TEASING - Montréal, 2048.

Une foule anarchique et cosmopolite fourmille le long de la rue sainte Catherine. L’armada populaire est multicolore de peau tandis que les corps sont de chair, de métal, ou bien encore métis. Homme et androïde, chacun est différent mais tous sont identiques dans la masse, individus trop pressés, croisant l’autre sans même le regarder. C’est une tourbe de bras et de jambes. D’identités.
Certains sont riches. D’autres sont pauvres. Loin du manichéisme, ils manipulent, écrasent. Grondent, se révoltent. Se soumettent ou subissent. Ignorent et se contentent d’avancer. Ils vivent, se confrontent et se répondent car cette foule polymorphe, insaisissable, est l’essence même du mouvement.
C’est la danse des humanités.
De notre société.
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Léandre Luissier - L'Archiviste
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Les figures de l'ombre
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▬ 06/18 :Lancement de Human Outside, pour les deux ans du forum ! C'est un grand remaniement qui n'attend plus que vous ♥
Prédéfinis

It's buried in your bones, I see it in your closed eyes [PV Dem]
 :: Montréal :: Quartiers résidentiels :: Hôpitaux

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Mar 16 Oct - 13:40
It's buried in your bones, I see it in your closed eyes
Elle se rappelait vaguement les cris, les pleurs et les suppliques. C’était toujours comme ça que les soirées finissaient, de toute façon ; et c’était à cause de ça qu’elle ne rentrait jamais, sauf quand sa mère le lui demandait ; ce qu’elle avait d’ailleurs exigé ce soir, probablement parce que c’était son anniversaire et qu’elle voulait le fêter avec elle. Elle regrettait toujours sa faiblesse, Xi Mu, après coup. Elle se disait qu’il valait mieux peut-être qu’elle repousse sa génitrice et s’abstienne à l’avenir de refoutre un orteil dans sa maison.
Elle se le répétait tout le temps, mais elle ne tenait jamais. Il suffisait que sa mère compose son numéro pour qu’elle rapplique aussitôt — elle faisait un bon chien, Xi Mu. Un chihuahua qui aboie plus fort qu’il ne mord.

Sa tête semblait sur le point d’exploser. Elle sentait vaguement - malgré ses paupières closes - qu’on essayait de la manipuler. On cherchait à la soulever en lâchant des grossièretés et des mots paniqués. Sa mère scandait quelque chose en boucle, mais Xi Mu n’entendait pas assez bien pour savoir de quoi il s’agissait. Il y avait ces bourdonnements incessants qui l’abrutissaient. Elle avait l’impression qu’on lui broyait le crâne entre les deux murs d’un étau. Il y avait bien ce liquide chaud qui coulait dans sa nuque et se faufilait dans son dos, mais même ça elle s’en fichait. Rien n’avait d’importance, à ce moment précis, sinon la douleur qui glissait - sinueuse comme un serpent - le long de ses vertèbres jusqu’à ses talons. Ça fusait et tonnait, grondait comme l’orage et vociférait comme un animal en cage.

Elle avait envie de bouger et celle de crever là tout à la fois, cherchant à remuer sous les vives protestations de sa mère qui continuait de beugler. Elle voulait lui demander de la fermer - pour une fois dans sa vie - mais rien n’émergea de sa bouche. Pas le plus petit son, pas la moindre syllabe.
Ce manège perdurait, les pieds malmenaient les tapis turcs et le parquet. On s’appliquait sûrement à faire disparaître les preuves de ce qu’il s’était passé ; comme à chaque fois, en réalité. Elle se doutait qu’il ne laisserait pas sa mère appeler les urgences avant qu’il ait terminé.

Ça lui donna vaguement l’idée que ça traînait depuis une éternité. Quand les sirènes commencèrent à hurler au pied de l’appartement, elle pensait qu’une journée entière s’était écoulée — au pire, il avait dû se dérouler une heure. Son souffle était saccadé et son cœur battait la chamade. C’était devenu à peine supportable, mais pas l’ombre d’une larme ne rôdait sur ses joues. Elle était trop fière pour lui prouver qu’il avait réussi à lui faire mal. On laissa entrer des gens qu’elle ne connaissait pas ; ça l’angoissait de ne pas pouvoir ouvrir les yeux et les regarder. Elle n’aimait pas les étrangers, et encore moins qu’on la touche. D’ailleurs, au moment où l’un d’entre eux chercha à poser sa main sur elle en espérant sûrement obtenir un signe de conscience ou une réponse, elle le repoussa d’une faible bourrade. Elle manqua de tomber du canapé par la même occasion, sans que cela ne l’empêche de vomir un message plein de fureur mal canalisée.

- Ne me touchez pas !
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Mar 16 Oct - 21:31
It's buried in your bones, I see it in your closed eyes Demetri & Xi

« Oh, elle est consciente » fut la première remarque de Skyler, son binôme et collègue de travail attitré, depuis leur arrivée dans l'appartement. Ils étaient de garde, tranquillement installés dans l'ambulance à grignoter des biscuits en écoutant paisiblement la radio, lorsque l'appel survint. Les informations se montrèrent succinctes : le crâne d'une jeune femme aurait rencontré une surface vitrée lors d'un repas d'anniversaire. Ils n'en savaient pas beaucoup plus et avaient donc rappliqué en vitesse, abandonnant leur paquet éventré dans la boite à gant. Sitôt arrivé à destination, une femme dans la cinquantaine leur avait ouvert la porte et les avait pressé dans la salle à vivre sans véritablement les saluer, le visage déformé par la panique et la précipitation...

Toutefois à peine auprès de la blessée, Demetri se vit rabrouer et ses mains gantées repoussées avec faiblesse, sous le demi sourire caustique de son collègue. Il se contenta de soupirer, ses prunelles cherchant à rencontrer celles de la jeune femme blessée pour la rassurer. En vain. Il ne croisa pas la moindre étincelle de vie, celle-ci dissimulée par le voile de ses paupières. Ses yeux étaient clos, mais elle était visiblement consciente. Ou du moins suffisamment pour ne pas vouloir se laisser faire.

Décidé de la rassurer avant de réitérer le moindre geste, Demetri commença à lui parler d'une voix douce et posée, observant Skyler du coin de l'œil ; à la vue du sang et de la plaie, il s'était mis à extirper de nombreuses compresses de leur sac de secours posé sur le brancard.

« Ne vous inquiétez pas, nous sommes là pour vous aider. Vous devez avoir sacrément mal à la tête… Laissez-moi regarder tout ça de plus près, je vous promets de faire au mieux pour ne pas vous faire plus mal. »

Sans plus attendre, il déposa ses mains avec délicatesse sur le crâne de la jeune femme pour débarrasser au maximum la plaie de toute mèche de cheveux. Elle n'était pas belle à voir. En dehors des quelques fils roses qui dérangeaient et s'étaient agglutinés tout autour, la plaie dégueulait d'un rouge vif et contenait encore quelques débris de verre. Il pouvait qui plus est sentir un regard hostile lui vriller le dos, mais ne se retourna pas pour autant. Pas encore. Il apostropha plutôt son collègue avant qu'il ne vienne s'installer à ses côtés pour l'aider. « Skyler, il me faudrait la pince s'il te plaît…»

Une plaie pareille nécessitait normalement une compresse et une stabilisation des corps étrangers pour que l'hôpital s'en occupe, mais ils étaient si peu nombreux qu'il préféra prendre le risque de les retirer de suite, avant de chercher à atténuer l'hémorragie. Il sut que Skyler appuyait sa décision lorsqu'il lui tendit une pince stérilisée.

Avant de toucher davantage à la blessure, il se tourna vers les parents, qui le regardaient faire sans un mot, comme cloués sur place. Aucun doute qu'il devait être difficile pour eux d'assister à pareille spectacle… mais plus son regard s'attardait sur le crâne ouvert ou sur les ecchymoses qui serpentaient le long de son cou, plus le doute s'insinuait en lui.

Était-ce une trace de main qu'il voyait là ?
Et pourquoi y avait-il des bouts de verre sous le canapé ?
Du sang nul part ailleurs ?
Que s'était-il véritablement passé ?


Il ne pouvait émettre que des soupçons, la situation lui étant encore inconnue. Peut-être était-ce véritablement un accident ? Peut-être ce faisait-il juste des idées. Il préféra garder son calme et se concentrer avant tout sur les débris de verre avant d'inspecter plus loin. Si son état le permettait, Demetri lui poserait assurément des questions à ce sujet dans l'ambulance, loin de la présence intrusive de ses parents. Il décida tout de même de leur poser la question :

« Que s'est-il passé ? A-t-elle perdu conscience un instant ? Ça fait longtemps qu'elle saigne comme ça ? »

Observant les dégâts (soit deux grands éclats de verre peu enfoncés dans la plaie), il se fit un devoir de les extirper le plus délicatement possible. Skyler épongeait le sang à chaque fois qu'il devenait dérangeant et comprima la blessure dès qu'elle fut débarrassée des débris, prenant aussitôt le relais.

« Vérifie sa nuque avant qu'on ne la porte sur le brancard. J'ai regardé le crâne et me semble pas y avoir de fracture…
C'est plutôt bon signe… Merci. On va pouvoir l'amener aux urgences pour qu'ils lui fassent quelques points.»

L'intervention se passait bien. Il n'y avait aucun signe avant coureur de complications : elle respirait relativement bien, son pouls était irrégulier mais son cœur battait… et elle était consciente. Dieu merci, elle était consciente. Ses gants étant devenus poisseux de sang, Demetri en changea avant de délicatement vérifier l'état de sa nuque, laissant le soin à Skyler de poser des compresses et des bandages tout autour du crâne de la jeune femme pour éviter qu'elle ne se vide davantage de son sang.

« On va pouvoir l'amener à l 'hôpital, ne vous inquiétez plus. Elle est entre de bonnes mains. »

Son état était relativement stable. Ils purent donc la soulever pour la placer gentiment sur le brancard, prêts à décamper.

« Comment tu te sens ? Nausées, vertiges…? »

La question pouvait être idiote, mais Demetri la posa tout de même. Il ne pouvait risquer de donner des anti-douleurs trop puissants et la voir s'endormir, tout comme il ne pouvait décidément pas la laisser souffrir au point de s'évanouir. Il préféra donc toutefois lui demander comment elle se sentait en poussant le brancard en direction de l'ambulance où il continuerait les soins. La voix de Skyler se fit entendre dans son dos :

« Je suppose que c'est à moi de conduire ? »
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Mer 17 Oct - 21:52
It's buried in your bones, I see it in your closed eyes
Ce n’était qu’une petite voix calme et lointaine. Une petite voix d’homme, chose qui hérissa les quelques poils de bras que sa pince à épilée n’avait pas éliminé. Elle tourna brièvement la tête dans la direction d’où elle venait : c’était la créature qu’elle avait repoussé de toutes ses maigres forces. Les sourcils froncés, elle cherchait à ouvrir les paupières mais son corps n’avait aucune envie de lui obéir ; elle était coincée dans sa propre peau, et la sensation l’irritait prodigieusement.
Il tenta de s’expliquer, de la rassurer. Sous ses mots, Xi Mu se tassait et se recroquevillait simplement un peu davantage sur elle-même, essayant de retrouver ses sens et la réalité. Elle pouvait capter les odeurs de la nourriture cramée - la faute à sa mère qui n’avait pas la fibre culinaire - et celles des occupants de la pièce. Il y avait aussi des notes d’encens ; le mélange était écœurant. Elle ne l’avait jamais remarqué avant, mais aujourd’hui ce bouquet-là, omniprésent, s’enfonçait dans ses poumons comme l’air brûlant du Sahara et lui calcinait les bronches. Elle était sur le point de devenir folle.

Le monde tournait sous ses paupières, des lumières y dansaient et s’éteignaient. C’était comme un univers tout entier qui se créait là, tout en effaçant celui dans lequel elle vivait jusqu’à ce soir. On lui arrachait un bout d’elle-même, elle le croyait. Elle hoqueta brusquement. Quelque chose de froid frottait contre son crâne chaud. Quelque chose qui allait lui faire du mal.
Quelque chose contre lequel elle aurait aimé se rebiffer, si son âme n’avait pas été piégée dans un cadavre. Elle était là, tout en ne l’étant pas réellement. Elle essaya de crier et de gémir, de se plaindre et de pleurer. Aucune de ces choses n’émergea de sa bouche, seulement le silence oppressant quand elle ordonna à ses lèvres de se délier. Elle haïssait ces vides-là, Xi Mu.
Ces vides qui lui rappelaient qu’elle était impuissante.

On la touchait sans son consentement, on en faisait une chose. Comme un objet qu’on retourne dans tous les sens - avec délicatesse, cependant - mais dont on se lassera tôt ou tard. Elle frémissait sous les doigts et sous les empreintes abandonnées sur son derme. On devinait sans doute toutes ses blessures, tous les bleus et on se doutait sûrement qu’il y en avait d’autres sous ses vêtements. Tout était visible. Elle avait l’impression d’être nue devant des individus qui y resteraient indifférents, comme à chaque fois.
Elle entendit vaguement sa mère sangloter lorsque les questions commencèrent à affluer. Elle ouvrit la gueule dans l’espoir qu’on la laisse reconnaître les bévues et les crimes, mais son compagnon la devança. L’histoire était bien rodée, même s’il tremblait. Il sembla hésiter un moment - une seconde à peine - avant de déblatérer ses mensonges.

- On avait mis un peu de musique. C’est l’anniversaire de ma femme, vous comprenez ? On voulait seulement s’amuser. Xi Mu est une jeune fille maladroite, elle a trébuché et est tombée. Sa tête a cogné contre la table basse.

Il s’emmura dans le silence un moment. On voyait ses méninges s’activer et ses paupières s’agiter frénétiquement. Il savait que ça ne passerait probablement pas aussi bien que les fois précédentes ; d’habitude, il s’arrangeait pour que les ambulanciers trouvent Xi Mu dehors, dans une ruelle, là où on ne pouvait pas le soupçonner. Ici, la table en verre était intacte. Ils n’auraient jamais dû retrouver des bouts dans la tête de la gamine s’il avait raconté la vérité.
Il haussa nerveusement les épaules, faisant un geste vers sa femme qui le regarda à peine. Elle n’avait d’yeux que pour sa môme, prostrée dans le canapé tout neuf. Celui-là était désormais recouvert de taches écarlates qui resteraient à jamais — seules preuves tangibles et immuables de ce qu’il s’était réellement passé.

- Comment tu te sens ? Nausées, vertiges… ?

Elle ricana avant de tousser vigoureusement. Sa gorge lui faisait mal, elle aussi. Tout son être lui faisait horriblement mal. Elle ne saurait pas bien dire s’il s’agissait de ses muscles et de ses os, ou si c’était davantage sa fierté qui souffrait. Elle s’étonna d’entendre l’amertume qu’il y avait dans sa propre voix, mais cela lui donna la force d’ouvrir deux yeux gonflés et de les poser sur l’homme qui se montrait à la fois si doux sans lui laisser le choix.

- Ça, mon vieux, tu le sauras quand je t’aurai dégobillé dessus.

Elle esquissa un sourire moqueur, de ceux qu’elle réservait exclusivement à ses victimes. Elle aimait mettre mal à l’aise, et espérait sincèrement qu’il esquisserait au moins une grimace. Il lui devait ça. Il l’avait assez tripoté pour qu’elle espère un gage de sa part ; une marque de dégoût ou un visage déconfit lui conviendrait parfaitement pour éponger la dette.
La moue se déforma rapidement pour devenir un rictus de douleur quand ils commencèrent à la déplacer. Les cahots du brancard lui donnèrent l’impression qu’elle allait mourir au prochain coup, sauf qu’à chaque fois que ledit soubresaut survenait, elle prenait conscience qu’elle était vraiment en vie — et surtout que la vie, c’était de la merde.

Elle ne desserra les dents qu’une fois installée dans l’ambulance. À son soulagement, ni sa mère ni son beau-père ne monta avec eux. Elle n’en avait pas envie. Sa mère passait son temps à chialer durant le trajet, et l’autre se retenait à grande peine de faire son cinéma du « faux père éploré par le train-train quotidien débauché mené par son trésor ». Elle lâchait un soupir lourd de sens, faisant écho aux lourdes portes qui se refermaient. Elle était en sécurité, là, maintenant. Ça ne durait jamais longtemps, évidemment.
Elle en était arrivée à les aimer, ces voyages. Elle les exécutait au milieu d’inconnus qui lui parlait rarement, ou alors qui faisait comme si elle n’était pas là. Comme si elle n’était qu’un numéro, ou alors un simple cas. Elle n’était personne dans l’ambulance. Elle n’était rien du tout.

Encore moins humaine.

Elle soupira à nouveau, laissant ses paupières voiler ses deux yeux verts qui ne pétillaient plus. Elle respira un moment sans rien dire, calmant les battements affolés de son cœur. Moins le sang circulait vite, moins la douleur était vive. Si son crâne n’en était pas léger pour autant, il devenait plus facile à supporter.

- J’ai mal. Shoote-moi, doc. C’est ton boulot après tout.
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Dim 21 Oct - 17:14
It's buried in your bones, I see it in your closed eyes Demetri & Xi

L'histoire des parents était bancale. Dérangeante. Ses yeux s'envolèrent un instant du corps douloureux de la jeune femme pour se déposer sur la table basse. Elle était comme neuve. Pas une seule fissure. Il n'en dit rien, mais ses lèvres se pincèrent et son regard s'assombrit ; plus il en apprenait, moins il appréciait ce qui en découlait. Ses pensées ne s'exprimèrent pas davantage sur son faciès. Il demeura professionnel (malgré le petit signe échangé en douce avec Skyler, qui semblait avoir suivi son raisonnement,) jusqu'au moment où le brancard fut glissé dans l'ambulance. Les parents ne les suivirent pas, préférant demeurer au domicile familial et il en fut intérieurement soulagé.

« Évite de me vomir dessus alors, ma journée n'est pas terminée. »

Demetri lui répondit avec un sourire.
Il était visiblement tombé sur une forte tête, à qui la douleur devait faire perdre toute patience. Il ne prit donc aucunement mal sa remarque acerbe et s'occupa plutôt à l'installer au mieux, tout en s'assurant que les compresses ne bougent pas ou ne s'imbibent pas trop de sang. La plaie semblait relativement bénigne, davantage impressionnante que dangereuse, mais il ne se relâcha pas. Les blessures au crâne saignaient toujours abondamment, après tout.

Son collègue ne tarda pas à démarrer le véhicule. Demetri pouvait le sentir vrombir et vibrer. Ils partirent sans plus tarder en vitesse en direction de l'hôpital le plus proche, les sirènes, aux cris aigus et répétitifs, leur ouvrant la voie. Il répondit par automatisme à la demande balancée par la jeune femme, commençant doucement à cerner le personnage :

« Je ne suis pas docteur... »

Il prépara tout de fois un peu de morphine afin d'endormir un peu la douleur qui devait lui faire bourdonner le crâne, surveillant attentivement le moindre changement apparant. L'hôpital n'était pas loin, mais il devait rester à l'affût du moindre problème. Rien ne semblant subvenir, il s'installa à ses côtés après s'être assuré qu'elle n'avait besoin de rien d'autre.

Il était toutefois l'heure de lui tirer des informations et d'éclaircir ses doutes. Il commença simplement afin de tâter un peu le terrain, bien qu'il se doute d'avance que la jeune femme ne se montre pas coopérative. En plus de la douleur, elle ne semblait pas très encline à la discussion.

« Tu t'appelles Xi Mu, n'est-ce pas ? C'est coréen ? Ou chinois ? » Il s'agissait tant d'une tentative de briser la glace que de s'assurer qu'elle soit suffisamment en état pour répondre. Il continua toutefois : « … Que s'est-il passé ? »

Maintenant qu'il était allé en son sens en accédant à une de ses requêtes, il espérait qu'elle accepte de lui répondre sans opposer trop de résistance. Il ajouta toutefois avec sérieux, son air doux se volatilisant quelques instants : « Et je ne veux pas de cette histoire de table basse. »

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Jeu 25 Oct - 15:27
It's buried in your bones, I see it in your closed eyes
- Évite de me vomir dessus alors, ma journée n’est pas terminée.

Ça ressemblait à une berceuse, à ses yeux. Elle esquissa un gros sourire goguenard, la môme ; du moins, elle essaya. Il y avait quelque chose de galvanisant quand les gens répondaient à ses sarcasmes plutôt que de passer dessus. Elle aimait vraiment ça, plus que la drogue ou le sexe. On faisait attention à elle. On écoutait ce qu’elle disait. On réagissait même. C’était un peu magique à ses prunelles. C’était comme recommencer à vivre dans le même monde que les autres, le temps d’une seconde. Une vague de chaleur réconfortante embrasa son visage qui rougissait — c’est pour ces moments-là qu’elle voulait respirer. Pour ces petits plaisirs et pour ces sourires qu’on lui rendait des fois, quand on comprenait que ce qu’elle crachait avec haine était une demande d’intérêt.

Ses paupières se décollèrent à nouveau pour laisser un fil de lumière frapper sa pupille et la dilater. Sa vision se chargea de taches noires avant de redevenir claire, hantée par ce croissant gentil qui habillait la gueule du barbu. Avec ses cheveux longs et ses sourcils épais, il lui rappelait les mousquetaires qui passait à la télé durant son enfance — ces gens qui vouaient leurs vies à une cause noble. Ces créatures qui ne ressemblaient pas à des humains par leurs engagements qui ne leurs rapportaient manifestement rien, sinon un peu d’honneur et de décence.
Elle haïssait ces personnes-là plus que toutes les autres. Les autres, vénales de nature, étaient pourries depuis la naissance. Mais ces personnes-là, pures au début, le restaient un temps avant de devenir sales à leur tour, souillées par leurs congénères. Comme sa mère. Comme sa mère. Elle sauvait des vies, avant. Pas celles des humains - heureusement, d’ailleurs - mais celles d’animaux qui souffraient. Elle les guérissait. Elle les ramenait à la maison quand ils n’en avaient plus où rentrer. Elle ressemblait alors à une fée, sa mère.

Une fée lentement contaminée par un monstre, qui en était finalement devenu un elle-même. Elle lui en voulait, Xi Mu. Elle lui en voulait tellement… Surtout maintenant. Surtout là, allongée sur son brancard, parce que sa tête était lourde et que son cœur l’était au moins autant.

- Je ne suis pas docteur...

Il était quoi, alors ? Pape ? Ses lèvres s’écartèrent pour se moquer, pour rire et détruire comme elles le faisaient toujours, mais pas l’ombre d’un son n’en émergea. Ses cordes vocales se serrèrent et ses yeux embrassèrent le blanc du plafond. Les souvenirs et les pensées se déversaient à une vitesse folle dans son crâne qui n’arrivait plus à les trier. Pourquoi est-ce qu’elle se retrouvait là ? Pourquoi est-ce qu’elle prenait toujours les coups à la place de sa mère, maintenant ? Pourquoi ?
Pourquoi est-ce qu’il ne la tuait pas simplement, au lieu de l’envoyer systématiquement dans ce bâtiment qui puait le désinfectant, la javel, l’opprobre de tous les hommes qui battaient leurs enfants et leurs compagnes, la honte de ceux qui provoquaient des accidents de la route, et leurs pleurs des familles endeuillées ?
Elle détestait l’hôpital pour ce qu’il représentait : la souffrance.

Il commença à parler de tout, de rien. De son nom, de ses origines. De ce qu’il s’était passé. Elle s’arrêta sur la fin, Xi Mu. Elle se ferma peu à peu, comprenant qu’il était seulement comme tous les autres ; il voulait des réponses, il exigeait des réponses en posant ses conditions. Elle n’avait aucune dette envers lui, malgré les médicaments administrés. Il était allé dans son sens, mais elle n’irait jamais dans le sien. Il se méprenait sur elle. Il oubliait sûrement que tout le monde n’avait pas d’honneur, ni de conscience.
Elle laissa les minutes passer, mutique et la bouche obstinément fermée. Ses yeux fixaient le plafond, le corps tendu et les muscles prêts à faire un bond pour fuir l’ambulance en route dès qu’il passerait les bornes. Dès qu’il s’approchera de la vérité.

Elle se décida à poser ses deux billes vertes et injectées de sang sur lui. Elle était douée pour dédaigner les hommes, mais elle l’était encore plus pour ravager ceux qui cherchaient à la comprendre. Il n’y avait pas de raison pour qu’il soit une exception. Elle plissa les cils, l’évalua d’un regard aussi mauvais qu’il était rapide, avant de se préparer mentalement. Elle en avait des centaines, des histoires toutes prêtes prévues spécialement pour ces secondes passées dans l’ambulance.

- Mhhh. Va savoir ? J’ai du mal à me rappeler, doc. J’ai peut-être un trauma crânien ? Peut-être même qu’on ne saura jamais ce qui m’est arrivé ! C’est possible, hein ? Je suis sûre que ça l’est.

Un sourire coulait sur ses lèvres, sinueux et vicieux comme un serpent. Ses yeux réduits à l’état de deux fentes brillantes de fièvre, elle avait l’air d’un petit démon en transe. Elle n’était ni l’un, ni l’autre. Elle savait seulement qu’il ne pouvait rien faire pour elle, sinon lui créer un peu plus de problèmes et mettre sa mère en danger. Il était inutile. Comme elle-même.
Elle était amère et ça se lisait partout sur son corps. Ses hématomes étaient aussi parlant que ses tatouages où il n’y avait que des sous-entendus liés à la violence ; il y avait un narcisse, un renoncule et une hortensia bleue sur sa peau, tous ramenant à la rancœur et aux blessures du cœur ; tous les signes étaient là, mais personne ne voulait les lire.
Personne ne pouvait les lire.

- C’est moche de demander des informations sans en donner, tu sais ? C’est de la triche, en plus. T’as mon nom gribouillé sur ton petit dossier. J’ai rien du tout, moi. Qui me dit que tu caches pas une arme à feu dans ton caleçon et que tu ne t’apprêtes pas à le braquer sur ma tête pour me violer, hein ? Hein ?

Elle se doutait que son discours était aussi incohérent que fatiguant, mais c’était encore la meilleure façon de détourner l’attention des gens : les renvoyer sur eux-mêmes avec insolence.
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Jeu 25 Oct - 18:13
It's buried in your bones, I see it in your closed eyes Demetri & Xi

« Bien sûr que c’est possible. Vu la blessure que tu as au crâne, ce serait pas étonnant. »

La colère ne montait pas. Demetri était d’un naturel patient et compréhensif, il se doutait déjà que Xi Mu ne lui répondrait pas sans opposer de résistance. Au contraire même, les défenses dont elle se barricadait lui criaient que ses soupçons n’étaient pas infondés et le réconfortaient en ce sens : il ne se faisait assurément pas des idées, quelque chose clochait. Non. La seule chose qu’il se devait de réfréner, c’était sa frustration. Frustration de ne pas parvenir à aider du premier coup, à ne pas trouver les bons mots…

Parce qu’il était doué pour ça.
Il était doué pour comprendre autrui et déceler ce que l’on désirait de lui ou ce que l’on voulait entendre. On disait souvent de lui qu’il était beau parleur, charmeur... mais Xi Mu était un véritable mur contre lequel il ne lui semblait possible que de se fracasser.

C’était ce qu’elle désirait, il le savait. Lui aussi avait vécu une passe difficile où il mordait les mains qui se tendaient pour l’aider. Elles le blessaient plus qu’elles ne le cajolaient, avec leur fausse considération à la con. Mais au fond, cela lui avait été plus défavorable qu’autre chose : lui qui avait toujours craint de se retrouver seul, il s’était isolé de sa propre volonté et en avait d’autant plus souffert.

Alors un instant, il la laissa cracher son venin sans rien dire, se contentant de l’observer. Elle et ses cheveux roses maculés de sang. Elle et ses prunelles vertes délavées. Elle et ses fleurs sur le bras. Un narcisse et un renoncule. Il les reconnaissait sans grande difficulté pour en avoir déjà peints. La signification était toutefois plus difficile à cerner ; avaient-elles seulement une symbolique ou n’étaient-elles que décoratives ? Il y cogita en écoutant les propos de la jeune femme d’une oreille distraite.

Sa dernière pique le rendit toutefois perplexe et eut le don de le faire sortir de ses pensées. Il éclata alors d’un rire franc, une grande risette se dessinant sur ses lèvres. On lui avait déjà sorti des phrases sans queue ni tête sous l’effet de calmants ou de crises, mais jamais de cette trempe-là ! Il ne put que répondre avec une certaine moquerie dans la voix :

« Il y a déjà bien trop de choses dans mon caleçon pour que j’y fourre une arme à feu ! Quant au fait que je sois un violeur, abuser de gens plein de sang n’est pas dans mes fantasmes, rassure-toi. »

Son rire s’atténua bientôt pour finir par s’évanouir sur ses lèvres, mais l’amusement dont ses prunelles étaient habillées ne se volatilisa pas. « Je m’appelle Demetri », qu’il finit par se présenter pour satisfaire son besoin d’égalité. Désormais, elle avait un prénom à mettre sur son visage.

Échappant un petit soupire, il vérifia à nouveau l’état des compresses qu’il avait placées sur son crâne, plus pour se donner quelque chose à faire que par réelle appréhension. Son cerveau chauffait entre ses tempes, à la recherche d’une réponse, et il ressentait le besoin de s’occuper les mains : plus il y pensait, plus il se disait que tirer les vers du nez d’une jeune femme aussi amère que Xi Mu allait être mission impossible.

Ne voyait-elle pas qu’il ne voulait rien de plus que l’aider ?
Comment pouvait-elle se complaire dans une telle situation sans craquer ?


… Mais au fond, il ne la connaissait pas.
Il ne savait rien d’elle, du nombre de fois qu’elle avait été ramassée par une ambulance ou de la manière dont elle vivait son quotidien. Demetri ne pouvait que se projeter sur elle et s’imaginer ce qu’elle devait vivre, ce qui n’était assurément pas la bonne chose à faire. Mais que devait-il faire, au juste ? Il ne pouvait pas rester les bras croisés devant un cas flagrant de maltraitance.

Avec une infinie lenteur, il effleura délicatement les fleurs qui recouvraient son bras. Son index en suivit gentiment les lignes alors qu’il s’exprimait, penseur : « Des fleurs de printemps. Elles sont belles et fortes pour avoir réussi à braver les derniers frimas de l’hiver... Le renouveau n’est pas loin pour toi non plus, hm ? »

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Jeu 25 Oct - 19:22
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- Bien sûr que c’est possible. Vu la blessure que tu as au crâne, ce serait pas étonnant.

La confirmation l’angoissa plus qu’autre chose, en vérité. Elle avait très peur à l’idée d’oublier, Xi Mu. Peur à la pensée de s’oublier. Si les choses étaient si « simples » à endurer, c’est grâce à ce passé qui s’accrochait à ses chevilles comme deux énormes boulets. Il l’aidait à ne pas se perdre, à ne pas céder à la facilité. Il l’encourageait à se rebeller sans cesse et à essayer - sans jamais se dire que ça n’en valait pas la peine - de marquer les esprits. Elle espérait sûrement faire avancer les mentalités, Xi Mu.
Comme tous les rêveurs abîmés.
Comme tous les gosses à qui les rêves ont été arrachés.

La peur s’immisçait dans ses yeux plissés le temps de quelques secondes. Le temps d’un regard qu’elle échangea avec celui qui était désormais son geôlier. L’ambulance prenait des airs de prison où l’on cherchait à lui faire avouer le crime nié devant le juge ; on désirait savoir d’où venait ses blessures mais la gamine n’était vraiment pas assez courageuse pour reconnaître ses faiblesses. Ça revenait à plaider coupable, à son sens. Elle se pinça les lèvres du bout des canines et remua faiblement sur son brancard. Ce seul geste réveilla instantanément la douleur qui galopait dans ses veines.
Une souffrance qui explosa avec le rire de son congénère. Elle lui lançait une œillade effarée, comme si elle s’était attendue à de nouveaux coups plutôt qu’à une pleine hilarité. Et ce rire… Il était si communicatif que la môme se laissa dangereusement entraîner. Elle commença à rire et à rire encore malgré son cœur qui se serrait. Une guerre se livrait dans ses entrailles, inconnue du reste de l’humanité : celle de son âme qui rampait et celle de sa tête qui se battait. Qui résistait contre les larmes. Elle chassait les perles glacées qui remplissaient ses orbites en papillonnant des cils et obligeait sa bouche à arborer un sourire plutôt qu’à se tordre de détresse.

Elle respirait à peine.

Elle haletait sur sa paillasse dure.

- Je m’appelle Demetri.

Elle s’étonna de l’entendre parler à nouveau. Il lui cédait, encore. Ils ne le faisaient jamais, en temps normal. Elle avait fini par comprendre pourquoi, Xi Mu : pour garder une distance avec les gens qu’ils accompagnaient. Pour qu’ils ne prennent pas sur leurs épaules plus de souffrance et de chagrin qu’ils ne pouvaient en supporter. Pour qu’ils ne succombent pas sous le poids de ces remords, de ces morts et de ces regrets que l’Homme traînait jusqu’à la tombe.

Lui, Demetri, avait décidé de faire les choses différemment. Elle s’intéressa alors à lui avec davantage de sincérité, Xi Mu. Elle le lorgna les prunelles écarquillées comme pour imprimer son image derrière sa rétine, et se douta dès lors qu’il lui serait difficile de l’oublier. Xi Mu n’effaçait jamais les visages tatoués dans ses pupilles, probablement parce qu’ils avaient tous un sens sur le moment.
Elle avait conservé un sourire pâle et gêné, presque intimidé de redécouvrir de l’humanité chez un homme de sa race ; le médicament continuait d’ailleurs sa route dans son corps et anesthésiait peu à peu ses sens. Sa langue était lourde et granuleuse, son visage traversé par mille fourmis travailleuses et ses jambes étaient complètement raides. Elle remarqua à peine qu’il la touchait. Ses doigts étaient seulement chauds sur sa peau tiède. Ça lui rappelait ceux de son père quand il était là, quand il lui caressait le front et les cheveux le soir. Morphée la frôla.

Ses paroles avaient du sens. Elles en avaient pour Xi Mu. C’était même la chose la plus censée qu’elle ait jamais entendu. Parce que ça lui ressemblait. L’espèce de poésie mélancolique et douceâtre la pénétra de la même façon qu’une histoire de princesse touche une gamine de cinq ans — Ça lui vendait du rêve. Un rêve d’avenir, un rêve où elle n’était pas la loque de ce soir-là, affalée sur les morceaux désarticulés de son propre corps. Sans même le réaliser, ses lèvres bougèrent et ses cordes vocales donnèrent des sons qui n’avaient jusqu’alors jamais résonné.

- On donne le narcisse aux égoïstes.

C’était elle, le narcisse. Celle qui voulait de sa mère qu’elle n’aime qu’elle-même et le souvenir de son père décédé. C’était elle, l’égoïste. Le narcisse sur son bras gauche remontait doucement le long de son avant-bras, la fleur ouvrant ses pétales au-dessus du coude. Un narcisse qui était enveloppé par le renoncule, presque emprisonné et si dangereusement serré que quelques pétales en noir et gris menaçaient de se détacher. Le renoncule, c’était le reste du monde et plus particulièrement son beau-père.

- On offre le renoncule à quelqu’un que l’on juge méchant. À quelqu’un dont on ne reconnaît pas la légitimité, et que l’on méprise pour ses agissements.

Son visage n’affichait plus aucune expression et ses yeux fixaient le plafond morne et retapé. Elle voulait se recroqueviller et s’endormir dans la position gardée durant les neuf mois passés dans le ventre de sa mère, mais ce n’était pas possible. Son corps ne lui obéissait pas. Tout lui échappait, elle le savait.
Car elle n’avait jamais eu réellement le contrôle.
On approchait de l’hôpital, ça aussi elle en avait conscience. L’ambulance avait perdu en vitesse et s’engageait sur des voies sinueuses. C’était presque terminé. Elle allait de nouveau être toute seule pour affronter le vide. Ça l’effrayait.

Beaucoup.

Les yeux brûlés par les pleurs qui s’annonçaient et la voix étranglée, Xi Mu formula une demande qu’elle n’avait pas réitérée depuis des années :

- Tu veux bien rester ?
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Ven 26 Oct - 15:36
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Il fut surpris de voir les prunelles de la jeune femme s’écarquiller avant de le détailler à nouveau, sans la moindre once d’amertume. Xi Mu lui semblait chamboulée, perdue sur son brancard malgré le rire qu’elle avait laissé filer de ses lèvres. Demetri ne prononça pas un mot, ses doigts demeurant sur son bras dont il retraçait presque machinalement les tatouages alors qu’elle lui en expliquait la symbolique. Le narcisse pour les égoïstes et le renoncule pour ceux que l’on méprise. Il se demanda tout d’abord si ces deux significations lui étaient directement adressées, comme un rappel de ses propres vices.

Son regard glissa le long des fleurs.
Ce ne devait pas être ça. Le renoncule lui paraissait étrangler le narcisse qui, un instant, lui sembla représenter Xi Mu. Là, remuant faiblement sur son brancard, elle lui en donnait impression. Ses yeux verts mouillés de larmes contenues lui murmuraient quelque chose.

« Le narcisse. C’est toi ? »

Te trouves-tu égoïste au point de devoir te le reprocher à chaque fois que tu poses ton regard sur ta peau ? qu’il se retint d’ajouter. Il ne pouvait pas se montrer aussi intrusif malgré sa volonté de comprendre et ses bonnes intentions.

« Tu veux bien rester ? »
Sa voix étranglée agita quelque chose en lui. Son cœur lui sembla soudain compressé dans son carcan d’os et de chair tant il lui était aisé de se mettre dans sa peau et de compatir. Skyler lui faisait d’ailleurs souvent la remarque qu’il s’investissait bien trop auprès des gens, qu’il leur ouvrait trop facilement les bras pour les laisser s’y épancher le temps de quelques minutes. Dans ces moments-là, il lui répondait avec un sourire que c’était une part du métier d’ambulancier, que de soutenir autrui, bien qu’au fond, les mots de son collègue faisaient sens. Il s’investissait sûrement trop, mais comment faire autrement ? Il ne pouvait pas garder ses mains sagement sur ses genoux et lorgner les gens qu’ils transportaient jusqu’à l’hôpital, dans une attitude purement stérile et professionnelle. Ce n’était pas lui et ne le serait jamais.

Ôtant ses doigts de sa peau, il lui attrapa la main pour gentiment la presser en signe de présence. Son expression se fit plus douce et rassurante tandis qu’il lui répondit d’un ton sérieux : « Je ferai mon possible pour rester avec toi. »

Les urgentistes refusaient toute présence en cas d’intervention, mais il savait qu’il pourrait se montrer présent une fois Xi Mu prise en charge. Si tout se passait bien, il ne lui faudrait sûrement que quelques points sur le crâne…

« On ne va pas tarder à arriver. Tout va bien se passer, promis. »

Il se sentait obligé de la rassurer. Sa soudaine vulnérabilité, comme une acceptation de sa part de légèrement baisser sa garde, ne lui en laissait pas le choix.

L’ambulance finit par se parquer. Les portes s’ouvrirent sur l’air sérieux et patibulaire habituel de son collègue, qui l’aida à délicatement faire descendre le brancard sans trop de turbulences. Une fois au sol, Demetri en déverrouilla les roues et le poussa jusqu’à l’entrée des urgences, où ils étaient visiblement attendus.

Alors qu’il laissait le brancard aux infirmières, il entendit la voix bourrue de Skyler s’adresser à lui : « C’est déjà la deuxième fois que tu joues les accompagnateurs … La prochaine fois, tu t’occupes du véhicule seul et tu m’offres une bouffe. »

Demetri acquiesça en un petit ricanement alors que son collègue le gratifiait d’une tape sur l’épaule. C’était déjà la deuxième fois qu’il laissait Skyler s’occuper du rangement et du nettoyage du véhicule. Un instant, il se rappela Cassandre, minuscule dans son lit trop grand et trop blanc pour elle…

Il se tourna ensuite vers Xi Mu, avant de la laisser au bon soin des médecins : « On se revoit dans pas longtemps, le temps qu’il te remette sur pieds ! Je ne vais pas trop te manquer ? »

Il lui lança une petite pique avec un petit sourire doux aux lèvres, plus pour la faire tiquer qu’autre chose. Elle lui devait bien ça.

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Ven 26 Oct - 16:09
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Il y avait quelque chose d’épuisant dans son combat, Xi Mu le remarqua ce jour-là. Peut-être parce que ses os avaient encaissé, ou peut-être parce que sa peau était déjà profondément marquée, l’ennui commença à la submerger. L’ennui d’être, l’ennui d’exister. Ce qui lui semblait habituellement si jouissif ne l’était plus, à ce moment précis. « Le résultat n’en vaut pas la peine » susurrait désormais une petite voix à son oreille ; c’était précisément ce qu’elle craignait, viscéralement. Les coups l’avaient d’abord forgé et taillé dans le marbre, et les coups se chargeaient maintenant de l’effacer. De la rendre fade et terne malgré ses cheveux colorés.

« Le résultat n’en vaut pas la peine » ronronnait son bide creux et serré. Elle voulait vomir, se faire du mal et se donner au premier connard pour se rappeler ce qu’elle était, pour ne pas laisser son tempérament se perdre un peu plus sous la faiblesse — Elle ravala ses sanglots étranglés et inspira à fond. Ce n’était pas elle, ça. Ce n’était pas elle.

- Le narcisse. C’est toi ?

Elle ne répondit pas. Elle demeura complètement immobile, presque inerte et raidie par la peur d’être comprise ; elle ne voulait pas parler de ces choses-là, elle ne voulait pas extérioriser. C’était sa douleur. Elle n’appartenait qu’à elle, rien qu’à elle, et personne ne pourrait jamais la lui prendre. On lui avait volé son père, puis sa mère et son bonheur, mais sa souffrance serait éternellement sous sa peau. Bien cachée, soigneusement entretenue et cajolée.
La main chaude serra la sienne qui avait l’air gelée à côté. De ce mec-ci, Xi Mu garderait le souvenir de la température élevée de sa chair et du contraste saisissant ; peut-être d’autres choses, aussi, ou peut-être pas. Elle appuya mollement ses propres doigts autour des phalanges. Une fois. Deux fois. Elle s’arrêtait ensuite, obligeant ses articulations à se déplier, le laissant souder leurs mimines sans participer davantage.

Elle regarda sa bouche articuler des mots qu’elle entendait derrière un bourdonnement persistant. Elle sentait la fatigue. La fatigue était partout. Elle était dans ses yeux, elle était dans sa chair. Elle l’obnubilait et la blessait plus que l’alcoolisme de son beau-père.

- Je ferai mon possible pour rester avec toi.

Elle haussait les épaules en lisant dans ses deux prunelles sombres. Il n’avait pas l’air de mentir, mais elle connaissait les humains sur le bout des ongles ; ils étaient doués pour promettre et pour jurer, beaucoup moins quand on leur foutait les conséquences sous le nez. Elle se frotta doucement les pieds, réalisant qu’elle n’avait pas de chaussures et essaya de se réchauffer. Elle avait conscience de glisser lentement de l’autre côté — vers le monde du sommeil et des rêves déchaînés. Elle n’avait pas envie d’y aller. Elle avait peur de ce qu’elle y trouverait : la solitude, encore.
Une brise gelée la ramena brutalement à elle-même quand les portes se dérobèrent à nouveau. Le visage du deuxième ambulancier s’invita brièvement dans son champ de vision avant de disparaître aussi vite qu’il était arrivé. Elle le chercha machinalement quand on passa son lit branlant d’une main à une autre, la refilant sans remords aux infirmiers qui jacassaient fort. Elle mima de se plaindre mais n’arriva pas à mener son geste à bout.

Les paroles enjouées de son ex-gardien lui arrachèrent un sourire qui illumina quelques secondes ses yeux fermés. Elle cracha un gloussement pour faire écho au sien, et se dépêcha de répondre sans savoir s’il pouvait encore l’entendre.

- Tu me manques déjà, doc !

Sa propre voix n’était pas bien audible et sa langue pâteuse donnait des syllabes mal articulées. Presque aussitôt, le grognement des roulettes de son carrosse qui mordillaient le sol carrelé emplit tout l’espace de sa tête. On l’éloignait. On la poussait - encore une fois - dans l’une de ces salles d’examens peu engageantes où l’on moisissait pendant des heures.
Xi Mu, néanmoins, ne remarqua pas que le temps passait. Elle s’endormit quasiment aussitôt arrêtée, et plongea dans un songe agité. Elle ne se réveilla qu’au claquement âpre d’une porte pour découvrir un médecin en blouse blanche. Il la salua tranquillement, le visage cerné et les rides creusées. Il avait l’air crevé et paumé, le pauvre.

- Vous vous souvenez de votre nom ?
- Vous vous souvenez de votre adresse, doc ? Parce qu’on dirait vraiment que vous n’y êtes pas retourné depuis des siècles.

Il lâcha un soupir. Il en avait sans doute vu d’autres, de ces gosses fâchés contre la Nature et contre leur nature. Il sembla cependant considérer que son sarcasme (même si proféré dans un halètement) était signe de bonne santé et de conscience éveillée. Il testa ses réflexes, palpa son ventre et reluqua ses plaies avant de s’engouffrer dans le couloir en effervescence. Les infirmières couraient dans tous les sens. On passa l’heure suivante à lui faire une poignée d’examens. On chercha à savoir s’il y avait un traumatisme au crâne, si son visage avait pâti plus que de façon superficielle, et si sa gorge n’avait pas été abîmée par ce qui ressemblait à une strangulation.
On ne lui posa pas de questions sur ce qu’il s’était passé, on savait sûrement que c’était inutile et que perdre du temps aux urgences n’était pas une super idée. Un interne maladroit se proposa pour faire ses points de suture, arrachant de nombreuses grimaces et des gémissements à la môme qui serrait durement les dents.

Une fois plus ou moins retapée, on la collait dans un fauteuil roulant et on l’emmenait à toute blinde vers les ascenseurs. Dedans, Xi Mu sembla suffoquer. Elle détestait les petits espaces confinés comme ceux-là ; comment savoir avec qui on nous enfermait, hein ? Elle regarda son infirmière de biais, s’assurant peut-être que celle-là ne s’apprêtait pas à lui sauter dessus avec une arme blanche. Sa perfusion la gênait. Elle était enfoncée dans son bras droit - celui où les tatouages n’occupaient qu’une place mineure - et quelques perles de sang carminé remontaient le long du tuyau. Parce qu’il était plié. Elle ne supportait pas de sentir l’eau rouge s’évanouir de ses veines. La sensation était dérangeante. Elle le signala, mais on l’ignora.

Une fois allongée dans sa nouvelle chambre, la gamine refusa de se coucher. Elle demeura assise, les genoux ramenés contre la poitrine et les yeux moribonds. Elle aboyait sur quiconque pénétrait dans la pièce ; et pour cause, Demetri avait menti. Demetri n’était pas là. Il avait juré de rester avec elle, et il était parti.

Les hommes étaient tous les mêmes.
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Ven 26 Oct - 17:10
It's buried in your bones, I see it in your closed eyes Demetri & Xi

Après avoir laissé Xi Mu aux infirmières, il n'eut d'autre choix que d'attendre que le temps passe. Demetri accompagna donc tout d'abord Skyler au garage avant de filer en direction de la salle d'attente de l'hôpital, avec ses plantes vertes trop parfaites pour être réelles et ses chaises en plastique citron peu agréables.

Vêtu de son uniforme d'ambulancier quelque peu sanglant, il faisait tâche au milieu des quelques malades attendant à être reçus, lui qui ne souffrait d'aucun mal si ce n'était celui d'avoir passé une promesse. N'ayant de toute façon rien de mieux à faire, il observa chaque personne l'une après l'autre, dans une tentative de déceler la raison de leur venue : une avait un teint verdâtre et se tenait le ventre, une autre tenait un paquet de légumes congelés contre son genou en grimaçant, une autre encore maintenait sa main gauche dans un tissu imbibé de rouge. Cette dernière ne tarda d'ailleurs pas à être appelée.

Avec un petit soupir, Demetri se leva afin de regarder ce que proposaient les diverses machines mises à leur disposition. Il y avait l'indispensable fontaine à eau à moitié vide, un distributeur de cochonneries et une machine à café. Il s'en paya un avant de retourner s'asseoir en lorgnant l'heure sur son téléphone. Il commençait à se faire tard. Pourtant, la fatigue ne venait pas. Il était bien trop agité pour imaginer se reposer et le café qui lui brûlait les doigts ne l'y aiderait pas. Il était qui plus est trop occupé à potasser ce qu'il venait d'arriver pour pouvoir se reposer. S'il fermait les yeux, il revoyait les parents de Xi Mu se tenir dans leur salon, devant une table en verre en parfait état. Sa mère morte d'inquiétude, bouffée par l'agitation. Quant à son père, il lui laissait une impression étrange.

Se redressant à nouveau, il partit voir la secrétaire qui gérait les arrivées aux urgences. Elle était austère, avec son chignon serré, ses rides marquées et ses lèvres pincées en une ligne écarlate. Il s'adressa toutefois à elle avec un petit sourire aimable.  On ne jugeait pas les gens aux apparences, n'est-ce pas ?

« Je viens pour Xi Mu Mao. Elle vient d'arriver aux urgences… est-elle déjà dans une chambre ? » À peine eut-il terminé qu'il reçut un regard hostile et un reproche qui lui fit grincer des dents. « Si elle vient d'arriver, aucune chance qu'elle ait déjà été prise en charge. Prenez votre mal en patience et revenez dans un moment. » Salope.

Tournant les talons, il retourna s'asseoir sur sa chaise avec son café. Il y plongea les lèvres et retint une petite grimace de dégoût. Il était amer. Un peu comme cette secrétaire.

Alors il attendit. Trente, quarante minutes.
L'on ne vint chercher la pauvre femme qui se plaignait de maux de ventre qu'au moment où elle manqua de dégobiller ses tripes par terre. Dans la salle d'attente, il ne restait plus que lui et l'homme aux légumes congelés. Il avait le nez plongé dans son téléphone, regardant une vidéo dont Demetri pouvait percevoir des bribes par moment, sans reconnaître de quoi il s'agissait. Il allait se relever, mais le regard désapprobateur de la secrétaire le gela sur place. Il préféra finir sa boisson d'une traite et en lancer le gobelet en carton dans la poubelle la plus proche.  

Il attendit. Plus d'une heure devait s'être écoulée.
Lorsqu'il retourna chercher des nouvelles de Xi Mu, il finit par apprendre qu'elle avait été placée dans une chambre. Alors sans plus attendre, il abandonna l'homme aux légumes congelés dans la salle d'attente et partit en direction des ascenseurs. Il ne salua pas un seul instant la secrétaire.

Arrivé à l'étage des chambres, il chercha le numéro indiqué avant de s'arrêter net. Que devait-il faire, au juste ? Qu'était-il censé dire, lui qui était seulement chargé de l'amener en sécurité à l'hôpital ? … Il n'avait qui plus est rien amené avec lui.

Avec un grognement agacé, il redescendit pour revenir au niveau de l'accueil et des quelques échoppes de l'hôpital. Heureusement pour lui, le kiosque était encore ouvert. Détaillant les quelques journaux et magasines présents en rayon, il finit par attraper ce qui lui semblait le plus approprié : un magasine de mode et de potins. Le genre de lecture sans prise de tête avec quelques jeux et quizz idiots en fin de page… de quoi s'occuper un minimum. Il acheta quelques bonbons en supplément et repartit en direction des ascenseurs. Il prit toutefois les escaliers pour parvenir plus rapidement à l'étage souhaité et arriva devant la chambre de Xi Mu quelque peu essoufflé. Il toqua et entra sans attendre, ses achats en main.

« Bonsoir là-dedans ! »

Il salua joyeusement en fermant la porte, dos au lit. Lorsqu'il se retourna, il tomba sur le visage irrité de Xi Mu, qui était assise avec une perfusion maintenue dans le bras. Les draps avaient été repoussés et l'oreiller balancé dans un coin. Il ravala un sourire amusé à l'image qui s'insinua alors dans son crâne. Par moment, la jeune femme lui rappelait énormément une adolescente en crise...

S'avançant vers elle, il posa tous ses achats sur une petite table coulissante et tira une chaise pour s'asseoir à ses côtés. « Je t'ai ramené un peu de lecture et de quoi grignoter… »

… Et au final, il n'avait pas réfléchi à quoi lui dire.

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Sam 10 Nov - 16:21
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Elle était blessée, Xi Mu. Depuis longtemps, peut-être même depuis toujours. Elle avait regardé son père la prendre dans ses bras et puis disparaître pendant des semaines, et la chose se répétait encore. Encore et encore. Ce n’était plus son père aujourd’hui, non. Ils étaient tous des inconnus en lesquels Xi Mu plaçait une confiance malsaine ; comme pour être abîmée un peu à chaque fois. Comme pour revivre le calvaire de regarder quelqu’un s’éloigner, revenir un soir et mourir le mois d’après.

Elle s’éprouvait. Elle en avait besoin, sûrement, pour ne pas oublier ce qui l’avait changé. Pour ne pas croire une seule seconde qu’une chance lui était donnée de passer au-dessus de ses vieilles plaies. Elle préférait mille fois jeter du sel et de l’alcool sur ses blessures que de prendre le risque de s’élever vers les nuages et de retomber.
C’était plus simple comme ça.
Aussi jugea-t-elle normal de haïr l’ambulancier. Parce qu’il était retourné à sa vie de tous les jours. Parce qu’il l’avait déjà oublié. Son cœur s’écrasa au milieu de sa poitrine et Xi Mu songea à se l’arracher. Les choses seraient plus simples s’il n’y avait pas cet organe de merde, probablement.

Perdue dans ses pensées, elle n’accorda que peu d’attention au grincement de la porte qui se dérobait. Elle ouvrit la bouche, les cordes vocales prêtes à cracher un nouveau juron à la personne qui avait osé débouler.

- Bonsoir là-dedans !

Elle écarquilla les yeux, la gamine. Elle les laissa tomber sur la peau pâle d’un mec enjoué — c’était Demetri. Il était revenu. Elle demeura là, paumée et les pupilles dilatées. Ses lèvres dessinèrent une ligne pincée qui pouvait paraître dure mais qui, en réalité, retenait les nombreuses larmes voulant sortir de son vert obséquieux.
Elle l’observa en se tassant, courbant le dos et pliant l’échine jusqu’à faire disparaître son cou entre ses épaules fines. Il prit ses aises comme s’ils étaient amis depuis toujours. Comme s’il n’y avait aucun tabou entre eux. C’était la première fois qu’on la prenait avec si peu délicatesse, avec si peu de précautions. D’habitude, on quêtait les mots pendant des heures et on hésitait. Normalement, on la jaugeait comme s’il s’agissait d’un monstre ou d’une anomalie.

Elle pencha la tête sur le côté, le tissu de sa chemise d’hôpital frottant contre sa joue. Les bonbons étaient loin. Ils l’étaient trop, mais son ventre se tortilla de la même façon qu’un serpent. Aussi se dénoua-t-elle le temps de choper deux présents et les goba-t-elle avant de revenir à sa position initiale. La bouche pleine, Xi Mu adressa un regard méfiant à son congénère.

- J’ai cru que t’allais pas venir. T’es à la bourre, doc.

Ses lèvres redevinrent une moue faussement courroucée. Son cœur battait la chamade dans sa poitrine. Elle gigotait et se tortillait, similaire à une enfant gênée. Ses pieds malmenaient le drap, le faisant rouler entre ses orteils au vernis écaillé. Tout chez elle manquait de maturité.

- Ça fait mal l’IRM et le scanner ? Ils disent que c’est pour ma tête. Elle se renfrogna. J’aime pas l’idée de me faire enfermer dans une boîte.

Elle parlait pour s’occuper. Pour éviter de penser. Elle avisa le bouquin, l’attrapa et se replia encore. Elle le jeta nonchalamment sur le lit étroit et passa les pages avec une lenteur effrayante. Elle aimait bien ces histoires-là. Ça chuchotait sur les drogués, sur les femmes et les hommes trompés, sur le malheur des uns et des autres. Elle se sentait moins seule comme ça.
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