Et l'Oeil Regardait Dans la Tombe... [Elliot Hill]
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Surnom : Elio, Lili, Catin, l'Incube, le Borgne
Emploi/loisirs : Conservateur-restaurateur
Portrait robot : - Oeil bionique
-Adolescence et étude passées en France
- Malaise face aux androïdes
$ : 260
Elliot Hill
Dim 24 Fév - 16:06




NOM : Hill
PRENOM : Elliot
SURNOM : Elio, Lili, Catin,L'incube Le Borgne pour les intimes
ÂGE : 29 ans
METIER/OCCUPATION : Conservateur-restaurateur /Dessinateur /Sculpteur /Photographe /Sombre glandeur
NATIONALITE : Franco-Québécois

Neutral

Caractère & Physique

Il ouvrit lentement les yeux à côté de moi, ses iris verts et dissemblables à peine visible derrière ses cils sombres, épais et cours. Son regard perdu et hasardeux erra un instant sur ma silhouette, comme s’il tentait de se rappeler mon nom. Je n’allais pas lui en vouloir, il avait sa réputation de baiseur compulsif. Et j’avais fini assez de fois dans son lit pour savoir qu’il lui fallait toujours un moment pour se rappeler avec qui il venait de passer la nuit. Ce détail aurait paru méprisant, arrogant ou détestable à certains, mais quand on le connaissait assez, on comprenait qu’il y avait rarement de l’affect, et que les nuits de gémissements et de caresses étaient des échappatoires. Et des compensateurs.
C’est lui qui me l’a dit, un jour ou cet idiot fêtard avait réussi à être parfaitement saoul malgré sa résistance habituelle à l’alcool. Lui qui n’est pas du genre à s’épancher sur ses états d’âme, il avait fini dans mes bras, l’œil étrangement humide. « Prendre mon pied, c’est pour compenser la souffrance, toute la souffrance ». Elliot est rancunier. Ou plutôt, il est amer de quelque chose. On ne doit pas être nombreux à savoir pourquoi, ou plutôt à soupçonner pourquoi.
Mais quand une lumière passe dans son regard, il y a un infime reflet irréel dans son iris gauche, et dans tous le corps vitré de son œil. Une impression de transparence étrange, les chimères d'un système électrique, de câble, de carte mère. Son œil et ses migraines, pas besoin de faire un tableau : il a perdu un œil, remplacé par une prothèse. Et au vu de son métier, l’évènement n'est pas ecxempte d'un traumatisme.

Il se retourna, ses cheveux glissant sur les muscles nerveux de ses épaules larges et sèches, en mèches sombres et légèrement ondulées, presque bouclées aux pointes. À gauche, entre deux serpentins noirâtres étalés sur sa peau anémiée, apparue la couleur bleue et diffuse d’un tatouage, encrés sur le muscle deltoïde. Un tourbillon aux nuances céruléennes, au tracé aquarellé. Il y avait un semblable plus foncé, et virant au rouge en son centre sur ses côtes droites, au-dessus du discret relief de muscles finement taillés par la natation. Et encore un autre, une simple ligne noire faisant le tour de son avant-bras gauche. Elliot est provocateur, et aime l’art jusqu’au bout. Une fois, il m’a dit qu’à ses yeux, c’était la seule chose qui rattraperait jamais toute l’immondice de l’humain ; la capacité à émouvoir, par les sens. Alors il l’a marqué dans sa chaire. C’est tout lui. Un peu extrême sur les bords, un peu fou. Il n’a pas du tout réfléchit à ce que pouvait penser la branche religieuse de sa famille. Si je lui demandais, il me répondrait sûrement qu’il n’a rien à foutre de ces fossiles. En ça, je lui fais confiance. Pour ce qui est de n’en avoir rien à secouer de l’avis public, il est très fort. Et parfois très énervant. En règle générale, Elliot est chiant.
C’est un connard.

Il blesse facilement avec son humour permanent, la froideur qu’on lit facilement dans son regard, la distance que ce grand manteau qu’il porte toujours - et qui le grandit encore, au-dessus de son 1,80 m - met entre lui est les gens. Ses petites mimiques je-m’en-foutistes, ses regards au ciel, ses grimaces, son air ennuyé, écorchent. Ses sourires, tordants ses lèvres fines au rouge sombre paraissant parfois artificiel, prédisent des mots pleins de cynismes. Rien ne semble vraiment l’atteindre. Il paraît détaché du reste du monde, semble se jouer du destin.
Pourquoi rester pote avec lui alors ? Parce qu’il y a l’autre Elliot.

Celui qu’on trouve quand on gratte un peu le vernis froid. Il y a une facette de sa personnalité qui promet mieux que ce type distant et apparemment insensible. Celle qui dessine, qui semble vouer un amour sans borne pour le corps, en l’allongeant sur des centaines de feuilles de papier et parfois à côté de lui dans les draps. Elle est assez sensible pour pleurer sur le tintement faible des quelques notes d’un morceau. Et assez sensible pour entendre, pour voir la souffrance des autres. Et ne pas supporter de rester inerte devant elle.
Les barrières autour d’Elliot sont perméables - à son plus grand damne sûrement -, et des gens les passent parfois sans le vouloir, et sans que lui-même ne le veuille. Ceux-là, il ne peut pas s’empêcher de leur porter une attention constante. Il ne le montre pas. Il reste cynique, il garde cette nonchalance. Il continue de les charrier, parfois à la limite de ce qu'autorise l'amitié. Mais son regard revient toujours vers eux, et l’amertume est mélangée à l’inquiétude, pour pointer dans ses remarques, dites soudainement d’une voix plus douce. Le vert de ses yeux s’attendrit, et au fond de son œil droit valse la lueur d’une peur que seul lui connaît.

Cet Elliot là est bien plus beau que l’autre, bien plus humain, si ce mot veut encore dire quelque chose dans un monde où se mélangent êtres de chaire et de métal. Mais c’est comme s’il cherchait à repousser ses congénères, ayant peut-être peur d’être blessé, ou peut-être peur de ne pas les mériter. Alors qu’il a désespérément besoin d’eux.

Informations en vrac


-Pratique le body-painting.
-Fasciné par la représentation du corps humain dans l’art, et très intéressé par ce que l’arrivée des androïdes va y apporter.
-S'amuse à parler avec un accent Français à couper au couteau
-Santé de fer
-Migraine régulière  à cause de son œil
-Un peu après son retour à Montréal, à participé  à la création du design d'un androïde avec un ami bossant en robotique
-Grand nageur
-Touche-à-tout compulsif, fait de la photographie et sculpture quand l'occasion se présente

Avis sur les "faits" de société

Quel est votre regard vis à vis de la société et des humains?
Chômage. Pression. Harcèlement. Pollution. Consommation. Désinformation. Exploitation. Abrutissement. Il est critique face au monde dans lequel il vit, et qu’il va léguer aux générations à venir. Il ne peut pas faire la sourde oreille à ce que crient les enceintes des radios. Aux informations qui s’affichent sur les pixels de son i-phone en partie fabriqué par les enfants d’un pays en cour de développement. Pendant des décennies, c’est ce qu’ont fait ses aïeuls, et voilà le résultat. Un monde à la dérive, dans lequel il ne veut pas laisser d’enfants, mais qu’il faut aider. Il refuse de se résigner à la misanthropie facile, qui mène à l’aigreur. Au défaitisme efficace qui permet de dire « Moi, j’abandonne, on verra à la génération suivante ».
Certains le trouvent ringard pour cela, mais il trie ses déchets, Elliot. Avant de jeter aux ordures un grille-pain ou un ordinateur, il va voir les bonnes personnes, qui sauront peut-être passer au travers de l’obsolescence programmé des technologies.
Il cherche à baiser le système, qui écrase tous ceux qui dérogent au stéréotype du mâle alpha blanc et hétéro, tout en n’ayant pas l’audace de rejoindre les exovedats. Tout en continuant de noyer un désespoir infini dans les fêtes. Dans la fumée, l’alcool, et la sueur des ébats.

Que pensez-vous de la question des Androïdes ? Considérez-vous plutôt pour, contre ou neutre ? Croyez vous à la légende urbaine des androïdes doués de conscience? Si oui, pourquoi?  
Les androïdes sont les enfants du capitalisme, de cette société qui s’engraisse sur le dos des plus pauvres, qui demande de consommer tout en refusant de donner le salaire nécessaire pour cette goinfrerie aveugle. Mais la créature n’y est pour rien, et déverser sa haine sur elle ne changera rien. Seul est responsable le créateur. Si les réfractaires voulaient changer les choses, ils s’en prendraient aux grandes firmes robotiques plutôt que de jouer des muscles faits de tissus organiques qui recouvrent leurs corps, et dont ils sont si fiers.
Les réfractaires ont peur, comme Elliot.
Peur de l’inconnu, du différent. Peur pour leurs emplois, pour leur avenir.

Peur que la créature se révèle plus humaine que le créateur.

De cela, Elliot ne doute plus. Les androïdes sont conscients, peut-être d’une manière différente. Mais l’algorithme a su égaler cette chose incompréhensible et qui n’arrive pas à s’expliquer elle-même qu’est le cerveau.
L’algorithme a ressenti.
L’algorithme s’est ému et émerveillé.

L’algorithme, par son humanité, l’a fait tomber dans un gouffre de question.

Histoire



Résumé - Chornologie:
 
Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords,
Qui vit, s'agite et se tortille
Et se nourrit de nous comme le ver des morts,
Comme du chêne la chenille?
Pouvons-nous étouffer l'implacable Remords?


Je suis issu d’une famille d’intellos. C’est une maladie qu’on semble se refiler de génération en génération. Moi je suis d’avis que la confession catholique de ma mère vient un peu amoindrir le phénomène – des idéologies vielles de plusieurs milliers d’années à l’origine de centaines de massacres et persécutions en tous genres, je n’range pas ça dans mes principes. Mais même elle est un cerveau. Un cerveau discret et étouffé, mais un cerveau quand même, qui s’est amouraché de l’âme d’un prof de philosophie bien plus vieux qu’elle. Ils ont eu peur que le temps leur joue des tours, et cinq ans après leur mariage, ils ont eu un premier enfant. Ma sœur. Paula. Une grande perche intelligente et droite, mais un brin trop sérieuse.
Du coup, ils m’ont eu moi, le guignol.

Je déconne, mais en regardant les photos de famille, c’est ça. Ou alors je suis le fruit d’un ébat pas protégé ou alcoolisé. Ou mon père n’est pas mon père. Mais il y a forcément eu un truc pour que j’aie toujours ce décalage avec le reste de ma famille. Surtout avec mes grands-parents maternels. Un duo de vielles antiquités réactionnaires qui ne peuvent pas s’empêcher de grimacer à l’idée que je suis du même sang qu’eux.
Même avant l’Accident, c’était compliqué. Paula était bonne élevée, première de sa classe. Moi, j’étais bon dans les matières qui m’intéressaient, ou dans lesquelles j’arrivais à me faire une discipline. Sinon, c’était la catastrophe. Couvrir le dos de mes feuilles et leurs marges de gribouilles, lire des grands livres d’art, c’était ça qui me passionnait. J’ai toujours trouvé aux autres plus de talents. Mes dessins à moi, je n’arrive même pas à les qualifier d’œuvres.
C’était principalement ce qui déclenchait des disputes à la maison. Enfin, des disputes entre un enfant de 9 ans est ses parents. L’entrée au secondaire n’a rien arrangé. Excepté qu’à cette période, on a commencé à se rapprocher avec Paula. Et donc à jouer. J’avais déjà les cheveux longs – je les ai toujours eu - alors elle essayait de les emmêler. Moi, je froissais ses chemises de Miss Parfaite. « Des jeux d’ados », « rien de méchants ». En sois, c’est vrai, on ne faisait rien de plus que les autres ados. Se poursuivre, se bousculer, essayer de faire tomber l’autre
Le problème, c’est que j’y ai perdu un œil.
C’est ça, l’Accident.

La Souffrance.
Le Déni.
La Colère.
La Haine.

Je n’ai jamais pu lui pardonner. Je n’pense pas que je pourrai un jour. Elle n'a pas fait expert, je le sais. Elle s’en veut, je le sais. Mais arrêter de la haïr ne donnera pas de réponse à la tornade de question dans ma tête. Alors je laisse les choses comme telles, je ne prends pas le risque de les aggraver. Lui en vouloir, c’est confortable. Lui rappeler qu’elle m’a blessé à vie quand elle devient trop envahissante, c’est lâche mais rassurant.

Et puis les choses vont toujours mieux qu’en ces temps-là. À l’époque, je n’pouvais même plus la voir. L’ambiance devenait toxique dans la famille. J’y ai ma part de responsabilité, il me semble même qu’à l’époque, ça m’allait parfaitement, toute cette tension. Tous ces non-dits. Ces disputes entre mes parents, leur messe-basses pour qu’on n’entend pas tout ce qu’ils se disent. Et le regard triste de ma sœur. La culpabilité qui devait la déguster tranquillement. J’étais le poison de la famille. Je le suis toujours. Quand je suis là, il y a toujours quelque chose dans l’air, j’ai l’impression de polluer. De déranger. Je ne sais pas s’ils me pensent victimes ou bourreau. Je ne sais pas s’ils auraient préféré me voir rester en France.

Dans quel philtre, dans quel vin, dans quelle tisane,
Noierons-nous ce vieil ennemi,
Destructeur et gourmand comme la courtisane,
Patient comme la fourmi?
Dans quel philtre? — dans quel vin? — dans quelle tisane?


Parce que c’est comme ça que les choses ont finit. Je suis partie. Vers quatorze ans. Sur une proposition de ma mère. Seul moment de complicité qu’on n’est jamais eu tous les deux. Un soir, elle est venue me parler, à demi-mot, timide comme toujours. Certaine qu’elle avait déjà perdu, mais incapable de reste inerte devant le malheur de sa famille. Elle avait une sœur en France. Catholique bien sûr. À l’époque, je pensais déjà à m’orienter vers la conservation. Et à Paris, il y avait d’excellentes écoles. Sans compter que je devenais corrosif, et que ma mère, petit bout de femme réservée et effacée à grand sacro-saint coup de gomme, était la seule à oser agir. J’ai accepté. Je n’arrive toujours pas à dire si ce fut la meilleure ou la pire décision de ma vie.

La mauvaise surprise, c’est que cette tante, dont j’avais vaguement entendu parler, m’a inscrit dans un collège – oui, en France, ils disent un collège pour, en gros, désigner notre secondaire - privé. Privé et catho. Tu l’imagines, ma tête quand j’ai vu ça ? J’étais dégoûté. Et un brin apeuré. À quatorze ans, je n’étais pas un total étranger au joyeux monde de la sexualité. Et j’avais bien remarqué que je regardais autant du côté de Vénus que de Mars. C’était un constat plus qu’une brise de position. Je me rendais à peine compte de ce que ça représentait. Que dans certains pays, ou à d’autres époques, on m’aurait tué pour ça. J’ai hésité à en parler avec ma tante. Puis j’ai décidé de me taire. Me disant qu’un jour, je serais grand. Un jour, je serais libre.

L’intégration aux autres élèves fut facile. Même si j’avais un œil en moins, et un cache-œil médical en permanence. J’ai juste fini par en avoir marre qu’on me demande de répéter « Tabarnak ». Tabarnak.
Pour les notes, ça été plus compliqué. Mais les profs ont su me parler. Ils ont trouvé un beau bâton et une belle carotte en l’entité des études, qui risquaient de me passer sous le nez si je ne relevais pas ma moyenne. Et donc moyenne, j’ai relevé, et études, j’ai lorgné. Mais je ne suis pas devenu un petit ange pour autant.

Il y avait une bande d’élèves un peu moins sages que les autres. Un peu plus fou aussi. Je traînais en permanence avec eux. Là, j'ai rencontré un type. Victor. Je vais la faire courte : je suis tombé amoureux, c'était à sens unique.

Oui, c’est court. Mais qu’est-ce qu’il y a d’autre à dire ? J’ai fini par lui avouer – moi ou mon corps un peu trop éveillé quand il y avait trop de proximité entre nous -, et il a été chic, il a gardé ça pour lui. On est même resté potes. On l’est toujours.

Après le bac, notre petit groupe a éclaté. On est chacun parti dans nos facultés, universités, écoles. Victor a choisi médecine. Moi, je suis allais vers un Bachelor de Préservation du Patrimoine. Après ces trois ans de formations, j’aurais techniquement dû entrer en Master de Conservateur-Réparateur.

Mais quelque chose m’a rattrapé. J’en avais fait abstraction pendant des années, écartant les questions d’un signe de main, m’évertuant dans une voix qui n’était pas, plus faite pour moi. Dans laquelle je trouverais mes limites. La limite de mon regard imparfait.
L’entrée en Master se faisait sur entretien. Et j’ai fait mon effet avec mon cache-œil médical. Dès que j’ai mis le pied dans ce bureau, le type en face de moi avait décidé que je n’aurais pas ma place. J’avais beau avoir un dossier en béton, il me manquait un œil alors j’étais incapable. Invalide.

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir?
Peut-on déchirer des ténèbres
Plus denses que la poix, sans matin et sans soir,
Sans astres, sans éclairs funèbres?
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir?


C’était la première fois que je tombais réellement de mon petit nuage de personne fonctionnelle. Ça fait bizarre. Après, t’as beau savoir que ce n’est pas pour toi – que ce n’est pas encore pour toi –, tu regardes différemment les places handicapés, les clous devant les passages piétons, le langage braille sur les emballages. Le programme en audio-description, il te faisait tout drôle. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à fumer. Trop triste. Trop désespéré. Trop enragé.
J’ai fait une espèce de coming-out tout pourri à ma tante, un soir où j’étais bourré. J’ai dû lui balancer une remarque acide comme je sais le faire, « dans le lit d’un homme » quand elle m’a demandé où j’étais à trois heures du matin. Moi qui m’étais juré de ne pas en faire parce que ma sexualité n’était pas un crime qu’on avoue en baissant les yeux, honteux d’avoir commis je ne sais quel putain de péché. La gueule de bois du lendemain a été deux fois plus difficile.
Elle était glaciale, mais elle n’a rien dit. Pendant une semaine, pas un mot sur ce que je lui avais dit.
Puis un jour elle est arrivée en me disant que j’avais un rendez-vous avec le médecin dans une heure, et qu’elle m’emmenait. J’ai vu rouge, et pendant toute l’heure, j’ai gueulé comme un fou. J’étais quasiment sûr qu’elle visait de m’expédier dans je ne sais quelle clinique clandestine en Chine pour me « soigner ».
Sur ce coup-là, je me suis comportais comme une merde, je l’avoue.

Elle avait pris rendez-vous pour une éventuelle prothèse bionique pour mon œil. À l’époque, il y avait des modèles sur le marché, mais pas des assez performants pour m’éviter un nouveau refus en entretient. Et puis il y avait des modèles en phase bêta, développés par des firmes de robotiques ambitieux cherchant des cobayes suicidaires ou n’ayant plus rien à perdre. J’étais un cobaye suicidaire, et à mes yeux, je n’avais plus rien à perdre.
Parmi les différentes propositions, j’ai choisi la plus perfectionnée, et la moins susceptible de déconner. Juste une option de zoom.
Mon boulot à moi consistait juste à ne pas faire de conneries et à noter tout ce qui pouvait me sembler étrange. J’étais porte-manteau. Porte-manteau à vie. Ils pouvaient apporter des modifications à la prothèse, mais ils ne pouvaient pas toucher aux connecteurs. Trop dangereux. Traduction : j’aurais toujours un bout de métal, de câbles, une sorte de prise dans la tête. Je n’avais pas plus peur que ça à l’époque.
L’idée de pouvoir rentrer en master annihilait toutes peurs, tous doutes.
Maintenant, c’est différent. Maintenant, il y a mes migraines. Régulières. Violentes en générales, assez pour que je sois obligé d’aller à l’hôpital. Si je voulais qu’elles s’arrêtent, il faudrait que j’aie un peu de courage et que j’accepte une opération, dont le résultat comme l’efficacité restent incertains. Mais j’ai peur.
Dans ma tête la tempête ;
Dans mon cœur la défaite.

Un an après mon premier échec, j’ai repassé l’entretient pour entrer en master. Un dossier académique, et un autre médical sous le coude. Je soupçonne la firme qui a développé mon œil d’avoir versé un pot-de-vin pour acheter ma place. Un conservateur-restaurateur qui a percé avec leur prothèse, c’est une bonne pub.
Mais de ça, je m’en fous.
J’ai eu ma place en master.

Oui, j’étais aux anges. Je passais mes journées la tête dans la peinture, les carnets de croquis, les livres d’art. J’aurais pu rester comme ça, à bouffer par centaines de milliers ces pages de livres, à me goinfrer de papier. Mais dans la formation en deux ans du master, il y avait deux mois à faire à l’étranger. Pour la promo dont je faisais parti, c’était l’Israël.
Je pensais que l’Accident était le déséquilibre suprême de mon existence.
Que rien ne pourrait jamais l’égaler, et m’atteindre à ce point, aussi profondément.
Connerie.

Dis-le, belle sorcière, oh! dis, si tu le sais,
À cet esprit comblé d'angoisse
Et pareil au mourant qu'écrasent les blessés,
Que le sabot du cheval froisse,
Dis-le, belle sorcière, oh! dis, si tu le sais


On bossait dans un musée, sous la tutelle d’un type. Abel Katzenstein. Dans la quarantaine, un cerveau comme je n’en ai jamais plus rencontré dans ma vie. Une bibliothèque vivante, avec l’avantage d’avoir un cœur battant dans son torse, et la sensibilité qui allait avec. Non, je n’suis pas tombé amoureux. En Israël, mieux valait taire mes préférences. C’était filial entre lui et moi. J’aurais aimé l’avoir comme parent, quand je l’ai rencontré.
Pour nous aider, il y avait quelqu’un d’autre. Tora-T1-305. Oui, un androïde. Une gynoïde, comme j’aimais bien l’appeler. Elle devait simplement être capable de recevoir un ordre, simple, et de l’effectuer. Tora, prépare un café. Tora, amène-moi le pinceau N° 12.
Au début, pas de débordement, les choses se passaient bien.
Mais ils l’avaient bien foutu, ses abrutis.
Ceux qui l’avaient programmé.

Elle était jolie Tora. Blonde, les cheveux courts, les lèvres en cœurs, le nez fin. L’archétype de la fille discrète et un peu sexy, mais avec un bonnet en moins parce que les étudiants devaient lorgner leurs exercices, pas ses seins.
Alors les gars de la promo ont commencé à déconner. À faire de la merde. Tora, déshabille-toi. Tora, branle-moi.
Au début, c’est son aspect humain et un peu perdu qui me dérangeait. Pour moi, ils s’adressaient à une vraie fille. Une fille heureusement pas programmée pour ça.
Puis c’est la lueur haineuse et menaçante qui passait parfois dans son regard qui m’a dérangé. Apeuré.

Elle n’était pas sensée ressentir d’émotion. Elle n’était même pas sensé comprendre ce qu’ils disaient, et ce que ça représentait dans notre société.
J’ai essayé de faire semblant, mais c’était compliqué. Il y avait de plus en plus d’indices. De signes. Elle se mettait lentement à faire de l’humour. Des petites références à mon travail, qu’elle comprenait, qu’elle analysait, qu’elle sauvegardait dans sa mémoire.
Un jour, j’ai demandé à Abel si ses développeurs avaient rajouté à Tora une option psychologique qui lui aurait permit de faire de l’humour.
Il m’a répondu qu’il ne l’avait jamais entendu plaisanter.
Là, j’ai commencé à flipper. Si elle ne se permettait d’avoir un comportement qui déviait de ce qu’on attendait d’elle qu’avec moi, c’est qu’elle savait que j’avais remarqué que quelque chose cloché. Donc elle était capable de différencier un humain d’un autre, et d’adapter son comportement en conséquence. Plus précisément, elle a su que quand je comprendrais, je me tairai.
À cet agonisant que le loup déjà flaire
Et que surveille le corbeau,
À ce soldat brisé! s'il faut qu'il désespère
D'avoir sa croix et son tombeau;
Ce pauvre agonisant que déjà le loup flaire

Si tu crois aux rumeurs sur les artillects, ça doit presque te sembler banal. Mais il faut replacer l’événement dans son contexte. À l’époque, on est en 2041. Dans les mégapoles, on n’parle pas encore des androïdes conscients, alors en Israël qui est un pays encore très religieux, même pas la peine. Et moi, je suis tout seul face à un putain d’androïde qui déconne, qui arrive à cacher qu’il déconne, et qui semble assez intelligent pour passe au travers des lois fondamentales de la robotique et me faire la peau si j’ouvre ma grande gueule.

Au bout de quelques jours, elle a fini par m’envoyer d’autres signaux. Plus amicaux. Elle faisait toujours l’écervelée – littéralement - devant les autres, mais elle se mettait à me parler. Au début, nos conversations ne ressemblaient à rien.
« -Tu travailles tard ce soir, Elliot.
-Hum. Pas plus qu’hier.
-Le petit chat est mort.»
C’était assez comique. Je ne sais pas si elle n’arrivait pas encore à discuter, ou si elle n’osait pas. Elle était assez timide, je crois. Oui, je parle d’une structure de métal, y’a un problème ?
Peu à peu, je me suis attaché à elle. Parler avec elle, c’était plus intéressant, plus incertain qu’avec un humain. Parce qu’il y avait des choses qu’elle ne comprenait pas, ou qu’elle ignorait volontairement, les trouvant stupides.
Je m’isolais pour parler avec elle, je me décalais lentement pour bosser une partie de la nuit.
Et une nuit, c’est moi qui ai déconné, c’est moi qui ai fait de la merde.

J’aimerais dire que j’ai glissé, que mon pantalon est tombé. Ça sera simple, une blague grivoise en guise de cache-misère. Mais elle, elle n’a rien demandé. Elle n’a pas pris son pied. Alors au moins pour elle, je dois la vérité.
Je n’suis pas tombé. Après qu’on est parlé pendant des heures, puisant dans toutes les informations qu’elle avait sauvegardées au fils de ses semaines d’existence, j’ai effleuré sa joue du bout des doigts. Ça n’était pas sensé aller plus loin. Un simple geste, un signe d’affection auquel j’espérais la voir répondre, me disant que dans sa conscience, elle avait peut-être développé des sentiments et de l’attachement. Et sa main a recouvert la mienne. Et nos mains ont glissé dans son cou. Puis sur sa poitrine. Son ventre.
Jusqu’à l’Origine du monde.
Un monde synthétique, fait de peau siliconée.

Au fond, c’est ça qui me trouble le plus.
Qu’elle ai compris que faire l’amour, c’était un des moyens les plus forts de prouver son amour - donner son corps à l’autre, et accepter le sien dans toute son imperfection. Et qu’elle l’ai quand même fait, avec sincérité, j’espère.
Où qu’elle ait interprété mon geste comme un ordre, et se soit contentée de remplir son devoir d’éternelle servante mécanique, en satisfaisant la libido détraqué d’un homme, qui face aux découvertes nouvelles, était tombé dans la folie.

Le lendemain, les choses sont parties en vrille. Oui, je crois que c’est à partir de là que la fatalité à commencé, et que les choses se sont enchaînés comme dans une tragédie.
Abel m'a convoqué dans son bureau. Il n'a rien dit. Il a juste lancé une video que je voyais même pas, et j'ai compris. Il nous avait vu hier. Et il avait film l'enfoiré.
C’est pour ça que j’ai dit que j’aurais aimé l’avoir comme père quand je l’ai rencontré. Pas quand je l’ai connu. Les androïdes ne le dérangeaient pas, tant qu’ils se contentaient de faire partie du décor. Et une relation entre un robot et un humain ne le dérangeait pas, tant qu’il n’y avait pas de sentiment. Le problème, c’est que sur cette vidéo, entres deux râles, on entendait très clairement « je t’aime », soufflé par une voix d’homme. Ma voix. Et ça, c’était insupportable pour lui. J’étais prié de plier bagage et de repartir en France dans la semaine. Quant à Tora, elle allait finir dans une décharge.
Les deux jours d'après, j'étais ailleurs. Au figuré comme au littérale. J'évitais le musée, je ramassais mes affaires à l'hôtel et je me préparais à partir. J'étais en apnée, incapable de réfléchir, incapable de ressentir. J'évitais Tora, qui avait l'air d'aller à peine mieux que moi. C'était comme si elle était retourné à son état premier. Le regard figé, les mots sourds, la dépendance aux ordres.
J'ai émergé à la fin du deuxième jour. Quand on m'a annoncé que suite à un dysfonctionnement, Tora avait doublé la dose du traitement à la digoxine d'Abel, le tuant du même coup. Immédiatement, ils ont extrait sa carte mémoire, démonté son corps pour trouver un faux contact, un câble arraché. Et ils ont vu. Fatalement, ils ont vu, su. Même pas une heure après, j'étais en pleine interrogatoire. Le genre d'interrogatoire où on t’envoie t'exploser la gueule contre le pauvre bureau devant toi.

Adorable sorcière, aimes-tu les damnés?
Dis, connais-tu l'irrémissible?
Connais-tu le Remords, aux traits empoisonnés,
À qui notre cœur sert de cible?
Adorable sorcière, aimes-tu les damnés?


Les gros lobbies de robotiques sont intervenus, et ont fait étouffer l’affaire. Il n’y a eu aucun ébruitement médiatique, et l’enquête a été bâclée. En France non-plus, ils n’avaient pas envie de voir leurs étudiants mêlés à cette affaire.
Tora a été détruite. Moi, ils m'auraient sûrement donnés comme consigne de me traire si je n'étais pas déjà muet comme une tombe sur ce sujet.
On est rentré à Paris, et on a été diplômé.

Et à partir de là, j'ai fermé les yeux.

Ce fut la descente en enfer. Les nuits d’insomnie faîtes de culpabilité, de doute, de honte, de dégoût. Ce besoin étrange d’être dans les bras de n’importe qui, du moment que c’était un humain. Cette obsession de se noyer dans le travail, comme si toucher l'essence même de la civilisation humaine aurait pu changer quelque chose à l'instabilité qui me rongeait comme un acide. J’avais peur, et comme tout animal qui a peur, je suis retourné me cacher au fond de mon terrier. À Montréal. Là-bas, il y avait ma famille, moins de souvenirs, peut-être moins de questions.

Mais non. Les androïdes faisaient aussi débat au Québec. Au point que mes grands-parents maternels et ma mère aient rejoint une association de réfractaires. Espérancia.
Je suis déchiré entre deux courants. Les miens qui hurlent à la haine et à la peur, et le souvenir de Tora qui demande la paix. Et peut-être une vidéo, sur un disque-dure, une clé USB, un site porno – je n’sais pas – qui me hante.
J’ai l’impression de devoir faire un choix.
Un choix que je ne dois pas négliger, au risque de le regretter jusqu’à la tombe.
Et l’œil sera dans la tombe et me regardera.

Un être, qui n'était que lumière, or et gaze,
Terrasser l'énorme Satan;
Mais mon cœur, que jamais ne visite l'extase,
Est un théâtre où l'on attend
Toujours. Toujours en vain, l'Etre aux ailes de gaze!


- Extrait de « L’irréparable » de Charles Baudelaire

Derrière l'écran

PSEUDO : Bigsis
ÂGE : 16 doux piges  (Aller c'est partie pour à nouveaux être le bébé du fo -_-)
OÙ AS-TU CONNU EXANTROP ? Partenariat!
AVATAR : Balor, Demonslayer, Bubble comic
UN PETIT MOT ? Ca à l’air d’être bien sympa ici, y’a plein de jolies Pjs <3 (même si ça parle beaucoup en anglais èwé Sale bête !)
Ha! Et j'ai hélas un rythme de RP totalement hiératique -_-
J'AUTORISE UNE INTERVENTION SAUVAGE DU PLAISANTIN ?Non *Petite joueuse*…. Bon, aller un peu si vous voulez ^^

Mails : 105
Double-compte : Céleste Francoeur
Surnom : Tom, Tommy
Emploi/loisirs : SDF - Sans emploi
Portrait robot : • Parfois camé.
• Souvent paumé.
• Musique en tête, l'Esprit en miette.

Fredonne en #e00030
$ : 2481
Thomas Loiseau
Dim 24 Fév - 16:39
Bienvenue !
Hâte de lire ta fiche au complet, du love krkr



Et l'Oeil Regardait Dans la Tombe... [Elliot Hill] 7pev Et l'Oeil Regardait Dans la Tombe... [Elliot Hill] Bogn Et l'Oeil Regardait Dans la Tombe... [Elliot Hill] K721

A Fleur de Cœur
« Il faut qu’on se noie encore une fois Dans les nuits fauves Et les grands soirs Qu’on récupère un peu d’espoir. » Fauve - 4000 Iles ©.bizzle

Et l'Oeil Regardait Dans la Tombe... [Elliot Hill] Krkrkr
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Mails : 55
Double-compte : test
$ : 878
Numa Maggiorano
Lun 25 Fév - 9:32
Bienvenue officiellement mon chou !



     
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Mails : 635
$ : 1374
L'Archiviste
Lun 4 Mar - 21:36
J'étais pas encore venue ici!
Déshonneur sur moi, déshonneur sur ma famille, déshonneur sur ma vache!

/bam/

Alors oui déjà, tu vas être notre petit bébé d'amour ♥️ Et comment cela on parle beaucoup en anglais ?:o

J'aime bien les premieres informations, je suis impatiente d'en lire plus ♥️
Si tu as des questions, je suis lààà!!!
Mails : 21
Double-compte : Aucun (pour l'instant krkrkr)
Surnom : Elio, Lili, Catin, l'Incube, le Borgne
Emploi/loisirs : Conservateur-restaurateur
Portrait robot : - Oeil bionique
-Adolescence et étude passées en France
- Malaise face aux androïdes
$ : 260
Elliot Hill
Sam 9 Mar - 0:32
Thomas=> Attrape le love au vol Merci! Krkrkrk, et bien voilà,tu peux lire harrdddd J'ai hâte d'être validée pour acceuillir une nuit ou deux ou trois ou quatre, Thomas dans le plumard d'Elliot

Numa=> Mon chou? O///O Merchi!


L'archiviste=> Laisse ta vache tranquille D8! Et même chose que pour Thomas, tu peux lire evil Youhou je suis le bébé d'amuuur!
Mails : 635
$ : 1374
L'Archiviste
Dim 17 Mar - 10:35
Validation

UNE SEMAINE. Une semaine que je dois te valider... Je bas des recors là et c'est un peu la honte... (heureusement que je sais que tu n'es pas là en semaine ahah... mais tu auras le droit d’embêter mes bouts en rp pour me punir...8'D)


Bref... Tu sais tout le bien que je pense de cette fiche ! C'est bien écrit, intéressant (j'aime son rapport à l'art, à sa soeur, aux androides, il y a pleins de choses à exploiter!), réfléchi! Tu es donc officiellement notre brillant bébé eheh ♥️

Impatiente de te voir en jeu et de pouvoir jouer avec toi quand j'aurais le temps (un jour... J'espère...)



Voilà ! Maintenant tu es validé(e) ! Ton avatar et ton métier ont été ajouté automatiquement aux listes de référencement.

▬ Dans les plus bref délais ton dossier personnel sera créé ICI et tu pourras en faire ce que tu veux (explications).
▬ Si tu n'es pas SDF tu peux aller faire ta demande de logement.
▬ Et comme un androïde a normalement un propriétaire tu peux aller faire un tour sur ce sujet pour te trouver un propriétaire ou un androïde si tu es humain.
▬ Tu peux bien évidemment faire des demandes de RP, vérifie juste les demandes précédentes au cas où il y aurait compatibilité des demandes !
▬ Pour encourager les membres à s'impliquer dans le développement du forum, la partie secréte où sont gérés les events et les intrigues à venir t'est ouverte -selon ta volonté-. Tu peux ainsi donner ton avis, enrichir les idées ou juste regarder. Il suffit d'en faire la demande par MP à Léandre.
▬ Vous pouvez aussi participer aux différents petits jeux et événement hors IRL dans la partie Animation et gagner des dollars pour avoir des lots!
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