We Happy Few [PV : Dolores]
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Numa Maggiorano
Dim 28 Juil - 22:23




Dolores & Numa
We Happy Few

Masochisme :  Perversion sexuelle par laquelle une personne doit subir de la souffrance physique pour atteindre le plaisir.

S'il avait pu le constater en prenant le masque de Madame Carolyne et de Monsieur D, il ne s'y retrouvait pas réellement. Il ne tirait pas vraiment de plaisir dans la douleur ; de toute façon, un simple contact dans le métro, un effleurement dans le dos, lui donnait envie de se brûler la peau à l'acide. Pourtant, en sortant de sa zone de confort, et en s'affligeant un trajet aussi long que pénible, Numa pensait correspondre à la définition de « masochiste ». Après tout, il aurait été plus simple de refuser, et de faire le mort. Mais non. Numa avait accepté. Certes, il lui avait fallu un bon mois pour se préparer psychologiquement à cette nouvelle aventure, comme s'il devait termine une quête très dure pour gagner une nouvelle compétence sociale, et sans son psychiatre — Monsieur Goodman, homme qui était persuadé que Freud était toujours à la mode —, il aurait baissé les bras.

Il semblait que se faire des amis ne lui était pas totalement inaccessible. Et que cela devenait — très lentement — possible.

Bien entendu, le jeune homme était. armé pour son aventure ; un sac à dos bien rempli. Anti-déprésseurs et anxiolytiques, anti-spasmodique avec les numéros d'urgence. Deux bouteilles d'eau et deux parapluie s — au cas où —, deux batteries de smartphone, deux smartphones. Ses vêtements de rechange, là aussi doubles. Le carnet que Monsieur Goodman lui avait donné, avec des missions à faire, afin de s'adapter un maximum. Le carnet en question avait été martyrisé, dénaturé, tué, et stylisé par Super-Caissière — sorte de femme refaite aux affreux cheveux violets, qui claquaient les portes trop fort. Il y avait aussi plusieurs jeux vidéos, des comics. Son sac à dos était bien trop lourd pour son corps de phasme, mais paré de son casque anti-bruit, et de son sweat à capuche préféré — qu'il portait en dépit de la température —, Numa se sentait confiant.

Oui. Confiant.

Numa avait consulté plusieurs Google Map, afin de connaître le trajet par coeur, et de ne pas risquer de se perdre ; la dernière fois qu'il avait manqué d'attention, il s'était retrouvé dans un quartier gay. Il avait aussi — toujours grâce à Google Map — déterminé ce qui se trouvait autour de la demeure de son ami, Dolores.

Monsieur Goodman lui avait rappelé qu'on n'arrivait pas chez les gens avec les mains vides, il lui avait dit que cette expression sous-entendait qu'on devait rapporter un cadeau. Il avait aussi précisé qu'il devait destiner ce cadeau au chef de famille. Sauf que ce n'était ni des fleurs, ni de chocolats et autres gourmandises que Numa avait amenés. Il était fier de sa trouvaille ; il l'avait commandé plusieurs semaines en avance sur internet, et il était ravi de l'avoir reçu biiiien avant le jour J.

Numa le tenait contre sa poitrine, heureusement qu'il avait pu demander un emballage cadeau, car il n'aurait pas été capable de faire quelque chose de propre. Il avait fait écrire « merci de m'accueillir », avec la date du jour J. Bref. Tout allait bien se passer, ils allaient agir comme des adolescents normaux, et Numa songeait même à laisser Dolores gagner aux jeux vidéos pour lui plaisir. Il prit une profonde inspiration, lorsqu'il sortit du métro. Au moins, son casque l'aidait à se couper du monde, et à ne pas se faire agresser les oreilles par le bruit. Les portes s'ouvrent, ça veut dire qu'on peut descendre, songea-t-il au moment de mettre un pied en dehors du métro.

Il avait les yeux baissés sur son smartphone, et il envoyait régulièrement des SMS à Dolores pour lui signaler ce qu'il se passait ; il lui donna le nom de la station à laquelle il était descendu, avec une estimation du temps qu'il mettrait pour arriver à sa rue. Oui. Il pensait que c'était important, car il était très bien placé pour savoir qu'un accident pouvait arriver. Après tout, il s'était fait plaquer au sol par un policier dans une boutique de Donut ; il n'était pas à l'abri d'un comportement insensé de la part « des gens ».

Mais... ces quinze minutes se déroulèrent bien. Le jeune homme reconnaissait les rues, les bâtiments qu'il avait tant de fois épiés sur Google Maps, jusqu'à tomber sur la bonne maison. Il inspira.

Numa resta immobile dix minutes devant la porte. L'anxiété refaisait surface, ses mains étaient crispées, et il n'arrêtait pas de se répéter « tu peux le faire », tout en relisant le carnet que Monsieur Goodman lui avait donné. Frapper à la porte, ou sonner, attendre, saluer. Il avait même déjà tapé son message dans le traitement de texte de son téléphone — pas la peine de parler, si c'était Dolorés qui ouvrait, il savait qu'il allait se moquer de lui. Un ange passa. Littéralement. On était limite capable de voir les nuages bouger. Numa voulut prendre ses anxiolytiques, mais il pensa que c'était encore trop temps.

Au final, Numa envoya par SMS à Dolores : « Je suis devant chez toi. Peux-tu m'ouvrir ? »

Il espérait seulement que son ami avait son smartphone à portée de mains, et qu'il n'allait pas attendre encore. Dans le pire des cas, il avait encore 13 minutes d'avance.


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Dolores Noguchi
Lun 29 Juil - 4:56
C'est simple, tu pousses la fucking porte et tu rentres, damn !
ft. numa


Le soleil filtra à travers ma chambre, répandent des flaques de lumières contre le sol par stries irrégulières. Ma paupière se déploie à mesure que je fixe le réveil mécanique, il est midi. Mon horloge interne est accoutumée, réglée comme du papier à musique, je n'ai pas besoin de ce foutu androïde pour me réveiller. M’extirpant de mes draps en bondissant à l'instar d'un ressort en dehors de mon plumard, Baron s'éveille à son tour et me salut en collant sa tête triangulaire contre mes rotules. Comme tous les matins, ma réponse est la même. Je viens saisir ses joues et remonte ses babines à la verticale, tout en lui secouant doucement le visage. Il est docile, alors il me laisse faire, approuvant d'un geste corporel qui se résume à un mouvement du balancier. Expressif, mon ami fidèle m'a toujours laisser le manipuler comme je le voulais, en revanche, il est beaucoup plus craintif et effaroucher envers les étrangers et montre les crocs un peu trop facilement au goût de mon imbécile de patriarche. Mais je m'en moque de son avis, je l'aime comme ça mon Baron Killing, il a été édifié à mon image, modelé de mes leçons, mon code de conduite, il voit le monde à travers moi, perçoit mes émotions et m'hésiterait pas à attaquer même si on m'arrachait la langue.

Je dévale les marches pendant que mon compagnon sillonne mes pas effrénés. Alors que j'effectue un dérapage pour éviter la cloison qui sépare la salle de restauration qui est également mon espace de travail dans mes bons jours, de la porte d'entrée, je profite de l'absence de mon père pour me concocter un sandwich. La préparation toute dressée dans une boîte de conservation n'est pas d'une nécessité vitale, puisque je sais la faire moi-même. Aussitôt, je m'affaire à l'organisation. Coulissant un tapis de jambon serrano sur la première couche de la baguette, j'aligne ensuite le fromage type hollande, j'ajoute une deuxième tranche, puis je parsème l'étage de coupeau de chorizo. C'est comme ça que l'on mange en Espagne, j'emmerde les Canadiens et leur petit déjeuner à la con, d'ailleurs le sirop d'érable à finit de couler de son filet dense et visqueux dans le trou des toilettes, c'est ma façon de montrer que je déteste ce pays et ses coutumes. Je finis de tartiner de saindoux et de poivrons que je fais revenir dans la poêle, les lamelles épicées crépitantes caressant mon canal auditif dans une poésie de saveurs, qu'on m'interpelle, brisant instantanément la farandole de l'hymne culinaire.  

« Bonjour, Dolores. »

Me salut une onde alignée sur un timbre féminin qui me paraît faussement amical. Un sourire orchestré se cloue sur son visage en plastique. C'est elle. L'androïde que mon connard de paternel nous a fourgué dans les pattes.

« Ferme ta gueule !!! »

Crachais-je à son encontre pendant que Baron aboya, soulignant mon irascibilité dans son langage, joignant ses paroles aux miennes. Le meilleur ami de l'homme.

Mon père l'a acheté dans l'optique qu'elle effectue toutes les tâches ménagères. Ca c'est la version officielle, la réalité est tout autre. Il a claqué toutes ses économies dans ce tas de ferraille pour remplacer maman ! Dire qu'elle m'assiste dans mes devoirs alors que j'en ai clairement pas besoin. Programmé pour obéir aux restrictions de mon père qui ne connait pas la moitié de ma vie, condamné à cette vie robotisée, entravée par la production de cette société malade... Ca me rend dingue rien que d'y penser ! Alors, je lui ordonne de se mettre en veille puisque mon père a entrer des instructions à base de codes binaires pour l'empêcher de m'écouter, si je lui dis de s'éteindre définitivement.

Soudainement, un vibrement distinct secoua ma main. Un message. Ou plutôt trente. Tous de mon souffre-douleur préféré.

Je suis à Îles des sœurs. Ligne 12. J'arrive dans 14 minutes.

Quoi ? Il m'annonce vraiment chacune de ses étapes à mesure qu'il progresse dans son pèlerinage ? Étrange comportement, mais comme je me moque pas mal de son avancée, je ne réponds pas. Numa est un bon pote que j'ai récupéré sur le net, on jouait ensemble à des jeux en pvp et comme ça a plutôt bien accroché après notre première rencontre IRL, voilà qu'il vient de nouveau chez moi. J'aime mon confort et garder mes repères, ici, c'est mon territoire alors il est plus ou moins obligé d'obéir à mon commandement. Cependant, ça n'a pas été une mince affaire de le faire crécher ici pendant deux jours. C'est un type angoissé, toujours sur le qui-vive, voir et faire des choses différentes le paralyse. Du simple changement de meuble dans une pièce, en passant à accueillir un nouveau compagnon à poil, pour finir par dormir chez quelqu'un, sont des épreuves insurmontables à ses yeux. Ce manque de spontanéité dans sa vie l’accable de stress et le couvre de nombreux traumatismes dont je me fiche pas mal des noms et de la définition qui leur sont associées. Néanmoins, j'essaye de le faire sortir de sa zone de confort et même s'il n'a pas accepté cette invitation dare-dare, il a au moins pris la peine de s'y préparer pendant un cycle lunaire.

Baron est à mes pieds, je n'ai pas pour habitude de mettre des chaussettes et je suis encore en pyjama qui se résume par un short noir ainsi qu'un débardeur de la même teinte qui affiche une esquisse simple d'ossements d'humains. Le chien mange après moi. C'est comme ça que ça se passe dans la nature. Les alphas se servent et choisissent les meilleures pièces sur le gibier encore chaud, pendant que les omégas attendent patiemment leur tour. Je compte bien manger tout mon sandwich, j'ai un appétit d'ogre. Lui, il a ses croquettes qui a ont une valeur élevée en protéines et est exempte de céréales. Mise au point par des vétérinaires et nutritionnistes spécialisés, elles sont fabriquées via un processus approprié pour conserver les conformités naturelles des ingrédients, sans ajout de conservateurs artificiels. En somme, c'est un bon produit, je ne lui donne que ce qu'il y a de meilleur, même si je sais qu'il rêverait de planter ses crocs dans mon repas trop riche en calories pour lui.

Je ne fais pas attention à mon téléphone alors que je me redresse pour compléter mon banquet. Je m'enfile une boîte d'olives soigneusement trempée dans du vinaigre, puis, soudain, la lumière d'une lampe à huile jaillit dans mon lobe frontal, région de la décision. J'attrape mon cellulaire. Un nouveau message. Il était là. Je regarde l'heure de l'envoie. Quarante minutes. Il attend depuis quarante minutes ! Vivait-il dans une grotte pour ne pas avoir utilisé les ressources à sa disposition basée sur le principe de la sonnette ? Ou alors, il s'était foulée les deux poignets durant le trajet. C'était les deux seules explications plausibles à ce manque de discernement et encore, la dernière n'était qu'un sophisme puisqu'il était parvenu à m'annoncer son arrivée par texto.

Baron hurle quand je me lève précipitamment, pourquoi est-ce qu'il ne m'a pas averti avant cet imbécile ? Je marche comme un taureau, les meubles tremblent dans mon sillage et l'autre folle ne bouge pas et ne parle pas, elle ne cille même pas, les androïdes n'ont-ils pas de paupières ? Aussi réaliste qu'ils soient, je suis sur que si je lui crame les cheveux, ils ne pourront pas repousser car son organisme n'est pas composé de cellules mais de câbles, de batteries et d'autres composants qui ne m'intéressent pas.

Dans geste ample, je tourne le verrou, abat la poignée qui reste bloquée dans mes mains, je déploie mon mouvement pendant que mon épaule se déroule promptement. Bruyamment, elle explose contre la demi-cloison qui se fissure à cause de toujours accueillir le coude de la anse.

« NUMA !!! »

Je me pousse un peu pour qu'il entre, mais il semble osciller, il est indécis et ça m'agace. Alors, ni une, ni deux, je m'empare d'un bout de son étouffe et tire les fibres dans ma direction afin que le reste de son corps suive le mouvement.  

« Passe ton sac, on va monter en haut !!! »

Je lui arrache presque des mains pour le balancer sur mon dos. Je suis comme les dromadaires, moi ! Je peux supporter des charges lourdes sans sourciller, parce que je suis fort ! Mais moi, je n'ai pas de bosse, alors j'ai leur force colossale, sans les inconvénients physiques.

Baron arrive derrière mes jambes et ne cesse d'aboyer. Il s'approche, montre sa petite tête de chien adorable, mais garde ses distances. Ses griffes cliquettent contre le parquet en bois à mesure qu'il progresse. Il poussa un autre avertissement. C'est bon, j'ai vu qu'il y avait un invité. Il grogne et aboie. Encore. Et encore. Stop.

« Baron ta gueule !!! »

Mon galgos s'approche un peu plus près. C'est normal qu'il veuille défendre mon territoire et humer les effluves de l'inconnu. Doucettement, sa fourrure s'hérisse, mais ses muscles restent constamment détendus, il ne sautera pas sans mon signalement.

« Ouais j'tai pas dis mais j'ai un cléps maintenant ! »

Je le pousse du pied en écrasant mes orteils contre son poitrail. La sensation est plutôt agréable, mais là je ne cherche pas un coussin, plutôt à l'extirper du passage de mon poto, parce que Numa a déjà peur, alors si on lui rajoute un stress supplémentaire, je ne suis pas prêt de le revoir en chair et en os et puis moi, parler derrière un écran, ça ne m'intéresse pas, je préfère le contact réel ! Je suis comme les Espagnol moi, j'adore vivre ! Alors fatalement, je trouve ça con de se clôturer derrière les barrières de pixel d'un écran.

Baron n'est pas décidé à bouger, ni à se taire et je comprends. C'est vrai, ce tapis c'est le sien et il est comme moi, il déteste qu'on touche à ses affaires. Alors, je rajoute.

« C'est Baron. Bouge de son tapis, il n'aime pas qu'on marche dessus ! »

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Lun 29 Juil - 12:11




Dolores & Numa
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23 minutes de retard. Numa avait eu 13 minutes d'avances qui s'étaient transformées progressivement en 23 minutes de retard. 40 minutes à rester devant la porte, sans oser sonner, se demandant même comment on sonnait à une porte. Dolores était plus ou moins le premier garçon de sa tranche d'âge avec lequel il sociabilisait. Les normes, les coutumes, propres aux adolescents étaient un énième patois du langage étranger qu'étaient les relations sociales. En plus, une sonnette, ça faisait du bruit. Un bruit avec lequel il avait du mal, un « diiiing » strident, qui allait rester dans son crâne un moment. Peut-être aussi qu'il dérangeait, et qu'il ferait mieux de rebrousser chemin, arrêter l'illusion-là. Numa songea que si au bout d'une heure, Dolores ne se manifestait pas, il pourrait partir. Il aurait respecté le temps imparti pour prendre congé d'un lapin. D'ailleurs, qu'est-ce que faisait un lapin dans cette histoire ? Poser un lapin ? Les gens étaient censés déposer un lapin devant leur rendez-vous, afin de signaler qu'ils ne viendraient pas ? Où était le lapin dans ce cas ? Pauvre bête, elle devait être toute stressée. Ou il n’y en avait pas ; Numa se devait de vérifier avant.

Ce fut lorsque Numa recula que la porte s'ouvrit, et qu'il se fit agresser les oreilles par Dolores. Il sursauta, et il se fit attraper par son sweat d'un même mouvement. Ni une ni deux, il avait passé la faille spatio-temporelle entre le monde virtuel et le monde réel par le biais de la porte. Dolores lui prit son sac à dos, et Numa leva la main pour essayer de le récupérer, en vain. Trop de stress d'un coup. Il se reprit et il lui écrit :

« Je sais que je m'appelle Numa. »

Et parfois, il lui arrivait de ne pas répondre lorsqu'on s'adressait à lui. Enfant, il pensait qu'on l'accostait par ces quatre petites lettres dans le but de lui rappeler son prénom. Au cas où, il oublierait. Donc il n'avait pas vu l'intérêt de répondre, ou de montrer verbalement qu'il avait entendu. Bref.

Numa voyait le bon côté des choses : Dolores ne l'avait pas encore frappé pour ses réponses à côté de la plaque, et il ne semblait pas vouloir lui mettre de lapin. En plus, vu sa motricité proche du néant absolu, il n'était pas tombé. Il se contenta d'épier le chien, de loin, sans trop comprendre ce qu'il lui voulait. De toute façon, lui, il était TeamChat.

MAIS COMMENT DEVAIT-IL SE COMPORTER MAINTENANT ? Son carnet était dans son sac ! Avec toutes les notes, tous les exercices pour l'aider à intégrer les codes sociaux, avec même des petites cases à remplir, et des parties à commenter. Dilemne cornélien. Il ne savait pas si Dolores était au courant de sa neuro-atypie, ou s'il en avait conscience — généralement, ça arrivait vite. Il tendit la main vers son sac, mais le chien se manifesta, et il sursauta. Le tapis ? Quel tapis ? Ah. Numa baissa les yeux sur ses chaussures, et il de décala. À exactement 2 centimètres et 3 millimètres du tapis ; il n'était plus dessus, le chien n'avait aucune raison de le détester davantage.

Numa était content de le voir, malgré tout. Bien sûr, il n'allait pas le lui dire. Il avait vu dans divers modes d'emploi pour « devenir homme de la virilité vraie » que ça ne se faisait pas de montrer ce qu'on ressentait, entre hommes. Cela faisait trop « tapette » — il avait l'image mentale d'une tapette à mouches, et il ne voyait pas en quoi ça allait le transformer en tapette à mouches —, il ne fallait pas non plus dire « je t'aime », comme ça. En réponse, Numa fourra dans les bras de Dolores le cadeau qu'il avait prévu pour son père, avec ses mains tremblantes. Il écrivit :

« C'est pour vous. J'espère que ça vous plaira. Pas doué, dsl. »

Le cadeau en question, emballer dans un très beau papier cadeau qui rappelait le site où il avait acheté était dans une boîte. Aux premiers abords, c'était une boîte parfaitement normale ; un truc d'emballage avec des gens en train de prendre du bon temps. Quand on ouvrait la boîte, on se rendait compte qui'l y avait dedans une roulette à pizza, dont le manche rappelait celui d'un sabre Lazer. Oui, Numa aimait Star Wars, évidemment. Vite, rappelle-toi ce que tu dois faire. Ah. Heureusement qu'il avait une sacrée mémoire, il écrivit :

« Merci de m'accueillir, j'espère que je ne ne dérange pas. »

Et que Dolores avait rangé sa chambre.

« Désolé pour le retard. »

Quarante minutes passées devant la porte d'entrée. Les premières fois chez Monsieur Goodman, il lui était arrivé d'arriver avec une heure d'avance, et d'attendre deux heures devant l'entrée, car rien n'était explicitement dit qu'il devait SONNER à l'interphone.

« Tu vas bien ? »

Sans regarder Dolores dans les yeux, juste sur le côté.

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Dolores Noguchi
Mar 30 Juil - 2:30
C'est simple, tu pousses la fucking porte et tu rentres, damn !
ft. numa


Lorsque je hurle son nom, à ma propre façon de l'accueillir, il me confirme son prénom, par texto. Je le toise, interdit. Je n'ai toujours pas compris ses délires, il répond complètement à côté de la plaque parfois et le pire c'est qu'il ne communique pas avec moi en faisant chauffer ses cordes vocales mais en faisant marcher ses pouces. C'est débile, mais j'ai l'habitude. Je lève les yeux au ciel en guise de réponse, ça m'exaspère et je n'ai pas mon temps à perdre à utiliser mon portable alors que je l'ai en face de moi !

Je pointe mon index dans l'inclinaison de ses jambes. En lui ordonnant de bouger ce qu'il s'expresse de faire, Baron s'apaise à mes côtés et à au moins cesser de grogner, mais il aboi toujours. Son avertissement sonore est brutal et distinct. Une seconde fois, je lui ordonne de se taire en tonnant. Comme je suis le chef de la meute, il me regarde, ce n'est pas une mise à l'épreuve mais plutôt une question, une angoisse, comme s'il culpabilisait d'avoir mal fait, avant de baisser les oreilles. Je ne comprends pas comme mon interlocuteur peut favoriser les chats. Les félins ne servent à rien, ils sont réduits au rang d'androïde pour moi. On les nourrit, on leur parlent et ils nous ignorent, on les dorlotent et encore, lorsque ces derniers sont d'accord pour accepter le contact ! On ne peut ni les amener bourlinguer dans notre sac à dos, ni leur apprendre des tours utiles ou super classe. Ils ne nous défendent pas, ne garde pas la maison, n'ont aucune fonction, puis ils nous griffent quand on se montre trop entreprenant ou brusque ! Alors que les chiens eux, ils pardonnent. Baron a déjà oublié que Numa a gravit sa consigne, son tapis, qu'il cherche déjà son approbation dans ses attitudes et vient lui lécher doucement les phalanges distales. Je siffle pour qu'il se range au pied, il s'exécute prestement. Ca c'est utile. Petit, j'avais un chat qu'on avait trouvé dans une décharge. Il dormait avec moi mais n'hésitait pas à me tailler le bras en pièce si je dormais trop près de lui. Sa queue ressemblait à un plumeau et j'aimais bien le titiller en tirant dessus. Il n'avait aucune patience et j'ai reçu un coup de griffe dans l’œil. Ma cornée n'était pas touchée, mais mon bras était sans cesse cousu de cicatrice, j'en conserve toujours une d'ailleurs et quand on me demande comme une telle balafre a pu naître sur mon teint halé, je réponds que je l'ai obtenu comme un trophée en guise de bagarre. Je ne sais pas trop mentir et je n'aime pas ça de base, mais c'est toujours plus flatteur que d'avouer que c'est un microbe sur pattes qui me la faite germer. Puis c'est qu'une vérité déguisée, puisque je me suis déjà battu contre des gosses de dix ans quand j'en avais six.  

Soudainement, il arrive, brise mon espace personnel et me fourre un truc dans les bras. Le mec qui déteste les contacts furtifs et futiles vient d'engouffrer un paquet ma chair ! Il ne veut pas un bain de javel ? Non parce que je pourrai avoir la tuberculose, on ne sait jamais ! Quelques lignes étaient griffonnées sur le papier recyclable, ce qu'il est écolo en plus le mioche. C'était adressé à mon daron mais je fais semblant de ne pas comprendre.  

« Ce n'est pas la peine de me vouvoyer l'écureuil ! »

Ouais c'est son petit surnom, il en est pas à son premier coup d'essai et il en a d'autres. Mes phalanges se plient et je déchire le papier, j'ai envie de savoir ce que s'est, puis l'autre débile qui me sert de géniteur ne dira rien. Il ne faisait déjà rien du temps de ma mère mais maintenant qu'elle n'est plus là, il est carrément inoffensif. Je fini de tout déchirer : C'était une boîte. Son dos est attaché par une filiforme bande de ruban adhésif. Flemme d'aller chercher une lame aiguisée, je cale le carton qui montre des gens heureux sous mon bras et avec l'aide de son jumeau je défonce le tout d'un ample coup de coude. J'obtiens une ouverture maladroite, la brèche est assez large pour que je puisse engouffrer mon index. Alors, je l'agite pour élargir la cavité et permettre à ma main de pénétrer en entier.

Je passe l'échalier du papier bulle d'un coup fatal. C'est sérieux ? C'est vraiment sérieux ?

J'attrape l'objet en intox comme s'il allait me contaminer et je l'agite sauvagement devant le visage de mon ami.

« Une roulette à pizza... Vraiment ?! »

Il a oublié mes origines ou quoi ? On mange toujours de la pizza en Espagne, moins que nos voisins les Italiens, mais il a cru quoi au juste ? Que je découpe ma pizza avec des ciseaux ?

« C'est naze puis on en a déjà une ! »

Je n'ajoute même pas que c'est l'attention qui compte, puisque, quitte à claquer sa thune, autant m'offrir un truc utile.

Tout à l'heure, j'ai bien vu qu'il a tenté de récupérer son sac, mais j'ai fait semblant de ne pas l'avoir remarqué et faut dire que Baron a créé une super bonne diversion. Y'a quoi dedans pour qu'il ne veuille pas que je regarde ? Je suis assez curieux, mes sens sont en éveils, en revanche, je ne me permettrais pas de fouiller sans son accord en amont. J'aime qu'on respecte mon espace, alors je suis mon code de conduite qui me dicte de ne pas retranscrire les actions qui me déplaisent envers mes interlocuteurs. Mon père est exclu de ce scénario, car lui, il s'en fiche pas mal de moi alors je ne vois pas pourquoi je devrais me préoccuper de ses petits sentiments.

Numa essaye de prendre la température, je me demande pourquoi, à moins que ce ne soit qu'un échange de banalités. C'est plat. J'aime pas ce genre de discussions prolixes. Mais puisqu'il faut en venir à ça pour partager des choses plus intéressantes, alors soit !

« Je vais bien ! Mieux que toi on dirait, t'es tout blafard, on dirait un cachet d'aspirine ! Détends-toi vieux, ce n'est pas la première fois que tu viens chez moi pourtant ! »

Je m'indigne et je trouve que j'ai raison. C'est vrai quoi. On se parle souvent et on délire parfois. Bon y a que moi qui le fais tourner en bourrique c'est vrai, mais en attendant, il reste, ce qui prouve qu'il est aussi impliqué que moi à maintenir notre relation sur une base constante.

D'un mouvement sec du bras, la paume de la main ouverte, je lui imite de me suivre à l'étage. Il connait la baraque donc il n'a pas besoin de guide mais je suis le mâle alpha, c'est moi qui dirige la meute. Baron, quant à lui, est bien décidé à lui montrer qu'il se hiérarchise au stade de Bêta, le lieutenant du chef en somme, car il est déjà sur mes talons. J'ai toujours le sac de l'autre sur le dos. C'est plutôt lourd pour une besace censée contenir deux jours de survie. C'est pas comme si je lui avais demandé d'apporter ses denrées. Je sais recevoir tout de même ! J'espère qu'il ne s'est pas persuadé du contraire sinon je lui pète la gueule !  

J'ouvre la porte d'un coup de pied revêche. C'est tellement courant que le verrou est trop souple pour que le mécanisme s'enclenche correctement et la maintienne close. Du coup, impossible de la fermer à clé, elle bloblote pas mal.  

« Fais comme chez toi ! »

C'est ma formule hospitalière, bien que mes paroles sonnent plus comme une discipline à adopter qu'à une réelle invitation à se détendre. Aussitôt, je balance son sac au hasard dans la pièce. Il effectue un mouvement rotatif avant de se cogner contre le mur, voyager sur mon lit, pour s'étaler par terre. Baaarf, ça ne descendra pas plus bas, mais j'espère qu'il n'y avait rien de fragile.

Bon ok, j'ai oublié de monter le matelas de l'invité du garage. Mon daron me l'a rappelé quoi, une ou deux fois ? Ma daronne, elle, elle aurait beuglé tous les jours jusqu'à ce que je le fasse et si elle aurait encore été là, Numa aurait eu son matelas. C'est encore de la faute de mon père on dirait. Il me gâche la vie, je le hais. C'est de sa faute si Numa se retrouve dans l'embarras parce qu'il lui manque la représentation de son intimité. Tranchant, je hurle, j'évacue mes sentiments, j'ai toujours été incapable de les contenir :

« C'est la faute de mon imbécile de père si tu n'as pas ton matelas !!!! on va aller le chercher, il est dans le garage !! »

Mes affaires jonchent le sol. Parsemées de différentes nuances de couleurs, mes nombreuses étoffes sont bien mieux allongés au sol que dans mon armoire. D'ailleurs, ce rangement me sert plus à classer mes cours, et encore c'est vite dit, qu'à organiser ma garde-robe. Pour me changer ça va vite, j'ai plus qu'à choper ce qui passe sous ma paume et je l'enfile ! Mais pas maintenant, je reste encore en pyjama. Invité ou pas invité, je suis chez moi, damnit !

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Numa Maggiorano
Mar 30 Juil - 4:16




Dolores & Numa
We Happy Few

SMS, toujours.

« Je ne suis pas un écureuil, et un écureuil, c'est un animal. Je ne suis pas un animal, et je ne te vouvoie pas. Dans le cas présent, je désignais ton père et toi. »

Inutile de mentionner la Momybot, quoique Numa était impressionné de ce qu'elle était capable de faire. Malgré ses défauts de communication, il avait vu que Dolores ne partageait pas son avis. Enfin, vu comment le garçon hurlait pour s'exprimer dès qu'un truc ne lui plaisait pas, c'était assez facile pour lui à traduire. Quand Dolores se mettait à hurler, c'était que ça ne lui plaisait pas. « Ça » pouvait être tout et n'importe quoi, de Mommybot à la roulette à pizzas. D'ailleurs, Numa se contenta de lui envoyer en réponse un coeur brisé en émoji ; parce qu'il était impacté. Il ne pouvait pas le montrer : il aurait dû choisir le kit de soin pour barbe avec lequel il avait hésité, jusqu'à se décider via un algorithme. Oui. Il se demandait d'ailleurs s'il pouvait anticiper les réactions de Dolores face aux choses, via un outil similaire ; il savait déjà comment le faire, il suffisait de le mettre en pratique. Grâce à ça, Numa était persuadé qu'il saurait trouver la bonne réponse au bon moment.

Bon... ce type de cri, avec le mot « vieux », Numa n'était pas en mesure de le traduire. Comme dans sa tête, Dolores criait dès qu'il n'était pas content, il crut qu'il se faisait engueuler. Il ne réagit pas, il se contenta de fixer un point sur le mur.

« Tu me dis que je suis vieux parce que je suis plus âgé que toi ? »

L'interrogea-t-il, toujours par SMS ; de toute façon, il écrivait plus vite qu'il parvenait à aligner deux mots. Numa resta immobile, observant Dolores en train de faire le moulinet avec son bras. Passer une partie de son adolescence à signer pour communiquer, dans un environnement relativement calme, où les enfants n'obéissaient pas aux codes sociaux habituels avaient été bon pour lui. Moins pour ses interactions avec autrui. Il était censé faire quoi ? L'imiter ? Mais avait-il eu une indication auparavant ? Le chien réagissait même plus vite que lui. D'ailleurs, Numa s'était machinalement frotté les mains lorsqu'il lui avait léché les phalanges. La gueule des animaux, c'était plein de saloperies. Bref.

Au moins, le jeune homme réussit à comprendre ; c'était limite si on voyait des ampoules s'allumer au-dessus de sa tête lorsqu'il réfléchissait. Il monta derrière Dolores, sans se douter un seul instant que l'adolescent était en train de se vanter d'être un mâle alpha. Si Numa avait un tant est peu deviné, il lui aurait répondu que c'était une pensée animale, et qu'un besoin de hiérarchisation était nocif ; en plus de témoigner d'un manque de confiance.

« Fais comme chez toi. »

Comment une phrase pouvait-elle être aussi compliquée à traduire ? S'il faisait vraiment comme chez lui, au vu de l'heure, il serait en train de manger son plat du jour derrière l'ordinateur, en cherchant sur le deep-web ses lubies du moment. Ensuite, vers 15h12, il se remettrait sur la veille informatique pour l'entreprise. Mais il n'avait pas d'ordinateur à sa disposition, et ce qu'il voyait surtout, c'était le bordel dans la chambre de Dolores. Numa regarda son sac s'échouer dans un coin, et il alla le récupérer par automatisme en le calant contre lui. Là, il resta une statue de marbre en se balançant un peu d'avant en arrière ; signe d'anxiété. Il ne savait pas exactement où marcher pour éviter, il discernait mal les espaces sur le sol prévu pour qu'une personne marche. En plus, Dolores ne lui avait pas laissé le temps d'enlever ses chaussures.

Des cris, encore. Criait-il parce qu'il était sourd, ou était-il sourd à force de crier ? Numa pouvait lui parler en langage des signes, s'il avait besoin de ça. Il leva la main, et il se ravisa ; il n'avait pas de preuve. Et puis anticiper ce que les gens pouvaient être, puis se tromper, c'était gênant. Une fois, en voulant faire plaisir à une amie de sa mère, il lui avait demandé depuis combien de temps elle était enceinte. Elle ne lui avait pas répondu, et elle s'était contentée de reposer son bout de tarte dans l'assiette. On n'a pas le droit de manger de la tarte quand on est enceinte ?

« Tu n'as pas besoin de crier. »

Par SMS, encore.

« Je ne suis pas pressé, et j'aurais pu le prévoir. »

Oui, il aurait été du genre à acheter un matelas gonflable via internet.

« Sinon, j'ai apporté quelques jeux. Je te laisserais gagner, cette fois, si tu veux. »

La franchise à deux mesures.


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Dolores Noguchi
Jeu 1 Aoû - 3:34
C'est simple, tu pousses la fucking porte et tu rentres, damn !
ft. numa


Ses doigts cliquettent de nouveau contre l'écran tactile du combiné. Bon sang, il n'a toujours pas compris ce que je veux ? Faut être sacrément débile pour poursuivre ce genre d'action oiseuse, alors que je viens clairement de lui donner une consigne contraire ! Aussitôt, je fulmine, je n'ai jamais été patient, surtout pas pour des petits détails comme ça, qui m'irrite. J'ai toujours vu les choses dans leurs globalités, c'est pour ça que les mathématiques c'est facile pour moi, mais ce que je ne supporte pas, lorsque je demande quelque chose plutôt sympathiquement, qu'on ne prenne pas en compte mes impératifs. Puis merde, ma maison, mes règles ! En plus il comprend que dalle quand je le charrie, ce n'est pas drôle, je préfère quand ma victime me conjure de conclure de ses souffrances ou me donne son goûter dans l'environnement scolaire, plutôt que de me taper un infirme social ! C'est comme me donner l'emplacement du trésor dans une chasse, ça n'a aucun intérêt !

Mes épaules épaisses coulissèrent jusqu'à mes joues, je crache des explosions, incapable de sceller mon volcan intérieur qui est perpétuellement en éruption. De la fumée s'extirpe de mes narines pendant que je balance un pied tapageur contre le sol.   

« Je dis ça parce que c'est une expression ! »

Et une marque d'affection selon certains, bien que ce ne soit pas le cas au sein de ce contexte. Peut-être un peu. Disons que j'ai balancé ces syllables par accoutumé. C'est venu sans réfléchir et je n'ai pas à me justifier auprès de lui. Sans attendre de réponse, je lui fais donc signe de monter dans mon repaire qui transpire la masculinité. Putain, et en plus il se paye le luxe de ne pas me suivre instantanément, c'est quoi ce mec ?! 

Et c'est encore pire quand je balance son sac. Comme goullum ce personnage fictif dans le hobbit, d'ailleurs y a comme un air de famille, Numa afflue en direction de son bagage et se balance d'avant en arrière avec un petit câlinou au réceptacle de son intimité. C'est son précieux, mais quand même ! Et moi dans tout ça, hein ? Je l'invite, je l'accueille dans ma baraque et il n'éprouve aucune considération pour mes efforts ni même pour moi ? Même mon foutu paternel ne m'ignore pas comme ça, il se courberait à mes pieds même en proie à un puissant lumbago. Alors pourquoi mes interactions sociales avec lui sont si différentes ? C'est de sa faute. Il n'y met clairement pas du sien. S'il ne veut plus me parler qu'il me le dise ! J'en vaux pas la peine c'est ça ? Monsieur est tellement supérieur aux autres qu'il pense peut-être que son timbre particulier ne mérite pas d'effleurer mon canal auditif ?

« Laisse ce foutu portable de merde de côté tu veux, c'est chiant de parler à un mur là !!!! »

Je cause au lieu de réfléchir alors que clairement, j'anticipe déjà sa réponse. Il allait surement me sortir qu'il était humain, que ses cellules ne peuvent être constituées de briques. Du ciment de la gueule et tu vas voir.

Et puis là, c'est la goutte de feu qui fait déborder la rivière de lave.

« QUOI ? MAIS T'ES CON ?! SI JE JOUE CONTRE TOI IL EST HORS DE QUESTION QUE TU ME LAISSES GAGNER !!! »

Ses révélations m'ont presque coupé le souffle. Croit-il que je suis faible au point d'inspirer la pitié chez un interlocuteur encore plus minable que moi ? Il me réduit à son rang et je déteste ça. Les veines de mon front gonflent à mesure que je serre les poings, elles pourraient presque imploser dans ma tempe. J'oscille, je tremble presque. Je suis fort. Je n'ai pas besoin que quiconque éprouve un sentiment qui ne serait me correspondre.

« UNE VICTOIRE COMME CELLE-LÀ SERAIT SANS SAVEUR ET JE N'EN VEUX PAS !!! »

Il se paye ma tête et il le fait sans aucune émotion. Parfois, j'ai des doutes sur sa condition d'être humain, j'ai beau lui expliquer comme je fonctionne, j'ai l'impression que la mémoire de son disque dur intérieur est trop saturé pour accueillir de nouvelles informations ou qu'il ne retient que ce qu'il active tous les câbles de son intérêt. Je ne suis pas assez intéressant alors ? C'est tout bonnement impossible.

« SI TU PENSES QUE JE NE MÉRITE PAS D'ÊTRE TON ADVERSAIRE, ALORS NE ME PROPOSE MÊME PAS DE JOUER !!! »

Je suis hors de moi, j'avance vers lui. C'est ma proie et je suis le prédateur. Je pourrai presque me lécher les babines tant le fumet des affres viennent tresser une vapeur enivrante à mes narines. Acculé, prisonnier de l'obstacle que créer mon lit, j'attrape son petit poignet de fragile dans une main et viens faire circuler ma jumelle dans le même axe pour épingler son portable. Je suis plus grand que lui. Plus imposant aussi. Avec son corps de phasme étique, il risque soit de se fissurer sous mes phalanges, soit de perdre sa circulation sanguine dans la meilleure configuration.  

« Ca, je te le confisque ! Tu es chez moi, on est là pour parler avec des mots, avec notre putain de mâchoire. Si tu résistes, je le casse. »

Je mets le ton, je donne le rythme. Je ne supporterais pas qu'il m'en croie velléitaire. Je le foudroie du regard, l'électrise avec mes paroles tonnantes. Son cellulaire est dans la paume de ma main moite,-j'ai toujours eu plus de sueur aux extrémités des membres-, en partie protégé par mes doigts qui le tienne sur toute sa structure. Cependant, mon bras est tendu à son apogée et je n'aurais aucun mal à lui faire subir le poids de la gravité ou à établir un nouveau record de lancée, la porte de ma chambre déjà entrouverte.

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Numa Maggiorano
Jeu 1 Aoû - 13:51




Dolores & Numa
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Numa était déjà en train de répondre qu'il n'était pas un mur, et que par conséquent, on ne pouvait pas parler à un mur. Ses doigts s'activaient sur l'écran tactile, avec une rapidité déconcertante ; c'était à peu près la seule chose où il ne se montrait pas lent. Il était en train de terminer sa phrase, lorsque Dolores fit à nouveau preuve de toute sa force vocale. Numa se demandait comment ça se faisait que la police n'eût pas encore débarqué chez lui ; ses voisins ne l'entendaient-ils pas ? Parce que pour lui, c'était comme s'il avait un casque avec le son à fond, dès que Dolores hurlait. Il serra les dents sous la douleur dans son tympan. Au final, c'était peut-être lui qui allait finir sourd, non ? Un mal pour un bien, peut-être ? Si ça pouvait l'aider à vivre mieux avec son hypersensibilité au son, pourquoi pas ? Ses pensées partaient dans tous les sens, tant il trouvait la situation absurde. Pourquoi s'exprimait-il autant à crier ? Quel était le but ? Avait-il juste peur que personne ne l'entende ? Et pourquoi ? Pour ne pas être invisible ? Pas besoin d'avoir peur de ça, avec sa tignasse et ses airs de lions — oui, un félin, ça lui ferait les pieds !

Oups... encore raté. Les relations sociales, leurs interprétations, c'était comme s'il essayait de taper sur des touches en ayant les yeux bandés. Comment pouvait-il autant merder ? À ce point ? Numa avait pensé être gentil en lui proposant ça ; ce n'était pas de sa faute s'il le battait en moins d'une minute sans effort. Dolores n'avait qu'à être meilleure que lui. Il regarda sur le côté, le visage toujours apathique. Il comprend qu'il a dit ou fait quelque chose qu'il n'aurait pas dû, mais il peine à réellement mettre le doigt sur le problème. Sa mère avait passé une partie de son enfance à le traiter d'incapable, à lui répéter qu'il ne faisait jamais d'efforts pour être comme elle voulait qu'il soit, en rajoutant qui lui manquait des cases, et qu'elle aurait avorté si elle avait su que son gamin était handicapé. Est-ce que ça l'avait vexé ? Non. Blessé, oui.

Numa effaça son message, du moins, il essayait. Entre temps, il n'avait pas vu Dolores se rapprocher. Il releva les yeux sur sa bouche, sans réellement saisir ce qui se passait dans la tête de l'adolescent. Comme toujours. Bon au moins, Dolores s'exprimait clairement, sans faire des métaphores idiotes. Numa jeta un coup d'oeil à son téléphone, source de la colère de Dolores. Il tenta de reculer, mais il se fit attraper le poignet. Nonnononononon. On le touche, il ne supporte pas ça. Il a de la poigne, le bougre, et il sent ses doigts s'enfoncer doucement dans sa peau jusqu'à la marquer. Il sait que c'est inutile de se débattre, comme toutes ces fois-là.

Mais la douleur est là, elle s'imprime dans sa chair. Il déteste qu'on le touche putain de merde. Son portable lui fut pris, Numa commença à s'énerver. Habituellement, il ne laissait pas la colère prendre le dessus ; il avait toujours une raison à ce qui lui arrivait. Il n'avait pas le droit de l'être. Parce que...

Son téléphone.

Numa ne semble pas réagir, comme d'habitude, il n'arrive pas à exprimer ses émotions ou à les communiquer. Son corps était crispé, au point qu'il sentait ses jambes s'engourdir, et qu'il tentait de reculer encore en sentant le lit derrière lui. Il pensa d'abord « essaye seulement, j'en ai un autre de rechange » parce que ce n'était pas la première fois qu'on bousillait ses affaires. Mais son cerveau était plus occupé à paniquer parce que Dolores le touchait, à accélérer les battements de son coeur en lui donnant la sensation que sa poitrine allait exploser. De sa main, désormais libre, il tenta d'abord de reprendre son téléphone. Puis il abandonna, en la posant sur le torse de son vis-à-vis pour le repousser. C'était ridicule.

« La-la-la-la-lâche... m-moi... c-c-c-c'est... pa-p-pas... d-d-d-drôle... »

Parce que Dolores riait-il ? Non. Il haussait simplement la voix, jusqu'à lui déclencher une migraine. Numa n'avait pas besoin de réfléchir trop longtemps pour constater qu'il était plus fort que lui, il le sentait sous ses doigts qu'il tendait sur son torse. Il le sentait sur son poignet emprisonné, sa main devenait d'ailleurs plus blanche. Il commençait à gesticuler et à se frustrer de la situation, il tentait de repousser quelqu'un de plus fort et de plus lourd que lui. Au moins, il avait cessé d'abandonner, même si sa peau en train de frotter contre celle de Dolores le brûlait. Peut-être le sentirait-il, hein ? La finesse de son poignet, sa chair fine, la cicatrice nette juste au creux. Son os saillant, sa main en train de trembler sur son torse. Peut-être même allait-il s'en servir pour se moquer de lui. Non. C'était sûr.

Numa changea d'avis, et plutôt que de perdre son énergie à faire ce qu'il pouvait pour le repousser, il entreprit de défaire chaque doigt en train de le tenir. Il tira sur l'index, puis sur son poignet. Pas de supplications, pas d'excuses. Comment pouvait-il deviner ce que Dolores avait en tête ? C'était quoi ce regard ? Comment l'interpréter ? Il perd son sang-froid, ça se voit dans ses gestes de plus en plus chaotique. Un coup il essaye de récupérer son téléphone, de l'autre de se défaire de l'emprise sur son poignet, puis de le pousser. Il va même jusqu'à tirer sur son bras tendu pour voir. Dolores peut-il au moins faire semblant ? Non. Non. Et finalement, Numa perd patience pour de bon. Il a trop mal pour ça. Il tira donc de toutes ses forces sur son poignet pour se dégager, ses jambes butèrent contre le lit. Il tomba en arrière sur le matelas en emportant l'autre gamin avec lui.


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Dolores Noguchi
Sam 3 Aoû - 3:31
C'est simple, tu pousses la fucking porte et tu rentres, damn !
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Ca m'amuse de le voir à mes pieds, je sais que je le domine large sur le plan physique, c'est un bon moyen pour lui foutre la pression et d'obtenir ce que je veux. D'aussi longtemps que je me souvienne, les situations et leurs conséquences ont plus ou moins fonctionné selon mon degré d’amabilité. Dans mes annales du collège, j'avais un camarade que j'adorais titiller, il répondait toujours à mes provocations par une invitation au calme, m'apaisant en se vautrant presque au sol, le visage rubicond. J'aimais cette époque et j'avais aussi ma tête de turc au lycée. Nonobstant, cette année, c'est différent. L'ambiance est au travail intensif et ce n'est pas plus mal, puisqu'elle me permet de maintenir mes résultats scolaires sur une ligne constante, pendant qu'on prouve tous ce qu'on vaut autant dans la théorie que dans pratique. Je suis d'ailleurs plutôt bien classé, mais je ne fournis pas autant d'activité neuronale, pas autant que ceux en lice et je m'alarme pas, puisque ne rien faire et être haut dans la hiérarchie permet de prouver que je suis compétent, instruit, alors que faire des efforts pour arriver au résultat identique, attestera de ma faiblesse intellectuelle.

« Lâ-Lâ-Lâche c'est pas... pas drôôôle. »

Le gouaillais-je en lui poussant l'épaule avec mon articulation inférieure. Le parodier était l'une de mes activités favorites, il faut dire que ses réactions folâtres et parfois imprévisibles eurent le don de m'attiser un piquant qui m'alimente. J'aime les relations sociales parce que tout le monde à quelque chose de différents à raconter, mais lorsque ce qu'on me relate ressource mon quotidien, m'abreuve de nouveauté et me surprends, je poursuis d'arpenter ce sentier. Je hais la routine et tout ce qui est poncif. Alors Numa, avec sa petite main qui joue du trampoline contre les ressorts de mes muscles, ça me fait exprimer un rire gras, coulant directement de mon œsophage et passant la frontière de mes lèvres.

Inopinément, je sens mes phalanges se dérouler une à une, elles sont contraintes par une masse annexe. Instinctivement, ma tête se penche, je pointe mes oreilles vers l'avant, intéressé parce qu'il avait prévu de faire ensuite. Numa est trop prolixe dans sa gestuelle, j'aurai déjà pu fissurer son cellulaire au moins dix fois avant qu'il m'atteigne, mais j'aime laisser l'équivalent d'une mèche de bougie symbolisant l'espoir dans ses yeux avant de lui ruiner, soufflant dans la lueur de ses prunelles pour les ternir.

Je sens qu'il tire sur mes muscles, mon épiderme, qu'il cherche une accroche afin de reconquérir son objet. Ne comprend-t-il pas que j'ai l'opportunité, à chaque instant, d'user de ma vitesse de réflexion pour activer toutes mes ampoules menant à l'action et de le jeter ? Me sous-estime-t-il de plus bel ? Pas question. Je n'ai même pas le temps de donner un avertissement par le ballet de la corporelle ou authenticité de ma locution, que nous sommes soudain tous les deux emportés par sa propre chute. Je comprends pas ni comment, ni pourquoi je suis entraîné avec lui. Les choses ont roulées incessamment, je n'ai pas eu le temps de ciller ou de prendre une dernière inspiration qu'en mouvant doucettement mes paupières, un peu sonné, j'analyse mon environnement. On est sur mon lit, ce dernier accolé contre le mur. Au-dessus de nous, une poutre dissymétrique peinte en vernis, menace de nous assommer si on se redresse trop vélocement. J'y ai inscrit quelques inscriptions au cutter : Le nom de mon meilleur ami notamment, il a greffé sa griffe également. Le nom de mon chien apparaît, celui de mon groupe, celui de ma mère et quelques jurons que j'ai taillé pour m'apaiser.

Assis, à moitié avachi, je me retrouve à califourchon sur lui. Mon fémur frôle son ventre pendant que mon genou, à l'extérieur, peut contrôler sa main. Dare-dare, je m'empresse de la mettre sous mon articulation et de presser, encore et encore, à l'instar de la préparation de mon jus d'orange fait main, cueillit avec les fruits d’Espagne mûri au soleil. Le faisant ensuite prisonnier de sa partie gauche, je m'affaire à lui bloquer le poignet pilote avec ma main droite, m'allongeant maladroitement sur son dos, faut dire que je ne suis pas très droit et lui non plus. Ce n'est pas malin d'avoir atterri sur le ventre aussi.

« Héhéhéhé. »

C'est plus fort que moi, ça m'a mis plutôt de bonne humeur cette chute. Le dénouement me donne l'envie irrépressible de jouer à la bagarre. C'est enfantin comme activité, mais ce n'est pas envisageable autrement. Le petit Numa est sous mes cuisses. Sans tarder, je jette son portable contre le sol, pas dans l'intention de l'éclater puisque mon mouvement était dirigé, paume vers le bas.

« Baron, garde ! »

Je lui ordonne pendant que mon ami fidèle fait bouclier de son corps en engloutissant le portable de parcelles de son corps. Je pivote de nouveau sur moi-même pour ne pas lui laisser l'occasion d'effectuer une attaque surprise, technique basée sur la ruse mais aussi sur la chance que je n'apprécie guère. Avec moi, c'est au corps-à-corps ! Pas de distance.

Mes mains moites viennent se coller contre ses joues et plutôt lentement, je lui charge mon poids contre ses cervicales, lui roulant la tête dans les couvertures qui hume surement le chacal. Puisque je transpire beaucoup, surtout la nuit, les dernières particules humides narguent toute sa chair.  

« Allez, va-y aspire, nettoie mes draps comme une serpillière, c'est bon hein ? Héhéhé ! »

Faudrait que j'arrête les comparaisons, il ne les comprend pas, mais là clairement, c'est plus fort que moi, quand je le taquine ou que j'en fais mon esclave, au choix, j'aime bien me servir de sa condition et l'humilier en lui trouvant une fonction digne de son rang.

« Que... Qu'est-ce-qui se passe ici ? Dolores ? »

Cette voix trébuchante, oscillante, qui tergiverse, qui s'exprime et qui m'hérisse les poils de la nuque à chaque fois qu'elle ose s'aventurer dans mon champ d'audition.

« DÉGAGE VIEUX CHNOCK !!! »

Ma chambre. Mon territoire. Mes règles. On était d'accord, bordel ! Qu'est-ce que mon vieux fait dans ma piaule ? Je n'en veux pas à Baron de ne pas m'avoir alerté, il avait déjà une mission. Mais l'autre homme décrépit qui se ramène, plus tôt que prévu en plus. D'ordinaire, il enchaîne les heures supplémentaires, m'aurait laissé seul le soir si je n'avais pas récupéré mon canidé, c'est également pour cette motivation qu'il avait acheté ce morceau plastique. Il ne me fera pas gober que c'est le fruit du hasard qui l'a mené dans mon verger, parce qu'à défaut de jardiner, il va débroussailler les herbes et les ronces.

« S'il vous plait, pas de bagarre. S'il te plait Dolores... »

Je grogne. Il a dressé ses mains en signe de paix et je vois clairement dans son attitude, dos arrondis et yeux qui tendent à regarder le sol comme un vieux refuge, qu'il essaye de me convaincre de laisser mon ami respirer. Ce vieux homme s'étiolant n'a aucune vitalité, aucune volonté, il ne croit même pas au chemin qu'il emprunte, ça me courrouce. Zéro crédibilité et il pense que je vais obéir docilement ?

J'arque mon majeur. Il fait les yeux ronds, tâte à s'approcher. Il est con mais pas suicidaire. Alors il attend. Intarissablement. C'est peut-être le seul truc qui sait faire.

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Numa Maggiorano
Sam 3 Aoû - 13:39




Dolores & Numa
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Tu ne diras rien, n'est-ce pas ? C'est notre petit secret. Notre petit secret. Notre petit secret. Notre petit secret.

Il y a des choses enfouies, profondément, enracinées ; on a beau faire tous les efforts du monde pour les effacer, elles finissent par refaire surface. Parfois, il suffit de pas grand-chose, un geste amical sur l'épaule, jeter un coup d'oeil sur un couteau en céramique exposé dans une vitrine de magasin. D'autres fois, ce sont des situations similaires. Un policier qui te plaque au sol, la sensation d'étouffement s'étendant dans les membres. La simple idée de se savoir prisonnier. Un peu comme là, en réalité. Si au début, Numa se défend, gesticule et fait ce qu'il peut pour empêcher Dolores de le toucher, il abandonne. Non pas parce qu'il sait que c'est inutile, mais parce que les souvenirs remontent. Sa respiration était hachée, son coeur tambourinait contre sa poitrine, jusqu'à écraser les sons dans ses tympans. La douleur sur sa peau. Le contact physique, en dehors de la peur que ça recommence, restait dans sa chair. Quand sa mère le prenait autrefois dans ses bras, c'était comme si elle avait sur elle un million d'aiguilles, alors que son enveloppe à lui n'avait rien pour se protéger. Une étreinte, et voilà que ces aiguilles se transféraient sur lui, et restaient douloureuses.

Numa tentait de respirer, mais sa respiration erratique devenait de plus en plus sifflante, au fur et à mesure que les bouffées d'angoisse remontaient. Son estomac était serré, la nausée se gonflait dans son ventre. Il se répétait, inlassablement de ne pas faire de meltdown, de ne pas paniquer. Il savait que c'était de sa faute, c'était toujours de sa faute. Il ne fallait pas que son cerveau court-circuite, il devait rester conscient ; ça serait forcément pire si ça arrivait. Tu ne diras rien, n'est-ce pas ? C'est notre petit secret. Notre petit secret. Notre petit secret. Notre petit secret. Toutes ces fois-là, à attendre que ça passe, comprendre que se débattre était inutile. De toute façon, elle lui avait demandé d'être gentil avec lui, de faire des efforts pour s'adapter. D'accepter les câlins, ne pas le repousser, le considérer comme son père. Faire comme si c'était le cas, faire comme si Numa l'appréciait. Ne pas avoir peur. Penser d'abord que les mains sur les cuisses, c'est normal. Ne pas pouvoir crier quand son corps le pousse sur le côté, l'écrase. Ne pas parvenir à parler, ni pleurer, ni crier. Ne rien exprimer, comme d'habitude. Être apathique. Il ne doit pas perdre connaissance, que se passerait-il sinon ? Son corps tremblait, il était en sueur, et glacé pourtant.

Comme avant. Leur petit secret. Personne ne saura rien. Et puis, ne rien dire, c'est consentir, non ? Ne l'avait-il pas un peu cherché lui aussi ?

Bam. Bam. Bam. Son coeur lui était douloureux, il avait mal au crâne. Ses yeux bougeaient dans tous les sens, vers la porte, vers le plafond. Il entrevoit le père de Dolores, qui ne bouge pas et attend. Ce n'est pas grave, il a l'habitude des témoins qui n'interviennent jamais. Pas de meltdown. Pas de meltdown. Numa se concentrait sur les détails qu'il avait, comme le nombre de t-shirts qu'il dénombra d'un coup d'oeil. Il répertoria mentalement les différentes couleurs, les classa. Le rouge avec le rouge, le bleu avec le bleu. Six ans auparavant, c'était comme ça qu'il avait fait lorsqu'Edwin l'avait plaqué sur son lit, après avoir fermé la porte à clef. S'accrocher à des petits détails. Sa main sur sa bouche, au cas où, il crierait. Mais il n'avait pas crié. Il n'avait pas compris d'abord ce qui allait se passer.

Ne rien dire, c'est consentir, non ? N'était-ce pas un peu de sa faute ?

Le plus absurde, c'était que Numa savait plus ou moins le genre de réactions que Dolores exigeait de lui. Des types comme ça, il en avait croisé pas mal à l'école. Cependant, il n'était pas capable de lui offrir ce qu'il cherchait. Le faire hurler ? Sa voix était bloquée dans sa gorge, et bientôt, il ne serait plus en mesure de communiquer. Déclencher une crise de rage ? Le faire s'époumoner, et rire de lui ? Il avait appris à se contenir, masquer tout ce qui n'allait pas. La colère, c'était bien lorsque c'était justifié. Mais lui, ça ne se justifiait jamais ; c'était de sa faute. Qu'est-ce qu'il les hait, les gens, avec leurs banalités, leurs questions, leurs règles de politesse. Numa serra les dents. Il avait pu voir combien de t-shirts rouge, bleu, etc Dolores avait de dispersé dans sa chambre. Il répéta leurs nombres en boucle dans sa tête, mais ça n'aidait pas sa respiration à se calmer. Avec les bouffées d'angoisse, qui arrivaient en raz-de-marée contre sa raison, il ne faisait que subir. Prisonnier de sa propre enveloppe. Qu'est-ce que Christina aurait fait dans sa situation ? Son intelligence artificielle aurait probablement pris les commandes, et elle aurait frappé Dolores.

Quel intérêt de faire ça, franchement ? Pourquoi en souriait-il ? Ça le rendait heureux ? Numa peinait à décrypter ses émotions. Une fois, un professeur lui avait balancé qu'ils agissaient comme ça pour « rigoler », une autre fois, que c'était par peur. Avec les souvenirs, d'autres remontent. Les articles sur le net, lui permettant de comprendre ce qui lui était arrivé. S'il savait rire, il aurait eu un ricanement sarcastique. Ouais. Il pense avoir compris. Un éclair de génie. Non, c'était un peu comme les idiots sur les forums qui crachaient sur les autres, les incels grondant que les femmes ne voulaient pas d'eux, et l'autre flopée qui ne faisait que les enfoncer. Il a envie de vomir, mais son cerveau est en train de rire. Ses pensées sont caustiques, sarcastiques. Ouais.

« V-va-va-va t-te-t-te faire foutre, Dolores. »

Ça lui semble être une éternité à sortir. Pas de meltdown. Il aurait dû arrêter d'essayer depuis un moment.

« Le... seu-seu-seu-seul... mo-mo-mo-moyen que t'as... c'est-c'est-c'est de-de-de-de faire... ça... hein ? T'es-t-t-t-t-t'es te-te-te-te-tellement... naze sur le-le-le reste... aux-aux-aux jeux-jeux-jeux-jeux vi-vi-vidéos... et tout que c'est le-le-le... la seu-seule chose qui t-t-te fait sentir su-su-su-supérieur ? Ca-ca-ca te-te fait bander, pa-pa-pas vrai ? »

Ce n'était pas pour lui. Tout ça, c'était encore une énième grossière erreur.

« Si-si-si... tu-tu-t'as be-be-besoin d-de-de moi... po-pour-pour ça... c'est-c'est-c'est... pa-pa-pathétique. Si-si-si tu-tu-tu veut traîner a-av-a-avec m-m-m-moi... pour te-te-te sen-sen-sen-sentir su-su-supérieur... c'est-c'est fran-fran-franch-franchement n-n-nul. »

Ce n'était pas parce qu'il bégayait qu'il avait un filtre pour autant. Peut-être qu'au fond, il avait envie de vraiment le blesser. Il ne se l'avouait pas.

Et pourquoi c'était à lui de faire des efforts, hein ?

« Je-je-je-je su... suis pa-p-pas... t-t-ton jo-jo-jouet... ni... to-to-ton écu-écu-écu-cu-reuil... »

Ami ? Il ne savait pas ce que c'était au fond.

Et que risquait-il, au final ? Un coup de poing ? Se faire virer à coups de cris ? Ce n'était pas grave, Numa était préparé. Il ferait avec, il avait l'habitude.


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Dolores Noguchi
Mer 7 Aoû - 23:49
C'est simple, tu pousses la fucking porte et tu rentres, damn !
ft. numa


Parfois, j'ai du mal à comprendre Numa. Les choses ont toujours été simples avec moi. Je suis sans filtre, je dis ce que je pense au moment où je le ressens et mon interlocuteur est automatiquement réceptif, puis le reste s'enchaîne. Toutefois, avec lui, c'est comme s'il manquait une liaison dans ce schéma si sommaire. Une corde qu'on scinde à l'aide d'une pointe acuminée et que certains tentent de la séparer en un nœud solide. Peut-être même qu'il essaye lui-même. Ca n'est impossible de comprendre. Si irrecevable, que c'est comme si un insecte essayait de me déchiffrer, moi.

Je le chevauche et garde l'avantage, mais lorsque ses lèvres se déploient pour laisser sortir un son qui m'est pratiquement inconnu, je me penche davantage sur lui, collant mon ventre contre son dos, pour comprendre chaque articulation prononcée de ses pauvres organes de phonation qui rentrent visiblement de vacances et commence leur boulot dans un débit faible. C'est bien la première fois que je patiente autant pour que quelqu'un finisse sa phrase. D'ordinaire, je n'aime pas les gens qui marmonnent dans leur barbe ou qui n'osent pas parler, pensant sans doute que les autres n'en valent pas la peine et qu'il faut mériter la gratification de leurs mots.

Il est salé dans le fond, mais la forme avec ses balbutiements, le décrédibilise complètement. Alors pour le provoquer encore un peu, j'hoche la tête à mesure qu'il peine à pondre une syllabe. C'est lent. Tellement prolixe que parfois je finis ses phrases à sa place et à voix haute.

« Ca te fait bander pas vrai ? »

Attends, il a dit quoi là ? Mes pupilles se rétractent instantanément et deviennent des billes filiformes. Il a vraiment osé affirmer ce que je crois avoir enregistré ou est-ce qu'il a arqué ses décisions vocales en fonction des miennes ? Ma glabelle s'amenuise à mesure que je fronce les sourcils. Personne n'a le droit de me parler comme ça ! Je démarre au quart de tour, c'est comme ça avec moi, explosif en plus d'être spontané.

« Bien-sûr que je suis supérieur à toi et je n'ai pas à le prouver ! Mais ne mélange pas tout, ça, ça s'appelle un jeu ! Faut-il vraiment tout t'enseigner ? »

J'en reviens pas, je suis consterné. Le mec s'énerve vraiment parce que je lui ai mis la tête dans les draps ou est-ce que je suis aussi inefficace que lui pour appréhender les comportements et pensées introvertis de mes interlocuteurs ? C'est ce moment que mon paternel décida de trancher, intervenant dans une tentative tourmentée, me sortant plutôt valablement de mon introspection.

« On va se calmer un peu tous, ok ? Dolores ?... »

Question ouverte. Erreur. Avec ce genre de solution, c'est comme si j'avais plusieurs sorties dans un labyrinthe, contre-productif en plus d'être complètement débile. Les interventions du father sont plates donc je décide encore une fois de l'ignorer et de me concentrer sur mon écureuil. Sa voix est plutôt bizarre maintenant que je commence à m'accoutumer à la recevoir. Poussiéreuse, à l'instar d'un bouquin antéviluvien mis au rebut sur une étagère, chevrotante comme un faon tâtant le monde de ses sabots juvéniles, son grand final ne m'achève pas, au contraire, ça me fait rire et je lui répète le nom vernaculaire de ce petit rongeur de la forêt pour le piquer de jure.

Je garde la paume de ma main contre la nuque de mon joujou pendant que je réponds à mon père, mon index pointant le sol. Impératif immédiat.

« Ta gueule toi j'ai dit !!! »

C'est mon issue, le chemin que j'ai choisi puisqu'il me laisse un panel d'option considérable. En revanche, je ne m'attends pas à ce qu'il envoie l'autre morceau de plastique me déloger de mon pote. Il a une télécommande qui permet de la contrôler à distance quand moi je la mets en veille ou lorsqu'il veut bénéficier de ses services à longue portée qui a tout de même ses limites, dans un rayon de cinq kilomètres.

Je sens rapidement mon corps quitter celui du rouquin et je tente de m'harponner à ses fringues pour résister à cette force vectorielle qui m’entraîne, mais l'objet mécanique à plus de puissance que moi et elle me jette sur ses épaules. J'agite mes pieds, je mets des coups de poings, bilieux. Je sens bien que mes actions n'ont aucune conséquence parce qu'elle ne cilla pas. Elle se contente simplement d'obéir bêtement à l'ordre que mon connard de paternel lui a assigné. Franchement quitte à se payer le luxe d'acheter une androïde pourquoi avoir pris le modèle lost cost ?

Lorsque nous quittons la pièce, ma porte vacille encore, en deux temps, et je peux apercevoir dans l’entrebâillement que le décrépit binoclard tente de progresser graduellement dans la direction du rouquin à mesure que la ménagère m'amène je-ne-sais-où. Crois-moi que je vais remonter les marches quatre à quatre quand mes pieds pourront de nouveau goûter la texture du sol !

« Je suis désolé pour Dolores... Est-ce que tout va bien jeune homme ? »

L'homme s'approcha doucettement de la victime aplatie contre le lit du fauve. Ses gestes furent calculés, comme s'il avait conscience qu'un brusque mouvement pour l'apeurer. Après tout, à côtoyer un garçon régulièrement comme son fils devait avoir aiguisé ses réflexes.

« Il est gentil d'habitude, juste un peu... turbulent, il ne faut pas lui en vouloir, ce n'est pas souvent qu'il peut côtoyer du monde qui le eum... supporte sur le long terme. Mais il est beaucoup plus calme avec toi... »

Semi mensonge noyé dans une demi vérité.

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Numa Maggiorano
Jeu 8 Aoû - 14:19




Dolores & Numa
We Happy Few

Un jeu ?

Numa écarquilla les yeux. Un jeu. Vraiment ? Bon sang. Un jeu comportait des règles, des bases visibles, chaque personne devait adapter son comportement selon la progression. Un jeu, c'était un écran avec un personnage. Un jeu, c'était une partie d'échecs. Mauvaise définition ? C'était peut-être ça le coeur du problème. « Ce ne sont que des jeux d'enfants, il n'y a pas de soucis à se faire, Monsieur » avait-on balancé une fois à son beau-père, lorsqu'on l'avait chopé dans le couloir du lycée. C'était épuisant, les humains étaient épuisants. Esprit logique, pragmatisme constant, tel un ordinateur qui renvoyait une erreur dès que quelque chose de nouveau et d'incompréhensible rentrait dans le code source. Données préétablies, un script envisageant toutes les possibilités. Mais ça foirait à un moment donné. Toujours. Comme s'il manquait quelque chose d'important à sa compréhension. Et ça devenait le chaos, la logique et le pragmatisme se faisaient balayer d'un revers de la main par les angoisses. Pensées discontinues, avalanches d'émotions. Pas de pause. Tout s'enchaîne à une vitesse folle, on dirait que son cerveau a appuyé sur l'accélérateur et que ses sentiments défilent trop brutalement, droit dans le mur sans qu'il puisse ne rien y faire.

Dolores était plus fort, Numa ne comprenait pas l'intérêt de le lui rappeler. S'il avait été subtil, s'il avait un peu plus de compréhension dans le coeur humain, il aurait compris qu'il avait besoin de se sentir supérieur d'une quelconque façon afin de se rassurer. Bam-Bam-Bam. Son coeur tambourinait dans sa poitrine, lui écrasant les tympans ; se sentir enfermé dans sa propre enveloppe, c'était ce qu'il y avait de pire. Il sentait son poids l'écraser, son ventre dans son dos. Puis d'un coup, son poids se défait, et Numa s'en retrouve libéré. Il tourna la tête vers l'androïde en train de soulever le jeune homme, qui était en train de se débattre ; la première chose à laquelle ça lui fit penser, c'était ces vidéos de gamins en train de faire un caprice que les parents ceinturaient. Son dos et sa nuque le brûlaient, sa peau était cuisante, et même après de longues minutes, le nerd continuerait de ressentir sa présence. Les gens ne pouvaient pas comprendre ; une fois à l'école, une fille lui avait demandé pourquoi il était tout le temps aussi crispé dès qu'on le touchait sans l'avertir. Il avait tenté d'expliquer que ça lui faisait mal, physiquement, et elle avait juste trouvé ça bizarre, prétextant que c'était une idée comme une autre pour se différencier.

Numa se redressa, l'air totalement indifférent à ce qu'il s'était passé. Si ce n'était qu'il avait la tête rentrée dans les épaules, et qu'il était crispé. Difficile à voir avec ses vêtements toujours trop larges, quoiqu'il se balançait doucement d'avant en arrière, dans un rythme qui lui était propre, et qui le rassurait. Il se contenta de hocher la tête aux paroles du père de Dolores, il ne savait pas comment réagir, ce qu'il devait répondre, ce que l'autre attendait de lui. Il n'était pas en mesure de parler, mais il avait écouté. Son côté sarcastique, parfois un peu mesquin se demanda s'il devait se sentir mieux d'entendre qu'il était plus calme avec lui, ou s'interroger comment était-il avec les autres. La seule chose qu'il savait, c'était que c'était de sa faute ; ça l'était forcément. Il bégaya quelque chose comme « ce n'est rien, ce n'était qu'un jeu, j'ai été surpris » ; il devait garder les images pour lui. Les souvenirs, passer à autre chose, oublier ce qu'il s'était passé. De toute façon, c'était leur petit secret. Et un secret, on le gardait, non ?

Numa observa les tremblements de sa main droite, la paume ouverte vers le plafond.

Masochisme : Perversion sexuelle par laquelle une personne doit subir de la souffrance physique pour atteindre le plaisir. Si ça avait été réellement le cas, il aurait dû avoir un voir deux orgasmes en quelques minutes, là. Même les dictionnaires ne disaient pas la vérité, tant qu'il y avait une interprétation, c'était faux.

Le jeune homme se releva, il reprit son téléphone, et il écrivit au père de Dolores :

« Ne vous inquiétez pas, vraiment : ) Je comprends comment il fonctionne. Par contre, l'ampoule grésille très fort, elle risque de péter à tout moment. »

Un son à peine perceptible pour les gens, mais pas pour lui. Il lui montrait l'écran de son téléphone, et il attendit que Monsieur Noguchi termine de lire pour quitter la chambre avec son sac à dos.

Il devait faire des efforts pour s'adapter. Toujours. Il pensait s'en être bien sorti, il avait mis un smiley et tout pour montrer que tout allait bien. Les interactions humaines étaient un cirque social, toujours bien paraître, toujours sous-rire. Numa ouvrit son sac à dos, il respirait péniblement. Les coups de chaleur, les sons trop forts. Sa propre respiration, son sweat qui le démangeait parce qu'il avait encore, dans sa chair, la sensation des mains moites de Dolores et de son poids dans son dos. Les sons extérieurs avaient augmenté de volume, son épiderme réagissait à trop de stimulus, comme le poids de ses vêtements. À force, il reconnaissait les signes. Il prit une bouteille d'eau, une boîte de médicaments. La seule chose d'ailleurs qu'il n'avait pas en double, afin de ne pas sur surdoser dans les épisodes où ça n'allait pas. Anxiolytique pour contrôler la bouffée d'angoisse ; pas la peine de jouer les héros et de repousser l'échéance. Numa capitule.

Il se sent désemparé et fatigué. Pourtant, quelque part, il est satisfait d'avoir su répliquer. Un bon point à mettre dans son carnet, Goodman serait fier. Mais Goodmen était tellement à l'ouest qu'il l'entraînait sur les mauvaises pistes. Un jour, à cause de lui, il serait capable d'oublier ce qu'Edwin lui avait fait, et se persuader qu'il l'avait poignardé par jalousie. Parce que son psychiatre expliquait son geste par son OEdipe mal réglé ; selon lui, c'était parce que sa mère n'avait pas été assez démonstrative avec lui durant les trois premières années de sa vie. Sauf qu'il n'avait jamais autant aimé sa mère depuis qu'elle n'était plus dans sa vie.

Bon.

Quel comportement adopter ? Être soi-même, ça ne marchait pas trop. Il avait l'impression d'être une mouche, prise dans une gigantesque toile d'araignée, lorsqu'il s'agissait de débattre avec autrui. La peur du jugement, les mêmes schémas qui se répétaient en boucle. Peut-être n'avait-il pas besoin de s'en faire, hein ? Numa songeait SÉRIEUSEMENT  à noter toutes les réactions de Dolores, les rentrer dans un script sur son ordinateur, afin de maximiser ses relations avec lui et de ne plus faire d'erreur. Dans la vie réelle, quand on se trompait, on ne pouvait pas revenir en arrière. Il fixait son téléphone, puis il se décida. Qu'est-ce qu'il y avait de gênant à devoir lire ce qu'il exprimait sur un écran ? Pourquoi exigeait-on qu'il s'adapte en permanence quand les autres ne faisaient pas l'effort de le lire ? Non. C'était à lui de faire plus. Là, il marchait sur des oeufs ; image mentale qui le faisait grincer des dents, parce que ça lui faisait un peu de peine de voir une coquille fissurée. En plus, Monsieur Noguchi lui avait mis la pression.

Numa clapota plusieurs fois ses messages, qu'il effaça plusieurs fois. Il n'avait pas le droit à l'erreur. Il se creusait vraiment la tête - quand bien même selon lui ça serait douloureux.

« On va le chercher ce matelas ? Que je puisse te mettre la raclée sur Call of ? »

Envoyé.

Quel crétin, Numa ne savait pas comment Dolores allait réagir. Il allait le prendre mal, forcément, les gens n'aimaient pas la franchise.



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Dolores Noguchi
Mer 21 Aoû - 23:29
C'est simple, tu pousses la fucking porte et tu rentres, damn !
ft. numa


Je ne supporte pas cette position. Son bras est enlacé autour de ma taille et en dépit de mes coups de poing contre son dos en acier ou mes coups de talon contre son poitrail, l'androïde bronche à peine, lorsqu'elle le fait, j'ai la sensation que c'est juste pour me faire plaisir ou qu'elle recharge ses batteries par le biais d'expressions, rendant son modèle réaliste par la conception imaginative des ingénieurs. Mais moi aussi je suis intelligent ! Loin d'avoir l'inspiration fertile, une idée serpente le couloir de ma matière grise afin que la base centre mes idées et les transpose en paroles :

« Tu me serres trop fort !!! »

Évidemment, c'est loin d'être le cas, mais si les robots sont si prévisibles, c'est parce qu'ils sont programmés, conditionnés pour suivre une ligne directrice et la principale évoque qu'en aucun cas, un androïde ne devra nuire à un humain de quelque façon que ce soit et que, si un ordre donné entrait en contradiction avec cette règle, l'intelligence artificielle devra expressément s'assurer de la sécurité de l'humain.

Ma plainte a sillonné son canal auditif en circuit, puisque je vois son œil mécanique couler dans ma direction et instantanément, elle abandonne partiellement sa mission et je sens la pression autour de mes reins se libérer. Dans la seconde même, j'appuie mes mains sur sa tête et bondis par-dessus son épaule.

Lorsque j'atterris sur le parquet, mes paumes s'écrasent dans un fracas explosif, pendant que je m'extirpe à temps de sa risposte pour grimper les marches quatre à quatre, hurlant le nom de l'écureuil :

« NUMA !!! »

***

Monsieur Noguchi prenait ses précautions. Son fils avait toujours été difficile et ce, depuis la maternelle. Turbulent mais néanmoins sociable, sa petite tête blonde était le bourreau de ses camarades. Sans nul doute que si, lui-même enfant aurait rencontré Dolores dans une autre temporité, il n'aurait jamais pu suivre ce garçon hyperactif. Cela dit, même dans cette réalité, le comprendre se résumait à apprendre une autre langue sans les bases nécessaires pour la pratiquer.

Alors que le camarade de son fils déroula son bras dans sa direction pour lui montrer le contenu de son message, la partie qui concerna ce dernier le fit sourire intérieurement. L'idée qu'un être humain aussi calme puisse supporter ce magma perpétuellement en chute libre, le rassura. Au moins, Numa pourrait l'aider à ne pas mal tourner contrairement à ses autres amis de sa tempe comme Karma ou Milan qui, à son sens, se montraient potentiellement dangereux. Le rouquin était bien le seul, dans le cercle ouvert de son fils, en qui il avait confiance.

« L'am... L'ampoule tu dis ? »

Levant son menton en direction du plafond, la boule incandescente au filament métallique brilla d'un éclat uniforme. Rehaussant ses lunettes sur l'arête de son nez, le reste de ses doigts se dressèrent dans le même mouvement.

Elle avait l'air en pleine forme cette ampoule. Puis Dolores n'accepterait pas qu'il lui change, préférant effectuer ce genre de tâche lui-même, prônant pour son indépendance la plus totale dans son royaume hispanique de sueur et de relief de déchets.

***

Avec frénésie mes muscles se déroulent à mesure que mes jambes s'articulent sur chaque palier de bois par paires de deux. Plantant mon talon contre le battant mobile, ma respiration s’accélère, mes yeux s'écarquillent pendant que mes poings forment une sphère de phalanges prêtes à l'assaut et mes cheveux en bataille annoncent clairement le tempo.  

J'attends sa reddition qui se traduit par la situation du matelas. Il est présent, face à moi, refermant son portable. Ce geste significatif déclenche un vibrement à plusieurs fréquences dans ma poche antérieure. C'est bon, j'ai compris ce que tu veux sale nerd, mais là, je ne viens pas pour mon m'occuper de toi, je ne viens plus pour m'occuper de toi -enfin pour l'instant- mais de mon paternel qui est là et qui te parle. Bon sang, il ne peut pas se mêler de ce qui le regarde lui aussi !

Faisant trembler le sol en m'avançant lourdement vers le moustachu, je le contourne, presque bossu, pour le pousser en claquant mes mains contre son dos sujet à lumbago.

« Dégage de ma chambre toi, tu n'as le droit d'être ici !!! »

À mesure que je me sers de la puissance de mes genoux pour exercer la traction de mon geste par les épaules, je le vois pivoter ses cervicales et tenter des explications timorées. Faisant la sourde oreille en noyant ses justifications par mes signaux sonores à hauts décibels, je le reconduis à l'extérieur de ma piaule à l'instar d'un étron coincé dans ma raie. Claquant le battant mobile avec une puissance colossale que je ne me suis jamais conjecturée, elle effectue pourtant un demi-tour laissant s'évanouir mon tissu brodé des couleurs du drapeau espagnol, simple décoration de porte, faite-main, qui a mal élu son domicile. Instantanément, je le ramasse et je tourne le dos à ce qui me sert de père. La distordant dans la paume de ma main moite, je la balance sur mon lit et les fibres de l'armature en tissu s'harponne tout juste contre la couette, le maintenant momentanément dans une position obliquée.  

« QUANT À TOI, JAMAIS TU NE ME BATTRAS SUR CALL OF, TU M'ENTENDS !!! C'EST MOI QUI T'ALIGNE !! MOI, MOI, MOI, MOI !!! »

J'approche mes mains de sa tête et l'une entre-elle, dissidente, envoie brasser l'air d'un revers lui explosant son cheminement dans sa figure. Ca lui apprendra. Je profite même que sa tête soit suffisamment basse pour lui asséner un coup dans le menton avec mon genou, en guise de seconde peine.

« ALLEZ SALE NERD, LE MATELAS NE VA PAS SE MONTER TOUT SEUL !! »

J'emprunte les escaliers droits sans me soucier s'il m'accompagne ou non, la seule chose dont je sois sûr c'est que Baron, lui, est toujours à mes côtés, remue fidèlement son balancier. Il faut sortir à l'extérieur pour contourner un pan de la maison avant de rencontrer la porte principale qui coulisse dans un mécanisme unique. J'active donc la commande via un pavé tactile transportable et la lourde porte s'enroule sur elle-même. L'éclairage automatique s'active et filtre une petite gerbe de lumière qui se diffuse ensuite dans l'ensemble de la surface.

Contre le mur, à demi affaissé, un matelas "une personne" semble presque baisser la tête entre deux doubles mentons en coton. J'attrape la hanse qui est cousue sur son versant et le coulisse sur mon dos en le stabilisant avec ma main libre par les pieds. Baron me colle mais il reste toujours à bonne distance à chaque fois qu'il me voit effectuer une tâche.

Remontant à l'étage, j'étale le rectangle de mousse à côté de mon lit et m'y assieds en tailleur dans le même mouvement.  

« Va chercher les manettes, que je t'explose ! »

Mon index donne la direction. Il sait se servir d'une console de toute façon et je ne suis pas hyper conservateur avec mes effets personnels, puis, bon, lui, ce n'est pas le genre de type à salir ton tapis ou casser ta vaisselle. C'est le genre de type qui dépoussière ton tapis et lave ta vaisselle justement !  


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Numa Maggiorano
Jeu 22 Aoû - 12:40




Dolores & Numa
We Happy Few

Le cri de Dolores se noya dans le flot d'informations que Numa recevait, tel un ordinateur surchargé de requêtes. Il ferma les yeux, il releva la tête vers l'ampoule, et à la question — c'en était une ? — de Monsieur Noguchi, il lui écrivit et montra son écran :

« Oui. Elle grésille dans un intervalle de deux minutes et trente-deux secondes. C'est une moyenne. »

Ça faisait partie des choses sur lesquelles il s'était concentré, quand son hôte l'avait plaqué contre le lit. En classe, ce genre de détails l'avait rendu ingérable. À l'école primaire, il s'était fait réprimander un bon paquet de fois, parce qu'il lui était arrivé de se lever, et d'éteindre les lumières, pour mettre fin aux parasites sonores. Ce n'était pas facile à expliquer, et ses professeurs avaient souvent cru qu'il était un enfant manquant d'attention. Ce n'était pas totalement faux, mais ça ne rentrait pas en ligne de compte. Dans tous les cas, le rugissement de Dolores avait été perdu, ignoré par son cerveau, si bien qu'il manqua la crise cardiaque quand il le revit débarquer et fondre sur son père. Numa observa la scène, les sourcils froncés, comme s'il était en train de scruter une pièce de théâtre contemporaine, passant sur les chaînes telles que Arte. Monsieur Noguchi balbutiait plus qu'il ne communiquait avec son fils, qui était en train de grogner davantage, et de le virer de sa chambre.

Numa se contenta de reculer d'un pas. Déboussolé, et apathique, constatant encore une fois qu'entre Dolores et lui, il y avait un fossé. Ou bien ils étaient deux faces d'une même pièce, l'un tellement calme et névrosé qu'on se demandait s'il avait un cerveau, et l'autre, si explosif et colérique qu'on se demandait s'il réfléchissait. Il tressauta devant sa virulence, sans pour autant la lui reprocher. Les gens étaient comme ils étaient après tout, et il se considérait mal placé pour reprocher ça à Dolores. Surtout avec sa déficience.

Dolores pivota sur lui, Numa sut maintenant qu'il était le centre de son attention. Il avait compris que lorsque Dolores hurlait, jusqu'à s'en brûler les poumons, c'était que ça n'allait pas. Cependant, il criait tellement souvent qu'il se demandait si ça allait, en général. Il plaqua la main sur son oreille, en la sentant bourdonner ; le simple résultat des interférences, entre ses cris, la lampe qui grésille, et son coeur battant à la chamade. Ils étaient démesurés, chacun à leur façon. Numa rentra la tête dans les épaules, et il releva la tête uniquement en le sentant se rapprocher, il tente un sourire ; chez lui, sens du malaise... Avant de se manger un coup en pleine poire. La main de Dolores siffla dans l'air, et s'écrasa sur sa frimousse rousse, alors que sous le choc, il se baissa. Ni une ni deux, un coup de genou dans le menton. Ses dents s'entrechoquèrent, pendant qu'il recula, et se cassa la gueule. En temps normal, il avait un mauvais équilibre, et percevait difficilement son corps dans l'espace ; par exemple, il lui arrivait de se renverser de l'eau sur lui, lorsqu'il en buvait, simplement parce qu'il situait mal sa bouche. Dans tous les cas, Numa fut quelque peu sonné.

Sa tolérance à la douleur était relativement élevée, mais un coup dans les dents.... Il gardait son visage inexpressif, et il n'eut pas trop le temps de suivre Dolores. Il s'était mordu la langue sous le choc, et il saignait un peu. Il cligna des paupières, observant les recoins de la chambre pour tenter de se reconcentrer. Un sifflement vrillait dans sa boîte crânienne, il se redressa, en tailleur et il se balança d'avant en arrière. Se situer dans l'espace, se reconnecter avec son propre corps, et dissiper la sensation de malaise. Entendre Dolores remonter, inspirer, expirer faire semblant d'être normal. Imiter son comportement ? Non, Numa ne pourrait jamais déployer autant d'énergie... peut-être pendant dix minutes, et encore ? Il s'écroulerait de fatigue vite.

Le jeune homme se releva, avec lenteur, il essuya le sang au bord de ses lèvres du revers de son sweat. Dolores jeta le matelas, et il s'y installa. Numa lui écrivit, l'air profondément calme — ce n'était pas trop le cas :

« Un FPS, ça se joue au clavier et à la souris. PAS À LA MANETTE ESPÈCE DE PROFANE. »

Oups. Il avait été un peu trop franc... mais trop tard, Dolores avait eu le temps de le lire. Numa reprit son sac, il attrapa les manettes qu'il déposa avec précaution près d'eux, jugeant leur état en silence. Il pouvait déjà voir la trace des doigts de Dolores sur les touches, dû à la moiteur de ses mains, le gras déposé par son épiderme. Il vérifia que les boutons répondaient bien, il sentait des résistances, comme si Dolores passait son temps à se crisper dessus, et à essayer de les tordre, comme on le ferait avec une canette de soda.

De son sac, il sortit plusieurs jeux, et il lui proposa surtout du Street Fighter 2048. Il lui écrivit sur son écran, et lui montra :

« Même avec une seule main, je te battrai. »

Vaniteux ? Un peu, mais il y avait de quoi. Numa inséra le disque, il referma soigneusement la boîte, et la rangea dans son sac. Les jeux vidéos étaient le seul moyen pour lui d'exprimer son esprit de compétition, c'était son domaine, comme l'informatique. Il était même suffisamment bon pour streamer ses parties, sa communauté n'était pas forte, mais assez active ; jamais sans montrer sa tête ni sans faire entendre sa voix. Juste de la musique, grunge, du metal alternatif ou des trucs plus chill selon son humeur. Il n'avait pas mis Dolores au courant, il n'en avait pas eu le temps, car lorsqu'ils s'étaient rencontrés, Numa avait pris un autre pseudo, différent du « Stormbringer » que l'on connaissait. Il aimait repartir à zéro, parfois, sans se tracasser. Sur la Ligue des Légendes, par exemple, si son compte principal était Challenger, il lui arrivait d'en monter d'autres, à différents niveaux pour les revendre sur E-bleh, ou de faire des comptes troll pour se défouler. Si bien que lorsqu'ils s'étaient rencontrés en ligne, c'était sous son pseudonyme « N/A-Syndrome », dont il était fier du jeu de mots.

Tout cela pour dire qu'il avait des raisons de se vanter. Lorsqu'il jouait, il était dans la « bulle » que les neurotypiques prêtaient aux personnes comme lui. Tellement concentré, coupé du monde extérieur, qu'il était impossible de venir à l'intérieur. Il laissa à Dolores le choix de son personnage, il ne choisissait pas spécialement les plus forts, ou les grosses brutes pleines de muscle. Au contraire, là, il privilégia Poison, icône en short et tout en forme. Et hors de question de lui laisser une chance de gagner ; Dolores avait refusé cette proposition.

Une manche, deux manches, trois manches. Toujours invaincu. Ses grandes mains étaient refermées sur la manette, alors que ses longs doigts désarticulés, comme des pattes d'araignée, s'activaient sur les touches. Rapidement, mais sans hâte, pendant qu'il se balançait d'avant en arrière. Le jeu vidéo l'aidait souvent pour oublier l'anxiété, la phobie sociale, la crainte de toujours faire une gaffe. Au moins, il l'avait oublié, là, happé par l'écran de télévision et par la musique que produisaient les boutons, lorsqu'il appuyait dessus. Il semblait tranquille, lui. Il jeta un coup d'oeil sur Dolores.

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