier.»

Le psychiatre regarde ses notes, pose un regard circonspect sur son patient.

« Où en êtes-vous dans votre rapport à votre homosexualité ? Les tensions familiales se sont-elles apaisées ?  »

Depuis le coming-out de Léandre, le praticien n’utilise plus le terme de déviance. Sous sa demande, il s’est adapté. Cela aide l’Albatros à  avancer dans le dialogue et sur lui-même.
A s’accepter.

«  Mes parents font comme s’ils ne savaient rien et je ne leur en parle pas. Ils m’ont demandé de ne pas communiquer dessus en public et de ne rien ébruiter de supplémentaire, Il soupire. Je fais de mon côté mon possible pour changer la politique d’Espérancia vis-à-vis  des homosexuels… qu’ils soient pris en charge correctement … Je ne veux pas qu’ils souffrent comme j’ai souffert car nous sommes tous des enfants du Seigneur. Nous méritons de vivre heureux peu importe nos particularités.»

Il y a plus d’un an maintenant, il avait annoncé à Antoine cette même volonté d’aide envers les jeunes gays.  « Pour les soigner de leur déviance. » C’est ce qu’il avait dit comme une évidence . Comment avait-il pu croire cela si longtemps, s’en imprégner  jusqu’à se détester et se croire malade.

Cela lui parait être une hérésie envers l’amour du Christ aujourd’hui.

Son regard tombe sur ses genoux. Il a du mal encore à affronter la vision soutenue de ce Docteur qui depuis son adolescence le suit pour sa déviance et qui maintenant l’aide à intégrer sa sexualité à son identité.
C'est dans ces moments que Léandre s'aperçoit que tout peut changer si vite, passer d’un opposé à l’autre sans transition. Sans repère hormis l’habituelle douceur professionnelle du psychiatre. S’en est presque troublant. De rester identique face à deux choses qui se contredisent.  

« Très bien. Je comprends. »

Le praticien comprend toujours mais n’exprime jamais son avis personnel. Ce n’est pas son travail. Il garde pour lui le dégoût, l’intérêt, l’indifférence. Léandre n’a pas le droit à ce qu’il pense. C’est là ce qui les sépare.

« Pour vos interrogations sur votre identité sexuelle, je peux vous conseiller un établissement. Ils sont familiers de ce genre de problématique et sont discrets. Je sais que vous n’aimez pas les androïdes mais ils sont le plus à même de vous guider avec douceur pour un premier… contact...dirons-nous. Cela vous intéresse-il ? »

L’Albatros est surpris par la proposition. En plus de dix ans de thérapie, c'est la première fois que le docteur L. lui parle d’une telle solution.
Il hésite, laisse quelques instants sa lèvre inférieure en suspend avant de murmurer. « Oui. »


~~~~ oOo ~~~~
Que fait-il là ?

Léandre se tétanise devant l’immeuble qui correspond à l’adresse sur son téléphone.
Face à lui, la façade blanche est  décorée de moulures classiques  et éclairée de néons rouges qui agressent les yeux et encerclent de grandes fenêtres, donnant elles-mêmes sur de multiples boxes arrangés sous forme de vitrines. Dans chacun des emplacements, élégamment mis en scène, posé entre des rideaux pourpres de velours et des miroirs au cadre doré, se meut avec des gestes langoureux un androïde.
C’est du show public pour attirer du chaland impudique.

Léandre n’est pas ce genre de client. Il n'a rien à faire là, devant cette maison close qui cache sa vulgarité derrière le luxe et l’élégance,  habillant chacun de ses pantins de tenues d’apparat qui, avec avidité, seront bien vite retirées.  

Tout cela le dégoûte. La prostitution, le sexe, les hommes qui s’avilissent.  Il ne peut pas comprendre mais ne fait pas demi-tour.
Il ira et affrontera, ressortira de cet endroit de débauche, la conviction au cœur qu’aucun androïde ne peut l’aider.
Il le sait. Son deuil et la complexité de son désir sont trop ancrés pour qu’on puisse l’apaiser par la pression d’une main sur son sexe.
Il a déjà essayé. Il n’arrive qu’à pleurer, s’interrompt avant de jouir, les yeux mouillés de trop penser à celui disparu.  Il aura dû aimer quand Antoine était encore vivant. S’en donner le droit, profiter.
Il aurait dû mais n’avait rien fait alors, ne possédant à présent d’hier que les regrets.

Son cœur se serre et il chasse les souvenirs d’un long frisson qui parcourt son corps pour le reconnecter à la réalité, à ce moment où il rentre dans l’établissement, demande mal-à-l’aise comment le service fonctionne.
On lui sourit, narquois, lui tend une tablette où de multiples visages apparaissent sous-titrés de noms. Ce sont les prostitués disponibles et lui est un putain de fils à papa.  C’est ce que disent les yeux moqueurs et curieux de l’employé qui, faussement aimable, lui explique, pas à pas comment cela marche.

« Vous sélectionnez l’androïde que vous voulez, choisissez un temps de location pour la chambre, payez avec votre carte. Un QR code vous serez envoyé sur votre téléphone. Il servira de clef pour la chambre. Quinze minutes puis dix minutes avant la fin du temps alloué, un signal vous préviendra. A l’heure dite, si vous n’avez pas racheté du temps, la porte de votre chambre s’ouvre et le service de nettoyage arrive.  Je vous conseille d’avoir fini votre affaire avant cela. »

L’homme rigole de façon graveleux et disparaît, retourne joué au billard jusqu’à l’arrivée du prochain client.
Léandre remercie, s’assoit dans un gros fauteuil de cuir patiné pour faire défiler les visages des androïdes, leurs caractéristiques.

"Spécial sodomie, cunnilingus […] Double pénis, sexe à picots, vagin profond, cyprine gout baileys[…]"

Un haut-le-cœur le prend.  Il referme l’onglet des caractéristiques. Il ne veut plus rien savoir, choisira uniquement au visuel et continue le scroll infini quand un visage l’interpelle.
La physionomie est angélique, androgyne, casquée de cheveux blonds qui tombent en cascade sur sa poitrine nue. L’androide s’appelle Swan. Comme un cygne. Un signe. Une impression de déjà-vu qui n’arrive pas à remonter totalement à sa mémoire.

Swann…

Léandre, clique sur la silhouette, valide son choix, paye sans même regarder le prix.
Son esprit est ailleurs, plongé dans un passé autre, oublié.

Swann…

L’ascenseur monte au deuxième, la porte s’ouvre, la pièce se dévoile sur un salon, puis au fond, sur une chambre dont on aperçoit un lit blanc, monumental, encadré de voiles légèrement transparents.
Au milieu, assis sur sa jambe gauche repliée, nu et innocent, charmant, trône le Cygne comme la plus pure des madones. Habillé seulement de sa couronne de méches d’or, il est élégant, magnifique mais ce n’est pas le désir qui noue le ventre de l’Albatros.
Ce qui le tenaille, là, étrange, c’est la douleur des retrouvailles que l’on ne peut pas nommer, impression douce-amère de revoir un fantôme d’hier.
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