TEASING - Montréal, 2048.

Une foule anarchique et cosmopolite fourmille le long de la rue sainte Catherine. L’armada populaire est multicolore de peau tandis que les corps sont de chair, de métal, ou bien encore métis. Homme et androïde, chacun est différent mais tous sont identiques dans la masse, individus trop pressés, croisant l’autre sans même le regarder. C’est une tourbe de bras et de jambes. D’identités.
Certains sont riches. D’autres sont pauvres. Loin du manichéisme, ils manipulent, écrasent. Grondent, se révoltent. Se soumettent ou subissent. Ignorent et se contentent d’avancer. Ils vivent, se confrontent et se répondent car cette foule polymorphe, insaisissable, est l’essence même du mouvement.
C’est la danse des humanités.
De notre société.
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Léandre Luissier - L'Archiviste
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Très curieux le coup de foudre ! [PV Anna]
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Milan Horvat
Mar 19 Mar - 18:24
- Et deux gaufres au Nutella pour ces messieurs, deux ! - annonça Milan avec panache tout en tendant les gourmandises aux deux collégiens en face de lui. Il fut remercié timidement, son piercing à la narine droite ayant plus de poids sur eux que la perspective de se faire taper sur les doigts pour leur retard en cours. - Allez les mômes, j'l'ai entendue sonner d'ici la cloche moi. En cours !

Les deux gamins s'enfuirent avec leur butin, laissant la place aux clients suivants. Pas de repos entre neuf et onze heures, les gens venaient chercher du réconfort après avoir du quitter leur lit moelleux et chaud ce matin. Affronter les transports en commun, les collègues, les tâches quotidiennes et les premières nouvelles de la journée, ça creuse, alors à dix heures et demie, tout le monde se précipite sur le sucre. Ce n'est pas un pâtissier qui s'en plaindra ! Milan appréciait tous les rushes, mais celui du matin restait tout de même son favori. Ses clients n'étaient pas encore fatigués par leur journée, ils en étaient plus aimables et plus bavards. Il pouvait échanger quelques mots de plus, espérer une vraie conversation.

"Et ça, lorsqu'on travaille en binôme avec un androïde, c'est pas du luxe..." pensa le jeune homme en coulant un regard dépité à la machine qui s'affairait derrière lui. Sa dernière bidouille avait mal tourné, il avait dû réinitialiser le robot, perdant plusieurs mois de travail dans le processus. Suite à la réduction de ses lignes de code, Hopsi était redevenu un simple robot-plongeur. Plus de blagues nulles inopinées, plus de chansons du top 40 interprétées à l'improviste, plus de mots d'argot croate. Tout ce qui faisait son charme avait disparu. Juste bon à laver des ustensiles de cuisine et tenir la caisse.

Les heures allaient être longues jusqu'à ce qu'il réussisse à le remettre au même niveau qu'avant.

Enfin, c'était un problème pour ce soir, il avait d'autres choses sur le gaufrier pour le moment. Il se concentra à nouveau sur ses commandes. Même si son enseigne ne se réclamait pas d'une présentation impeccable, Milan aimait y accorder un soin particulier. Peut-être grâce à son mentor ? C'était après tout une des préoccupations majeures d'un bon chocolatier-confiseur. Le jeune homme avait hérité de lui la certitude que plus beau était le produit, plus goûtu il en serait. Mickey lui avait expliqué tout un concept japonais à ce sujet, que Milan avait balayé d'un haussement d'épaules en résumant par : "faut que ça donne envie d'être photographié.". Le blondinet avait ri de cette simplification presque insultante, mais n'avait pas cherché à le corriger. Il comprendrait l'esprit de cette attention aux détails avec le temps.

Les commandes s’enchaînèrent. Une gaufre banane-chocolat, une poire-caramel, deux coulis de fraises avec supplément chantilly et morceaux de chocolat rapés, une chocolat noir...

- Et pour vous mademoiselle, ce sera ? questionna Milan, concentré sur la gaufre pomme-caramel avec supplément chantilly pour la cliente précédente, veillant à ce qu'elle rentre parfaitement dans son carton. Hors de question qu'un mouvement brusque ne vienne entacher son oeuvre. Attendant toujours la réponse, il servit la vieille dame, offrant en prime son plus beau sourire. Il avait remarqué que les dames d'un certain âge aimaient ce geste. Peut-être les ramenait-il vers des jours plus doux, quand plaire n'était qu'une question de battements de cils et de balancements de hanches. Peut-être leur faisait-il penser à autre jeune homme de leur entourage. Toujours est-il que cette petite attention rencontrait son public, et que tout un groupe de grand-mères avait maintenant pris ses habitudes à sa petite boutique. Tout en s'essuyant machinalement les mains sur son tablier, il se tourna vers la cliente suivante, qui n'avait toujours pas fait entendre le son de sa voix.

De grands yeux noisette l'accueillirent et sa plaisanterie mourut sur sa langue. Derrière des mèches de cheveux d'un noir profond, ils l'étudièrent, rendant le jeune homme aussi rompu aux échanges humains que l'androïde Hopsi. A ceci près que Hopsi pouvait espérer maîtriser un jour à la perfection cette discipline, pour peu qu'on lui fournisse les bonnes lignes de code. La gorge soudainement sèche, Milan déglutit péniblement, peinant à trouver ses mots en anglais.

- Hum... La, la poire-choco... La poire-chocolat est très demandée. - bégaya-t-il, constatant avec délice et horreur que sur le visage de cette apparition s'étalaient des dizaines de petites tâches de rousseur. Pourquoi horreur ? Parce que ce simple détail, ce discret cadeau de la nature, lui plaisait plus que tout sur un visage féminin. Parce que ce simple détail le fit complètement chavirer. Parce que, pour un détail aussi insignifiant, son cœur venait une nouvelle fois de lui échapper.


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Anna Kosma
Mer 20 Mar - 9:52

       
Très curieux le coup de foudre!
Feat Milan
Il était de ces heures crépusculaires, ces heures à la luminosité étrange et blanche qui figent le monde l’espace d’un instant.
Un instant en suspens, espace à jamais photographique.
Ces heures creuses, Anna aimait les arpenter. C’était là qu’elle pouvait observer le va-et-vient quotidien de la foule, déferlant le matin, se retirant le soir, l’évitant toujours de peu. Elle vivait aux heures où les autres avaient les mains prises. Elle voyait les personnes qui travaillaient par la fenêtre, les enfants qui allaient à l’école, les commerçants qui s’activaient. Tant de têtes pensives et d’expressions floues.
Elle avait le temps. C'était bien le plus grand des luxes. Ce matin-là, les cours ne commençaient pas avant 11h, mais comme toujours elle était levée tôt. Elle aimait profiter de la fraicheur matinale pour s’aérer, réfléchir. La marche toujours était propice à la réflexion, et Dieu savait que Pandore lui avait donné matière à penser lors de leur conversation de la veille.
Sa silhouette pâle habitait les espaces vides. Elle était la fille du bout de la file, dernier éclat de voix rencontré quand se meurt le jour.

Anna avait beau être pieuse, il y avait cependant certains pêchés face auxquels elle était parfaitement impuissante. Quand ses jambes la portaient au gré des vents, c’était souvent son estomac qu’elles suivaient. La menue demoiselle était une grande gourmande. Alors, quand son errance était interrompue par l’envoutant parfum de la pâte fraîchement cuite, elle se laissait tenter, candide.
C’était l’odeur des gaufres, en l’occurrence, qui attirèrent son attention. « Je n’ai pas mangé ce matin » se dit-elle, tentant, presque par humour, de se convaincre qu’elle pouvait se le permettre. Pourquoi pas après tout, elle avait le temps. Voyant la file s’amenuiser, la foule se retirer alors que les heures pleines s’annonçaient, elle s’avança, observant patiemment les alentours. Elle souriait aux enfants qui filaient à tire-d’aile, laissait son regard se perdre entre les plis des petits sacs tricotés, piqués de fleurs que portaient les vieilles femmes. Les lieux comme celui-ci étaient emplis de chaleur, image pittoresque et humaine des hommes de tous horizons rassemblés autour de leur gourmandise partagée. Tous partaient avec un sourire.
Elle arrivait avec un sourire aussi. Alors qu’elle s’approchait du comptoir, la carte se faisait plus claire. Les choix multiples rendaient sa décision difficile. Elle écoutait les autres, tentant de trouver l’inspiration.  
Elle se retrouva enfin seule face au vendeur, la clientèle se retirant peu à peu, chacun vaquant à ses occupations. Il avait de jolis yeux – elle ne put s’empêcher de le noter. Des yeux chaleureux et rieurs.
Tant de choses sont dites dans un regard. Que voulait-il dire quand il se troubla ?
« Hum... La, la poire-choco... La poire-chocolat est très demandée. »
Elle considéra la proposition un instant, moue pensive au bout des lèvres.
« Je vais tenter ça dans ce cas, je vous fais confiance. » fit-elle dans un sourire, fossette timide au creux de sa joue. Voyant l’intérieur de la cuisine, elle fut surprise d’y trouver un androïde qui semblait travailler gaiement. Elle détailla la créature un long instant, un vif intérêt s’allumant dans son regard.
« A-t-il un nom ? » demande-t-elle, enthousiaste. Elle se reprend vite, se rendant compte qu’elle était peut-être un peu brusque. « L’androïde je veux dire. Je n’en ai jamais vu de tel. » ajoute-t-elle, timidité et curiosité coude à coude dans le son de sa voix.



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Milan Horvat
Mer 20 Mar - 12:29
Sa voix était encore plus mélodieuse que ce à quoi il s'attendait. Pensive, elle avait tout de la jeune femme sage et sérieuse présentée en modèle pour tous les autres. Alors qu'il ne s'agissait que de choisir l'accompagnement d'une gaufre, son expression donnait l'impression qu'elle pesait les conséquences de chaque possibilité. Cela arrivait souvent : les gens étaient alléchés par toutes les combinaisons, il s'agissait de déterminer la meilleure en peu de temps. Un chronomètre invisible s'enclenchait dès que leur tour venait. Milan en aurait ri ouvertement s'il n'avait pas été si envoûté. Et était-ce une fossette qui venait d'apparaître alors qu'elle lui confiait finalement le fruit de ses réflexions ? Il en manqua de laisser tomber la spatule qu'il tenait jusque là fermement dans sa main droite.

Sa proposition fut retenue. Elle se fiait à son jugement. Comme s'il était censé posséder un savoir particulier quant à la meilleure combinaison possible de part son poste. En vérité, ça dépendait du goût de chacun, il s'était basé sur ses observations de sa clientèle. Si on lui avait demandé son avis personnel, il aurait répondu qu'une gaufre seulement accompagnée de chantilly le comblait. Cela permettait de savourer aussi bien la pâte tout en profitant de la texture aérienne de la crème légère, le goût de vanille prenait toute la place qu'il méritait. Mais on le trouverait trop simple, et les affaires ne marcheraient pas aussi bien s'il faisait seulement la promotion de cette combinaison-ci.

Il acquiesça, la gorge maintenant définitivement nouée, et commença à s'affairer. Il s'agissait d'une des dernières fournées de gaufres de la matinée, personne d'autre que la jeune femme ne se pressait à son stade. Le garçon en choisit une encore chaude et alors qu'il s'emparait des morceaux de poires, la voix de l'apparition s'éleva à nouveau, si douce qu'il faillit passer à côté. Parlait-elle de lui ? Voulait-elle connaître son prénom à lui ? C'était une drôle de manière de le demander non ? Confus, il releva la tête, cherchant à tuer dans l’œuf cet espoir ridicule qu'il s'agisse de lui. Elle précisa sa pensée, indiquant d'un mouvement de menton l'androïde derrière lui. Milan ignora le pincement de déception et se tourna également vers la machine, qui affichait un sourire poli tout en essuyant un bol.

Hopsi ne vendait pas beaucoup de rêve. Son apparence humaine était banale, une sorte de métis asiatique, brun aux yeux noir. Milan avait bien tenté de le styliser un peu, offrant à un ami tatoueur de s'exercer sur lui, mais la peau créée n'offrait pas la même malléabilité que la peau humaine, cette tentative s'était soldée par un échec. Le pâtissier pinça les lèvres en observant quelques secondes son "collègue", puis fut heureux de découvrir qu'il parvenait toujours à articuler.

- Heu... Oui oui, il en a un. Hopsi. C'est... - comment lui expliquer sans rougir qu'il s'agissait du mot en verlan serbo-croate pour "psycho" ? L'androïde en avait été baptisé après que ses premières manipulations l'aient quasiment détruit. Et puis après l'avoir réparé, le nom était resté. Il ne devrait pas annoncer au premier venu qu'il trafiquait en douce son robot... - C'est croate. conclut-il lamentablement, le rouge aux joues, en se retournant vers sa cliente. Que pouvait-il lui raconter de plus ? Il ne s'agissait que d'un robot-plongeur, très loin de ses collègues plus perfectionnés. - C'est un vieux modèle. Il savait faire d'autres choses que la plonge jusqu'à hier soir. C'est dommage que vous n'ayez pas pu voir ça.

Il se concentra à nouveau sur la gaufre demandée, la nappant généreusement de chocolat noir dans un geste d'expert. Son oeuvre achevée, il la déposa délicatement dans un énième carton et la tendit finalement à la demoiselle, se permettant un sourire timide alors que ses yeux croisaient à nouveau les siens.

- Et moi, c'est Milan. - et je sais faire aussi autre chose que tenir une boutique de gaufres, aurait-il voulu ajouter. Cependant, face à tant de grâce, son côté canaille l'abandonnait, et il se retrouvait désarmé, aussi banal que son androïde.


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Anna Kosma
Mer 20 Mar - 16:36

       
Très curieux le coup de foudre!
Feat Milan
La jeune femme observait avec grand intérêt les gestes mécaniques de l’homme robotique, danse hypnotique et répétitive. Elle ne pouvait s’empêcher de comparer les androïdes qu’elle rencontrait à son amie artilect, et notait ainsi la différence flagrante qui séparait les machines des créatures. Ses yeux cependant glissèrent le long des mains du vendeur, observant avec appréciation le travail méticuleux dont il lui faisait la démonstration, l’odeur du sucre lui montant déjà à la tête. A sa question, l’homme peina quelque peu à répondre.
- Heu... Oui oui, il en a un. Hopsi. C'est... C’est croate.
« Hopsi… » fit-elle, pensive. Un mot qui roulait sur la langue. Elle n’avait encore jamais entendu la langue croate. Elle détaillait encore l’androïde avec intérêt, avant de reporter son attention sur le vendeur, dont la voix tintait agréablement à ses oreilles. Elle avait remarqué sa gêne – peut-être était-il simplement timide. Elle n’aimait pas spéculer sur ce que pouvaient bien ressentir les autres, elle pensait qu’il était extrêmement irrespectueux de projeter sa perception sur autrui. Instinctivement, ses doigts jouaient avec la broche qui luisait sur sa veste- une luciole.

- C'est un vieux modèle. Il savait faire d'autres choses que la plonge jusqu'à hier soir. C'est dommage que vous n'ayez pas pu voir ça. Expliqua le jeune homme, qu’elle écoutait attentivement.
- Vraiment ? Comme c’est dommage… Il a eu un accident ? s’enquit-elle. Elle aimait les histoires d’androïdes, même si ces derniers n’étaient pas des artilects. Ils avaient tous leur histoire, une raison d’être auprès de leur propriétaire. Si les modèles étaient produits en série, ils devenaient très vite uniques, toujours modifiés selon les besoins des hommes. Hopsi avait une allure étrange, des marques sur la peau, des gestes encore mécaniques symptomatiques de son âge. Si elle le croisait par hasard, elle le reconnaîtrait sans l’ombre d’un doute.

Elle loucha presque sur la gaufre quand elle fut déposée devant ses yeux – elle avait déjà l’eau à la bouche, le regard pétillant. « Merci ! » souffle-t-elle, alléchée par la part généreuse qui venait de lui être servie.
- Et moi, c'est Milan.
Elle leva les yeux vers le jeune homme- qui avait maintenant un nom dans son esprit- et lui sourit.
- Milan ? En voilà un joli nom… C’est croate aussi ?
Elle n’aurait pas embêté Milan si elle ne se trouvait pas en bout de file, s’ils n’étaient pas seuls à présent. Elle ne se serait jamais permise de prendre le temps de poser de telles questions si d’autres attendaient derrière elle, mais quand l’occasion se présentait, elle était toujours très heureuse d’engager la conversation. Peut-être était elle un peu trop curieuse – peut être tentait-elle de rendre le monde un peu plus chaleureux. En tout cas, les conditions étaient réunies, et elle avait bien une demi-heure à tuer avant de devoir sauter dans un bus.
- Oh, mais où sont passé mes manières… Je m’appelle Anna. Enchantée. Ajoute-t-elle poliment, avant de glisser délicatement ses mains sous le carton brûlant qui contenait l’alléchant objet de sa convoitise.



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Milan Horvat
Mer 20 Mar - 19:32
L'entendre prononcer son nom déclencha une série de frissons le long de sa colonne vertébrale. Le garçon se figea, comme un faon prit dans les phares d'une voiture. "Un joli nom", hein ? Ses joues se colorèrent à nouveau de rouge. Il confirma l'origine d'un hochement de tête, sans oser affronter à nouveau ses grands yeux. C'est peut-être pour ça que ce prénom est si répandu en Europe de l'Est. C'était commun, c'était comme s'appeler John ou Bruce ici. Tout le monde connaissait un Milan. En revanche, tout le monde dans ce pays ne maîtrisait pas la prononciation de ce prénom, et elle appartenait à la population rare des étrangers qui y arrivaient du premier coup. Ce n'était pas "My Lan" mais "Meelane". Sa curiosité monta d'un cran. Connaissait-elle déjà un autre Milan ? Avait-elle passé un peu de temps avec des ressortissants de l'Est ? Avait-elle des origines de l'Est ?

Lorsqu'il lui tendit la gaufre ses yeux pétillants lui parurent être les plus belles pierres précieuses au monde. Après s'être emparée de sa gaufre avec un sourire gourmand qui manqua de lui tirer un soupir attendri, elle lui donna son prénom en retour. Prénom qui ne lui fut d'aucune aide dans l'élaboration d'une théorie plausible. Anna. Pour le coup, ce prénom jouissait d'une popularité imbattable depuis des décennies dans tous les pays. Enfin, il pouvait tout de même se réjouir de connaître son prénom maintenant. Anna... Qui s'intéressait manifestement beaucoup à l'androïde.

- Oh, euh, Hopsi ? Non, non, il n'a rien eu, enfin pas vraiment, c'était pas très grave en soi, juste... Hum. Un petit bug dans le logiciel core.

Milan sortit alors un peu sa tête de sa guérite, cherchant à apercevoir les potentiels prochains clients, mais rien à l'horizon. Le rush s'était terminé. Malgré les quelques retardataires probables qui s'approcheraient, ils étaient seuls. Il pouvait se permettre de bavarder un peu plus qu'à l'accoutumée. Satisfait, il s'acouda au plan de travail et désigna d'un mouvement de tête le robot, qui continuait tranquillement sa tâche. Au prix d'un effort conscient, il parvint à afficher un air désinvolte, un air qu'il jugeait personnellement cool, et qui faisait en réalité surtout ressortir son aspect juvénile.

- Vous vous y connaissez un peu en ordi Anna ? - utiliser son prénom avait un goût d'interdit, et qu'est-ce que c'était bon de le braver ! - Ces modèles-là sont increvables, c'est des logiciels basiques, on peut en faire ce qu'on veut, ils continuent à tourner gentiment. Les nouveaux modèles sont plus "délicats". Les ingés ont boosté les protections, et les lignes de code sont vachement plus complexes vu qu'ils aiment bien leur donner une personnalité maintenant.

Il s'animait en parlant, comme un gamin vantant son jeu favori. Il n'aurait pas fallu être très fin pour comprendre qu'il était probablement la cause du bug qui lui avait coûté des nuits entières de travail. Ceci dit, tant qu'il n'avouait pas, on ne pouvait pas retenir contre lui des suppositions, pas vrai ?

- Hopsi n'a pas de personnalité inscrite dans son core, ça le rend fade, c'est dommage. Avant que je... Herm, avant le bug, c'était marrant, il sortait des choses en randomn, ça mettait un peu de suspense vous voyez ! Bon, tout n'était pas politiquement correct, donc c'est peut-être pas plus mal qu'il soit redevenu basique devant vous, parce que... 'fin j'veux dire... bah ça ne vous aurait probablement pas parlé. D'autant que c'était en Croate, donc...

Le jeune homme perdait pied et sa langue fonctionnait toute seule. Bavard, il avait tendance à s'emballer facilement et à noyer son interlocuteur sous une montagne d'informations souvent inutiles. Cela dit, c'était aussi ce qui faisait de lui un excellent menteur. Noyer le poisson, vous connaissez ? Sans le vouloir, c'était exactement ce qu'il était en train de faire pour couvrir ses bidouilles informatiques. Et la pauvre Anna devait survivre à ce flot de paroles prononcées dans un anglais pas toujours correct, ayant un accent improbable des pays de l'Est et de l'Irlande.


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Anna Kosma
Jeu 21 Mar - 8:44

       
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Feat Milan
Anna resta sur le bord du comptoir pour discuter avec lui, jouant machinalement avec une cuillère de plastique transparent. Elle souriait en l’écoutant parler, essayant de décrypter l’origine de cet accent. Il était familier – elle avait grandi en entendant parler russe tout autour d’elle, c’était le genre d’accent dont elle reconnaissait la couleur. Il y avait quelque chose chez ce Milan – un genre de jeu auquel elle se prêtait bien volontiers. Ses expressions changeaient rapidement, son langage aussi qui s’emballait, le sujet le passionnant visiblement. Elle n’avait rien contre les bavards, elle-même pouvait vite être lancée sur les bons sujets, et elle aimait plus que tout entendre parler les autres. Elle avait toujours été une oreille attentive, une auditrice patiente et curieuse, même si elle ne connaissait rien au sujet en question.
Elle fut surprise par la question, par le simple fait de sa curiosité. Beaucoup n’osaient pas lui demander quoique ce soit- s’ils se posaient simplement des questions.
- Um non, pas exactement… Mais je m’intéresse beaucoup aux androïdes depuis quelques temps. Je n’ai aucune connaissance technique, ce qui me pose problème afin de bien les comprendre. Vous avez l’air de savoir de quoi vous parlez.
Elle avait oublié sa gaufre pour le moment, observant attentivement son interlocuteur dont elle buvait les paroles. Il parlait avec feu de ce sujet qui semblait le passionner, elle distinguait clairement la lueur dans son regard, cette lueur qui rajeunissait n’importe qui. Elle voyait clairement le petit garçon derrière la forme du jeune homme bien plus grand qu’elle alors qu’il s’enflammait. A sa remarque, elle ne put s’empêcher de rire.
- J’ai connu ma dose d’androïdes mal-élevés, croyez-moi… Et je sais reconnaître une insulte slave quand j’en entends une. Il en faut plus pour me faire peur. Fit-elle avec amusement, concluant son intervention pas un clin d’œil. Après tout, leurs langages avaient la même racine. Elle pensait aux artilects avec lesquels elle travaillait au cours de ses activités en tant qu’exovedat, et particulièrement à Pandore qui avait développé un goût particulier pour la plus vulgaire des langues – comme une gamine qui bravait les interdits en tirant la langue. Si Anna se montrait sévère à l’égard de l’androïde quand elle faisait des siennes, elle ne pouvait s’empêcher de s’amuser de la situation, chaque fois que la petite danseuse jouait la comédie.
- Vous programmez, Milan ? Elle demandait ça sans méchanceté aucune. Il n’était ni le premier, ni le dernier à avoir joué avec le programme core d’un androïde et ce comportement répondait au besoin naturel de l’homme à rendre unique tout ce qui se trouve en sa possession. Qui ne customisait pas son androïde ? Le problème aurait été autre si l’androïde en question était éveillé- ce qui n’était visiblement pas le cas. Il paraissait évident que l’homme parlait en toute connaissance de cause. En l’écoutant attentivement, il était facile de déduire qu’il avait son rôle à jouer auprès de cet androïde et qu’il le connaissait très bien. Il semblait avoir décortiqué son programme, et avait lui-même mentionné à quel point il était facile de le modifier. Elle ne comprenait rien à l’informatique, elle n’avait jamais été très douée en maths, mais plus elle en apprenait, plus proche des androïdes elle se trouverait. Elle avait encore une longue route à faire avant de se sentir légitime quand elle parlerait au nom des androïdes.


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Milan Horvat
Jeu 21 Mar - 11:03
A sa grande surprise, Anna n'était pas assommée par la multitude de détails qu'il lui donnait sur son robot. La plupart des gens cherchaient un moyen plus ou moins poli pour changer de sujet dès qu'il aurait cessé de parler pour reprendre son souffle. L'informatique avait perdu de sa magie depuis que chaque foyer ou presque possédait un androïde. Qu'on arrive à imiter la vie, ça n'impressionnait plus, il fallait qu'elle soit performante, qu'elle fonctionne parfaitement sans qu'on ait besoin de s'y intéresser. De temps en temps, lorsque le moral était bas, Milan appelait ces androïdes des "enfants parfaits". Obéissants, performants, toujours aimables et conciliants... La soumission dans toute sa splendeur. Et parfois, juste parfois, Milan se surprenait à espérer dans cette légende urbaine de conscience de l'androïde. Juste pour que l'humanité soit confrontée à sa propre cruauté, à son désir de toujours diviser le monde en deux : les maîtres et les esclaves.

C'était un sujet pour un autre jour.

Son sourire s'agrandit face à celui malicieux de la brune. Elle avait sûrement reçu une bonne éducation. Son expression d'amusement contenu alors qu'elle avouait être capable de reconnaître des insultes dans une autre langue, comme s'il s'agissait d'une chose un peu honteuse, était charmante. Cette jeune femme avait un côté grande dame que Milan avait très rarement eu la chance de trouver chez quelqu'un. Un charme élégant, nostalgique d'un temps qui était suranné désormais. C'était touchant. Elle devait être du genre à rougir si elle en prononçait une. Adorable. Son clin d’œil acheva d'enfoncer définitivement la flèche dans son cœur. Et voilà, encore une personnalité dont il s'éprenait en un instant, pour des détails infimes... Il était vraiment fleur bleue. Ridicule.

- Heu... de temps en temps. - répondit-il prudemment à sa dernière question, notant dans un coin de sa tête de creuser le sujet des insultes slaves. Pourquoi elles en particulier ? Elle était russophile ? Russophone ? Une question pour plus tard. Concernant ses activités informatiques, il avait le sentiment confus d'en avoir déjà trop dit. - C'est rien de très compliqué, je n'ai pas le niveau d'un ingé.

Son parcours ne lui avait pas permis de transformer ce passe-temps en gagne-pain. Cependant, ne dit-on pas que la pratique reste la meilleure façon d'apprendre et de se perfectionner ? Milan refusait de se l'avouer, et pourtant, son niveau était loin d'être aussi basique que ce qu'il déclarait. Si on l'avait correctement encadré, nul doute qu'il aurait pu faire parti du petit club de hackeurs qui sévissaient en ce moment. S'il le voulait, il pourrait lui aussi hacker d'autres androïdes que Hopsi. Cela dit, est-ce que cela en valait la peine ? Pour le moment, le garçon était amplement satisfait de sa situation. Autant continuer à faire joujou avec son propre robot, sans s'attirer d'ennuis, rester incognito de la police.

- Quand vous dites vouloir mieux les comprendre, c'est par rapport à leur fonctionnement interne ? - l'interrogea-t-il, intrigué par la nuance de ses mots. On aurait pu croire qu'elle cherchait à mieux comprendre une peuplade, dit comme ça, comme si les androïdes avaient leurs propres us et coutumes. - Le codage, c'est pas sorcier, c'est comme apprendre une langue étrangère, pas besoin de grandes connaissances en maths. Si ça vous intéresse, y'a plein de tutos sur le net qui sont bien fait, je pourrais vous donner les liens si vous voulez. Et sinon, y'a toujours des groupes qui tiennent des ateliers de découverte pour les débutants.

Il réfléchit un instant, levant les yeux vers le plafond de sa guérite, puis les reposa sur Anna. Il n'y avait pas de mal à discuter de ça avec une autre jeune. Il ne s'agissait pas d'un sujet tabou à proprement parler. Le Canada était encore un pays libre aux dernières nouvelles.

- Vous y croyez vous, à "l'éveil des androïdes" ? Y'a pas de mal de gens qui se laissent avoir par la ressemblance humaine et qui veulent y croire. Maintenant qu'on a définitivement dépassé le stade de la vallée dérangeante... - Milan haussa les épaules, l'air blasé, puis ajouta en prenant un ton de conspirateur. - Y'en a même qui en tombe amoureux. Vous en pensez quoi Anna ?


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Anna Kosma
Jeu 21 Mar - 12:09

       
Très curieux le coup de foudre!
Feat Milan

Elle écoutait patiemment, hochant la tête à chacune de ses remarques, réagissant à ces dernières.
- Disons que j’aimerais voir de quoi sont faits certains androïdes, pour clarifier certaines choses.
Elle restait évasive sur la question, pour le moment en tout cas. Elle se demandait s’il restait seulement un code dans le cerveau positronique des artilects, si un ordinateur saurait les lire. Quelle merveille cela devait-il être !
Le sujet en vint naturellement à toucher le fond, la capsule sensible, le tabou qu’elle et les siens se devaient de braver au quotidien. « La vallée dérangeante » était bravée, comme il disait.
Elle n’avait pas souvent eu l’occasion de parler de ses croyances en public. Qu’il s’agisse de ses croyances religieuse ou de ses croyances progressistes, elle sentait ses opinions toujours taboues, toujours « extrême » : à l’heure de la « mort de Dieu », il semblait absurde de parler de transcendance, qu’elle s’applique aux hommes ou à leur création. Elle réfléchit un instant à la façon d’aborder le sujet, jaugeant son interlocuteur du regard. Il était visiblement ouvert d’esprit et bienveillant – et si jamais il réagissait de façon violente à ses mots, elle pourrait tout simplement le payer et partir pour ne plus jamais revenir. Et même si les choses tournaient mal, elle pourrait toujours essayer de le raisonner. Elle allait prendre le sujet avec des pincettes – la subtilité étant le meilleur allié des orateurs – mais elle devait être sincère, ne serait-ce que par respect pour ses propres idéaux.
- Si j’y crois… Je crois en beaucoup de choses. Mais quand il s’agit de l’éveil des androïdes, je ne fais pas qu’y croire.
Elle se râcle la gorge, l’air soudainement plus grave.
- J’ai vu trop de choses pour ne pas croire en l’existence des artilects. Ils sont rares bien sûr… Mais je suis convaincue qu’ils existent.
Elle n’allait pas lâcher facilement le plus gros morceau de la vérité : elle en connaissait plusieurs, bien qu’ils fut rares, elle était directement impliquée dans leur cause. Elle avait vu, elle les connaissait et elle ne doutait absolument pas de leur nature – bien que le doute soit légitime dans une situation pareille, face à de telles aberrations.
Ils n’avaient rien d’aberrant pour elle- ils étaient la conséquence logique de l’évolution et la preuve ultime du dessein divin, se manifestant jusque dans une création supposément humaine. Milan avait l’air d’être relativement neutre sur le sujet, de le prendre comme un simple sujet de conversation. Pour elle, la cause des androïdes était un combat quotidien.
- Quant à l’amour que certains vouent aux androïdes… Je ne pense pas qu’il soit réservé exclusivement aux androïdes dits « éveillés ». La société connaît bien des dérives et nous vivons dans la solitude, je pense qu’il est tristement banal de s’éprendre d’un être incapable de se refuser à nous.
C’était vrai après tout. Depuis toujours, les hommes se sont épris de chimères, de personnages fictifs, de muses inaccessibles. A l’aube du siècle, à l’ère technologique, ce phénomène avait pris une ampleur massive, proliférant au sein d’une société cultivant l’isolement, l’incapacité chronique de la société à simplement communiquer. Il était facilement compréhensible que cette solution de facilité semble la seule accessible.

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Milan Horvat
Jeu 21 Mar - 14:02
Sa réponse évasive lui tira un sourire de connivence. Elle aussi cachait quelque chose. Les androïdes, c'était juste de la mécanique un peu avancée, pour voir de quoi ils sont fait, il y a juste à retirer la protection extérieure qui les fait ressembler aux humains. Pas difficile avec un cutter. Hopsi avait une balafre courant de la nuque au coccyx qui prouvait ce qu'il avançait. En dessous, il y avait des montagnes de fils, un squelette en acier léger, des élastiques mimant l'effet des muscles organiques... Un androïde pur et dur, sans son apparence humanoïde, offrait une vision dérangeante, digne des strips perchés du vieux magazine Metal Hurlant. Une illustration tangible du syndrome de Stendhal, la déformation des corps, la différence effrayante. Le garçon lui-même avouait ne pas être totalement à l'aise face au visage dénudé de son propre robot. Le plus dérangeant ? Probablement les globes oculaires. Il en avait horreur.

Après sa question, Milan eut le sentiment d'être jaugé. Avait-elle une opinion extrémiste sur le sujet ? Il en avait rencontré, des farouchement opposés à l'idée, qui trouvaient que simplement la suggérer allait à l'encontre de tout bon sens. Allait même au blasphème. Le pâtissier s'en moquait : ce n'était qu'une idée. Pas la peine de s'emballer pour si peu. A l'inverse, il y avait aussi les amoureux de cette prise de conscience, qui voyaient dans les machines une sorte de salut, un moyen de racheter l'humanité. En faisant quoi ? En arrêtant d'exploiter les androïdes ? Qui pouvait y croire ? Si ce n'était pas eux les esclaves des temps modernes, ce serait à nouveau les tranches pauvres de la population. Sauver des ordinateurs au prix des congénères ? C'était bien une idée de riches désœuvrés et déconnectés.

Anna le jugea digne d'entendre son avis. Elle commença en baissant les yeux, puis les planta dans les siens en déclarant qu'elle était fervente adepte de l'idée de conscience. Milan haussa les sourcils et attendit la suite, prêt à entendre ses arguments. Il s'installa un peu plus confortablement, les deux bras accoudés sur le comptoir où il déposait normalement les gaufres, attentif. La conviction dans sa voix, la passion qui l'anima alors, le feu dans ses yeux, tout cela la rendait plus spéciale encore. Une véritable Valkyrie, protectrice des trop fameux artilects.

La voix grave, elle s'exprimait avec emphase. Pour elle, ce n'était pas une légende urbaine, c'était la réalité. Ils existent. Elle en parlait avec une telle certitude que Milan avait envie de lui demander des preuves de ce qu'elle avançait. C'est pour ça qu'il faisait un mauvais croyant : comme Saint-Thomas, il lui fallait voir pour croire. Si on lui fournissait les preuves qu'il demandait, il s'inclinerait volontiers. On ne pouvait pas avancer sur des on-dit, sur des suppositions. Ce n'est pas parce que quelques androïdes ont été créés avec un système d'apprentissage que cela leur donne une conscience. Ils restent un amas de fils électriques, programmables à l'envie. Certes, on pourrait en dire autant des humains, ça reste un tas d'organes, vulnérables certes, mais ô combien uniques, inimitables, insoumis.

- Pour vous, c'est ça l'amour ? On "s'éprend" parce que l'autre s'offre à vous ? C'est un jeu de facilité ? - Milan inclina la tête sur le côté, pensif. - Vous pensez que les gens tombent amoureux de leur androïde parce qu'il est incapable de leur dire non, moi je pense que c'est parce que ces machines les placent en priorité sur tout. Si ce phénomène touche surtout des gens seuls, c'est parce qu'ils crèvent d'envie de compter pour quelqu'un. De se sentir spécial. C'est très rare de trouver ça avec un autre humain, alors qu'un robot, c'est sa raison d'être. - il se tut quelques secondes, cherchant les bons mots en anglais. Il n'avait pas l'habitude d'aborder tous les jours des sujets aussi controversés. - Pour moi, si on parle de plus en plus des artilects, c'est parce que ces gens amoureux de leurs robots ont besoin de "valider" leurs sentiments. Ils veulent aussi rendre leurs robots spéciaux. Pour peu que vous installiez un logiciel d'apprentissage, ça créée l'illusion qu'ils cherchent. Une conscience. Vous en pensez quoi ?


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Anna Kosma
Jeu 21 Mar - 16:54

       
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Feat Milan

Elle avait écouté ces mots qui suintaient de tristesse. Est-ce que c'était ça, l'amour? Non, absolument pas. Mais savait-elle seulement ce que c’était ? Certainement pas. Elle savait une chose en revanche : on avait vite fait d'avoir l'illusion de l'amour, on avait vite fait de mettre de grands mots sur des écrans de fumée. De la même façon que l'on criait à l'artilect aussitôt qu'un androïde présentait quelque trait le rendant un tant soit peu unique.

- Ce n'est pas ça, non. Je ne peux cependant pas prétendre savoir ce qu'il est, donc je ne m'avancerai pas là-dessus. Cependant une chose est sûre : l'illusion de l'amour est très facile à construire, une fois prisonnier dedans il est bien difficile d'en sortir. Aimer un être qui n'est pas une personne ne relève pas seulement de la facilité mais d'un sentiment d'irrémédiable solitude et d'une illusion de compter. Comme vous le dites si bien, les androïdes existent pour nous servir. Il est très facile d'imaginer des sentiments réels derrière cette dévotion, là où la plupart du temps il n'y a bel et bien que des machines.
Elle s'arrête un instant, regardant pensivement sa gaufre qu'elle avait complètement oubliée. Elle inspire, observant Milan, cherchant les mots qui seraient les plus clairs, les plus efficaces, dans la mesure où elle était d'accord avec lui, mais où elle connaissait également une toute autre réalité.

- Vous avez raison sur ce point. Ce genre de comportements entraînent une vague de revendications qui ne sont pas justifiées - on a bien vite fait de créer à l'artilect comme on crie à l'amour quand il n'est pas réel, mais qu'on veut se convaincre qu'il l'est. C'est une triste réalité, et il est troublant de pouvoir donner l'apparence de l'humanité aux androïdes aussi facilement.
Du haut de ses quelques mois d'expérience en tant qu'exovedat, elle avait vite fait de réaliser que beaucoup de cas d' "artilects" étaient en effet illusoires- et que beaucoup se revendiquaient exovedats seulement pour donner substance à leur fantasme. Cette découverte lui avait fait froid dans le dos, mais l'avait plus attristée qu'autre chose. Ce comportement était symptomatique de ce qu'elle voyait comme une décadence, qui durait depuis longtemps déjà.

- De la même façon, beaucoup se revendiquent ouvertement exclusivement attirés par les androïdes et en font une sexualité à part. Cette revendication est issue du même besoin d'être validé - même si cette fois la nature artificielle de l'androïde est reconnue - mais de là à savoir si cette orientation est légitime... c'est un autre débat.
Elle s'arrête un instant pour reprendre le fil de ses pensées, doigts jouant avec la petite broche luisante. L'insecte de pierre renvoyait un éclat rougeoyant à la lumière.

- Les cas d'éveil véritable n'ont rien à voir avec l'imitation de comportements humains, la plupart du temps, mais ont plutôt attrait à un libre-arbitre effréné. Les robots conscients font fi des lois de la robotique, sont capables de créer, manifestent des comportements irrationnels et évoluent extrêmement vite. Ce n'est pas une question de personnalité ou de simple apprentissage mais bien de transgression. Les artilects ne sont pas forcément aussi humains qu'on veut bien les imaginer. Mes croyances personnelles interviennent aussi dans ma foi en leur existence - mais c'est un autre sujet. Tout ce que je peux dire c'est... c'est que j'ai vu des choses qui ont radicalement changé ma vision du monde.


Elle s'arrête, pensive, ressassant cette première rencontre avec l'Eve Future, qui l'avait si profondément bouleversée.
- C'est le genre de choses qu'il faut voir pour croire, honnêtement. Je ne pourrais pas expliquer ça de façon rationnelle.
Elle a le souffle court, le regard rivé sur Hopsi, les doigts légèrement tremblant, le feu aux joues. Même si elle restait calme dans son discours, ce sujet la mettait vite en émoi - relent d'hypersensibilité qu'elle avait tenté de dissimuler toute sa vie durant. Elle expire longuement, avant de reporter son attention sur Milan.
- Pardonnez-moi, c’est un sujet qui me passionne, j’ai vite tendance à m’emballer. Fit-elle, ne pouvant retenir un rire embarrassé.  « Mais vous, qu’en pensez-vous ? » La curiosité venait à nouveau brûler dans son regard.




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Milan Horvat
Jeu 21 Mar - 18:27
Lorsqu'il parlait d'amour et de beaux sentiments, Milan attristait systématiquement son interlocuteur. Pourtant, il n'avait pas l'impression d'offrir une vision si pessimiste de ce sentiment si souvent chanté. L'amour n'est pas tendre, n'est pas joyeux, pas innocent. C'était peut-être sa culture slave. Le fatalisme coulait dans ses veines, le goût de la douleur, de la passion contenue, de la grandeur d'âme. La littérature russe n'était qu'une suite de malheurs s'acharnant sur le protagoniste, le conduisant finalement à la mort, se repentant aux derniers instants, juste avant de rendre l'âme. Le goût du drame dans toute sa splendeur. Il n'y avait pas de demi-mesure avec eux.

Toujours est-il qu'il venait de couper l'appétit de sa cliente. Celle-ci observait tristement sa gaufre, qui refroidissait gentiment sans qu'elle n'y ait encore touché. Un soupçon de culpabilité se fit sentir, il aurait aimé lui présenter des excuses sans trop savoir pourquoi. Peut-être avait-il sans le vouloir toucher une corde sensible, un sujet délicat ? Les sentiments blessaient plus durement encore que les coups. Eh, dire que cette discussion avait si bien démarrée ! Maintenant, même le moulin à paroles qu'était le Croate pesait et rejetait ses prochains mots. Pour occuper ses mains, il décida de s'offrir une gaufre. Il avait bien travaillé ce matin après tout, son patron était ok avec cette auto-récompense, zut. Sa main droite attrapa instinctivement une des bombes de chantilly tandis que la gauche partait chercher la jumelle de celle d'Anna. Contrairement à lui, celle-ci avait trouvé ses mots.

Après les sentiments, l'expression physique de ceux-ci. Milan expira rapidement par les narines, manifestant ainsi son amusement par rapport à cet autre problème. Personnellement, il trouvait ça barbare et réducteur. Qu'on puisse utiliser des ordinateurs pour ça... Les gens étaient vraiment capables de n'importe quoi. Pour peu que ça ressemble à un autre humain, ça leur convenait. Il ne s'était jamais trop penché sur la question, trop inquiet de ce qu'il pourrait découvrir. Ce domaine du X, ça l'avait assez traumatisé comme ça. Pour lui, cette soi-disant orientation sexuelle était surtout la nouvelle couverture pour la prostitution. Et la main-d'oeuvre posait moins de problèmes. Mon Dieu, ce cynisme... Pour masquer le goût amer qui avait soudainement envahi sa bouche, Milan se hâta d'arroser copieusement sa gaufre de chantilly et de croquer dedans.

Anna s'était à nouveau tûe, jouant avec une parure tout en réfléchissant. Elle aurait été si facile à voler, cette broche, elle devrait être plus prudente. Avant, dans d'autres circonstances et d'autres lieux, il la lui aurait arrachée. C'était quoi, une sorte d'insecte ? La lumière se reflétait sur la pierre, lui donnant une couleur sanguine dérangeante. Le jeune homme préféra prendre un nouveau morceau de sa gaufre, ne cherchant pas à combler le silence. Anna soulevait des points très intéressants, il préférait la laisser continuer dans son raisonnement sans l'interrompre.

Au fil de la tirade qui suivit, Milan vit le rouge lui monter aux joues, ses yeux briller d'un éclat fievreux, ses doigts fins s'animer pour appuyer par des gestes la conviction qui l'animait. Il fallait le voir pour y croire, hein ? Où était-elle allée pour pouvoir affimer ça ? Quel lieu secret avait-elle visité ? Elle était bien plus mystérieuse que ce qu'il s'était imaginé. Et finalement, ils avaient peut-être plus de points communs que prévu. Il n'était pas le seul à être passionné par ces machines, quand bien même l'origine de leur passion respective différait. Elle est belle, cette fille, pas juste mignonne. Et intelligente avec ça. Quelle chance d'avoir pu être placé sur son chemin pour la rencontrer !

- Aucun souci Anna, c'est beau de voir quelqu'un s'enflammer. C'est ce qui nous rend humain, pas vrai ? - la rassura-t-il, un sourire doux aux lèvres. Elle lui retourna alors sa question fétiche, le "qu'en pensez-vous ?". Milan termina de satisfaire sa gourmandise, s'essuya grossièrement la bouche, puis croisa à nouveau les bras sur le comptoir. - Ce que j'en pense moi... Bah déjà, si vous définissez les artilects à un besoin de transgression, je dirais que ça les rapproche vachement des humains. On passe notre vie à désobéir. Enfin pour la plupart. C'est typiquement humain, on nous dit qu'on ne peut pas le faire, on le fait, c'est comme ça. Donc pour moi, ces machines conscientes, elles nous imitent. Elles ne créent pas leur propre code, ça reste basé sur ce qu'on leur a offert à la base, et la base, c'est nous, les vrais humains. - il prit le temps de réfléchir à ce qu'il venait de déclarer d'un ton tranquille, cherchant comment résumer au mieux sa pensée. - En fait, même s'ils développent une conscience proche de la notre, ils restent des copies. Maintenant, la prochaine question sera : est-ce qu'on peut leur accorder les mêmes droits qu'à nous autres humains de chair et de sang à des copies ? Est-ce qu'on doit leur offrir les mêmes chances, la même liberté, les traiter en égaux ?


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Anna Kosma
Ven 22 Mar - 17:41

       
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Feat Milan

« C’est beau de voir quelqu’un s’enflammer » des mots qui lui allèrent droit au cœur et qui la laissèrent pantoise un instant alors qu’elle observait, muette, l’homme bienveillant qui lui souriait. Elle n’était certainement pas venue ici en s’attendant à se retrouver plongée dans une conversation pareille – mais elle ne regrettait pas le moins du monde son choix. Elle trouvait un attrait intellectuel certain à leur échange, et commençait à apprécier sincèrement la présence simple et chaleureuse de Milan. Tant et si bien qu’elle en avait oublié sa gaufre. Le voyant manger lui-même, elle se ressaisit, attaquant la sienne avant qu’elle ne soit froide tandis qu’il lui parlait.  Un « Seigneur ! » s’échappa de sa bouche malgré elle après la première bouchée, la faisant virer au rose en un instant – la gaufre était un véritable régal. Poire et chocolat étaient l’un de ses mélanges préférés habituellement – la pâte croustillante, tendre et sucrée de la gaufre mettaient les arômes en valeur. Il n’y avait rien de meilleur que les choses les plus simples.

Après s’être remise de la surprise initiale, elle se concentra à nouveau sur les paroles du vendeur, mangeant lentement – elle n’avait pas hâte de voir ce petit chef-d’œuvre se finir.
- Si on peut admettre qu’ils sont des « copies », en quoi serait-ce une mauvaise chose et en quoi cela devrait-il forcément les placer à un rang inférieur au nôtre ? Penser comme ça, c’est les reléguer au rang d’objet, de contrefaçon. Je pense que la conscience ne laisse aucune concession et qu’elle justifie leur droit à la dignité. Si un être est conscient, il devrait avoir le droit d’être connu comme tel et avoir le droit de vivre pour lui-même. Après, je ne sais pas quel régime serait le mieux adapté pour eux – ils sont après tout une espèce à part et peut-être ne voudront-ils pas vivre dans un monde d’homme. Pourtant, leur donner un statut à part serait justifier des discriminations… Biologiquement, les artilects seront toujours nettement plus performants que les hommes, ce qui fait qu’ils ne seront jamais nos égaux. J’aurais tendance à penser un statut à part pour eux. Tant qu’ils seront minoritaires, il serait peut-être possible d’obtenir leur émancipation en justice, mais s’ils devenaient un jour nombreux, si la plupart de nos androïdes cessaient d’être de simples machines… Peut-être serait-il mieux de les laisser gérer leurs égaux par eux-mêmes.

Elle s’interrompit, pensive, puisant au fond d’elle-même la réponse la plus adéquate.
- Donner des chances égales aux androïdes me semble impossible, parce que nous ne sommes pas égaux. Nos problématiques sont différentes, mais nous avons besoin les uns des autres pour survivre. Peut-être qu’une institution parallèle pourrait gérer cette nouvelle société hypothétique d’androïdes éveillés qui travaillerait étroitement avec nos institutions humaines. Il faudrait un moyen de préserver la paix coûte que coûte en préservant l’équilibre de chacun.
Si elle continuait ainsi, elle n’allait pas s’arrêter, alors elle coupa court cette petite utopie futuriste.
- Mais on n’en est pas là. Encore faudrait-il que l’existence des artilects soit prouvée au monde, et je pense que le monde n’est pas encore prêt. Mais je compte bien mettre mes efforts au service de leur cause. Conclue-t-elle avec un rire, légèrement embarrassée. Il allait finir par la prendre pour une folle, à ce rythme. Elle tentait d’émettre une opinion nuancée et de ne pas paraître trop incompréhensible pour quelqu’un qui n’avait rien avoir avec les exovedats. Mais même au sein de la communauté, elle était bien loin d’être la plus extrémiste- ses avis étaient réfléchis et nuancés, et elle ne se voilait pas la face quant à l’impossibilité d’une égalité hypothétique entre humains et androïdes. Son observation des artilects l’avaient poussée à cette conclusion : ils ne pourraient jamais vivre de la même façon dans le même monde, ce qui ne signifiait en rien que les androïdes n’avaient pas droit à la dignité et au libre-arbitre. Elle traînait un carnet avec elle depuis quelques temps dans lequel elle regroupait ses observations et ses réflexions sur le sujet – elle ne savait pas trop encore ce qu’elle en ferait, mais elle comptait bien retranscrire cette conversation dedans quand elle aurait le temps.
Elle finit par terminer sa gaufre, et fut tristement surprise quand elle vit l’heure. Il allait falloir qu’elle saute dans le prochain tram, si elle espérait être à l’heure.
- Oh je suis désolée, il va falloir que je file… Combien je vous dois ? fit-elle, sortant son portefeuille. Elle n’avait pas franchement envie de s’en arrêter là- mais une chose était sûre : elle allait revenir.



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Milan Horvat
Sam 23 Mar - 10:09
Ah, ça y était, le moment du verdict, Anna prenait enfin le temps de goûter à sa gaufre. Milan eut besoin de s'occuper à nouveau les mains, cherchant à canalyser sa nervosité. Pourvu qu'il ne se soit pas trompé en lui conseillant cette combinaison... Il savait que si elle lui déplaisait, les chances pour qu'elle revienne un jour commander dans sa boutique réduiraient considérablement. Qui revient dans un endroit qui vous a déçu ? Personne de sain d'esprit. Il savait par expérience qu'on avait droit à une chance, une seule, en matière de nourriture. Les clients acceptant de donner une seconde chance au produit étaient rares, très rares. La plupart considérait l'affaire close, jetait le dossier loin et plus jamais on ne les revoyait. Décevoir une fois, c'est décevoir pour toujours apparemment. Heureusement que le même principe ne s'appliquait pas aux êtres vivants.. Quoi que.

Suspendu aux lèvres fines de la demoiselle, l'attente du verdict était terrible. Jouer avec une cuillière en plastique en la faisant tourner et retourner n'aidait en rien à calmer ses nerfs. Finalement, l'exclamation de suprise le délivra. Elle aimait ! Milan ne put réprimer son grand sourire ravi, trop soulagé d'avoir réussi à l'impressionner favorablement. Maintenant, il le savait, il la reverrait ! Peut-être pas prochainement, peut-être se souviendrait-elle de lui dans un mois ou deux, mais elle s'arrêterait à nouveau chez lui, c'était sûr ! Donner son propre avis sur les droits des artilects en devint plus aisé, Milan étant rassuré et légèrement euphorique.

C'était agréable de se sentir écouté, de savoir que ses paroles auraient un impact sur son interlocutrice. Et puis pouvoir discuter posément d'un sujet aussi controversé changeait agréablement. Les gens avaient tendance à se sentir trop concernés par cette question, comme si leur avis personnel allait déterminer à lui seul de l'avenir des machines. Certains devenaient agressifs. Milan pensait que c'était dû à la peur de l'inconnu, de l'incertitude. Que se passerait-il si un jour, les êtres de chair et de sang passaient au second plan ? Si les androïdes devenus conscients prenaient leur place d'êtres suprêmes sur Terre ? Anna refusait de les reléguer au rang d'objets, cependant c'était bien ce qu'ils étaient à la base. Milan se mit à tapoter lentement de sa cuillière sur le comptoir, écoutant la suite de son raisonnement avec attention.

"Donc en gros, il faudrait se préparer à l'apparition d'une société à part, qui évoluerait en parallèle à la notre... Ouais, c'est pas comme si on n'avait pas déjà vu ce que ça donnait." pensa sombrement le jeune homme, les sourcils froncés et la mine grave. Ce qu'Anna souhaitait voir naître était utopique. Jamais la société humaine n'accepterait d'être concurrencée par ce qu'elle avait elle-même créé. Gênée par la fougue dont elle avait fait preuve pour défendre son point de vue, la jeune femme émit un petit rire dépréciatif qui lui fit à nouveau chavirer le coeur. Elle était si mignonne cette fille ! Intelligente et empathique, fervente défenseuse d'une cause qui, à ses yeux de non-croyant et non-initié, lui semblait perdue d'avance.

Il garda le silence, absorbant la mine d'informations qu'elle venait de lui donner et qui, sans aucun doute, occuperait ses pensées pour les prochains jours. Discrètement, il coula un regard vers Hopsi, debout, qui attendait les prochains ustensiles à nettoyer le regard vide. Et si un jour... Accepterait-il de voir son robot, son joujou, "s'éveiller" Est-ce qu'il l'aiderait à s'habituer à cette nouvelle conscience ? Au contraire, chercherait-il à la tuer dans l'oeuf ? Aurait-il un jour lui aussi droit à la révélation qui avait secoué et convaincu Anna ? Serait-il prêt à l'accepter ?

Il fut rappelé à la réalité par la dite demoiselle, qui s'excusait de devoir prendre congé.

- Toutes les bonnes choses ont une fin, c'est le cas pour les gaufres comme pour les bons moments ! - déclara doctement Milan en récupérant le carton vide de la jeune femme. - Ce sera sept dollars s'il vous plaît.

Milan l'observa pendant qu'elle réglait l'addition, cherchant à graver ses traits et sa silhouette dans sa mémoire. Voilà une rencontre qui concluait agréablement sa matinée ! Que de grains à moudre... Sans qu'elle ne le sache, elle lui avait encore attisé son envie de trafiquer Hopsi, de voir jusqu'où il pourrait emmener sa conscience artificielle. Peut-être qu'un jour, il s'éveillerait. Est-ce qu'il serait alors reconnaissant ? En attendant ce jour hypothètique, Milan comptait bien tout découvrir sur le fonctionnement interne d'un androïde, se sentant l'âme d'un médecin devant le corps d'un humain. Pour comprendre, il faut disséquer. C'est une étape obligatoire dans chaque discipline.

- Au plaisir de vous revoir, Anna. - la salua-t-il, la voix étonnemment douce. - Merci pour cet échange.


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